Ah qu’il est beau le Noël du bureau !

Comme chaque année, le personnel se retrouve pour le goûter de Noël des enfants. Un enfer, mais l’année prochaine on y sera.

Pour Martine schmitt, responsable paie et secrétaire du CE, c’était sans doute la journée la plus importante de l’année, SA journée : le goûter de Noël des enfants. Martine était un peu à l’entreprise ce que Bree Van De Kamp est à la série « Desperate Housewives », un mélange draconien de self control et de respect de la tradition, avec une tendance obsessionnelle à la perfection. Cette année, réchauffement climatique oblige, Martine avait placé la fête sous le signe du « Noël durable ». Assiettes en carton recyclé, jus d’orange labellisé Max Havelaar, pâte à tartiner aux noisettes bio, jouets issus du commerce équitable… Ce Noël-là, avait-elle tranché, ne contribuerait pas à aggraver l’empreinte écologique de l’entreprise.

Comme tous les ans, c’est Bolleli du bureau d’études qui avait obtenu le rôle principal. Martine s’était longuement questionnée à son sujet car depuis que Bolleli s’était remis au sport, il avait perdu une bonne vingtaine de kilos et une grosse dose de joie de vivre. Mais Martine n’avait pas osé le priver du rôle. Déjà qu’un petit jeune lui a soufflé le poste de directeur études et développement…

A 16 heures tapantes, tout était prêt dans la salle de réunion transformée en chalet alsacien. Stille Nacht  tournait en boucle sur la sono et Martine, derrière son caméscope, immortalisait l’arrivée des enfants. Kevin Le Guilloux, le fils du directeur des ventes, s’est d’entrée de jeu imposé comme le plus terrible de la bande. « Mon papa, c’est le patron du tien », hurlait-il à tous les enfants présents. Son père, partagé entre la fierté et la gêne, avait mollement tenté de le faire taire mais ce sont les jumeaux Sanchez, Théo et Arthur, les fils du directeur marketing, qui s’en sont chargé manu militari. Sanchez : 1 ; Le Guilloux : 0.

A 17 heures, Santa Klaus Bolleli qui nageait dans son déguisement, entra dans la salle chauffée à blanc par la surexcitation des enfants et le champagne que consommaient les parents. Kevin  Le Guilloux avait trouvé une nouvelle occupation : finir les verres des adultes. Cela avait sans doute contribué à renforcer sa désinhibition naturelle et il faisait désormais des avances des avances appuyées à toutes les petites filles, dont Léa, la fille du DG. « Kevin, c’est le portrait craché de son père », avait conclu Martine.

Bolleli, en nage, eut beaucoup de mal à faire revenir le calme pour appeler les enfants et leur remettre leurs paquets. D’autant que cette année, les cadeaux n’étaient pas exactement typiques d’une liste au père Noël en ce début du XXI éme siècle. Ni ipod, ni Nintendo DSi, ni accessoire fashion mais voiture en cannettes recyclées, boulier chinois et artisanat péruvien ; Léa avait même fait remarquer que son tricycle en bois du Ghana, que Kevin s’était empressé de tester (et de casser), n’était « pas si durable que ça ».

A 18 heures, Martine, sur les rotules, sonna la fin de la fête et une lueur de soulagement put se lire sur les visages marqués des parents.

Allez, vivement demain qu’on se récupère…

Extrait des échos magazine

Laisser un commentaire