A Rome, le Café de Paris ne brasse plus d’argent sale

Le café de Paris à Rome

 Longtemps entre les mains de la mafia, l’établissement, emblème de la « dolce vita », vient de renaître.

Par Danielle Rouard, extrait de M le magazine du Monde.

AU CAFÉ DE PARIS, VIA VENETO À ROME, un haut lieu de la dolce vita autrefois fréquenté par Federico Fellini et Franck Sinatra, le présent dépasse la fiction. Cet établissement vient de renaître après des années passées sous le joug de la ‘Ndrangheta, le crime organisé calabrais. Désormais, il propose, dans son somptueux décor, les produits de Libera Terra, une association antimafia. Don Luigi Ciotti, un homme de belle prestance, fondateur de ce mouvement, savoure sa victoire : Oui, revenez, ici, le local est entre de bonnes mains ! Depuis décembre 2011, on y trouve l’huile d’olive calabraise, le vin Centopassi, de Corleone en Sicile, la mozzarella de bufala napolitaine… Toutes ces denrées proviennent de coopératives qui gèrent les terrains agricoles confisqués par l’Etat aux mafieux de diverses obédiences.

Le Café de Paris, aujourd’hui en situation d’administration judiciaire, mais ouvert et toujours couru, revient de loin. En 2005, un barbier calabrais de réputation modeste, Damiano Villari, l’avait acquis pour 250 000 euros, alors que sa valeur était estimée à environ deux cents fois plus. Ce n’était pas la seule bonne affaire qu’il avait faite, non pas tant grâce à ses talents de négociateur qu’à la mainmise sur l’établissement d’un chef de clan de la ‘Ndrangheta, Vincenzo Alvaro, embauché alors comme… aide-cuisinier. En fait, le boss de la cosca Alvaro recyclait ainsi l’argent sale de son trafic d’armes et de cocaïne. Un cerveau, plutôt qu’un artiste des casseroles, qui avait organisé ses affaires sous forme d’un holding de douze sociétés couvertes par des prête-noms… dont l' »honorable Damiano. Les autorités finirent par découvrir son jeu et mirent sous séquestre le 22 juillet 2009 le Café de Paris. L’événement fit jaser : c’était une relique de la dolce vita qu’on osait mettre à mal. Le 22 juillet 2011, il fallut procéder à un second séquestre. Entre-temps, les investigations des enquêteurs du fisc avaient fait de grands progrès. Dans la foulée, d’autres riches établissements de bouche romains – en réalité propriété du crime organisé – sont simultanément tombés dans leurs filets.

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