A Milan, un design sage et confortable

 

Extrait de M le magazine du Monde, par Mélina Gazsi.

Soleil et mer mis à part, Milan est au design ce que Cannes est au cinéma. Comme chaque année à cette époque, la ville vit au rythme du Salon du meuble, dont la 51e édition s’est ouverte le lundi 16 avril. Les taxis déambulent dans une cité où le trafic semble relativement fluide depuis qu’a été expérimenté en janvier un péage urbain pour rejoindre le centre-ville. S’y pressent professionnels du design et de la décoration, journalistes et touristes dès les premières heures du matin jusque tard dans la nuit.

L’on se bouscule à Rho-Pero, en périphérie, dans l’immense bâtiment de la Fiera (200 000 m2, 2 500 exposants), dessiné par l’architecte italien Massimiliano Fuksas qui sera ouvert au public samedi 21 et dimanche 22 avril pour découvrir les nouveautés des marques qui comptent dans l’aménagement de la maison.

L’on ne se bouscule pas moins, sinon davantage, aux manifestations (près de 400) « off », ou « fuori » comme disent les Italiens. Certaines sont devenues incontournables, au point de prendre le nom des rues ou des quartiers où elles se tiennent. Les musées, instituts et lieux éphémères sont également de la fête. Les boutiques, toutes enseignes confondues, rivalisent de fantaisie. Toute la ville est ainsi prise dans la danse, préfigurant les derniers courants en matière d’habitation et d’art de vivre.

Crise oblige, le besoin de confort s’observe partout. Place aux divans douillets et rembourrés, y compris pour les sièges d’extérieur (fauteuil transformable Drop, de Leonardo Perugi pour Cerruti Baleri, ou à coussinets multiples, de Ligne Roset). Nombreuses sont les marques à en faire la démonstration, telle la collection de sièges modulaires aux coussins moelleux et épais Tassello, de Bottega Veneta, développée en collaboration avec la marque Poltrona Frau. Ou les canapés Borgos de Terry Dwann chez Driade, le fauteuil Garment de Benjamin Hubert pour Cappellini et la gamme de fauteuils et sofas de Luca Nichetto pour l’éditeur Cassina.

Ce jeune designer âgé de 36 ans signe d’ailleurs un grand nombre de créations parmi lesquelles d’autres fauteuils, plus sobres mais qui n’en épousent pas moins la tendance 2012 du bien-être avant tout (Lepel pour Casamania et Wolfgang pour Fornasaria). Les matières, moelleuses, donnent envie de s’y lover. Ainsi, allongé à son aise dans les chaises longues Biknit de la designer Patricia Urquiola (éditeur Moroso), l’on se blottit avec plaisir sous la couverture du pouf transformable au joli nom de « Collerette »de Casamania.

Le fluo revient, comme pour faire un pied de nez malicieux aux scepticismes. C’est notamment l’idée de la firme italienne Limonta avec sa gamme Filofluo. Là, le rose fuchsia, le jaune, le vert anis et le rouge en mettent plein les yeux sur les chaises, les tables et la vaisselle, mais se contentent d’égayer par des touches infinitésimales linge de maison et parures de lit, dont les couleurs restent classiquement dans une gamme de blanc.

Quant à la création, c’est sans conteste dans la boutique milanaise de Cerruti Baleri qu’elle nous émeut. L’éditeur y présente l’atelier rêvé des deux designers Maurizio Galante et Tal Lancman. Un espace où tout se mélange, objets personnels et coups de coeur, projets et ébauches de leurs différents travaux, en forme de dessins, calculs et esquisses reproduits en blanc sur papier noir, ainsi que leurs nouvelles réalisations. Parmi celles-ci, le pouf Tattoo, aux couleurs de l’améthyste, de la malachite et du marbre de Carrare, réinventé en grand format avec une option modulable : un plateau rond en acier galvanisé qui permet au siège de devenir table de salon ; ou un canapé Louis XV Goes to Sparta imitation marbre de Carrare et des somptueuses chaises Luigina dans les mêmes tons… Une manière d’habiller la maison en « haut design » comme l’on dit haute couture.

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