And the winner is…. John of The garden.

Outre l’Oscar du meilleur film, les votants de l’Académie des arts et sciences du cinéma ont décerné les trophées du meilleur réalisateur à Michel Hazanavicius, du meilleur acteur à Jean Dujardin, de la meilleure musique à Ludovic Bource et des meilleurs costumes à Mark Bridges. C’est la première fois qu’un film français remporte un tel succès. La carrière de The Artist aux Etats-Unis devrait connaîtreune nouvelle jeunesse. Depuis sa sortie, en novembre 2011, le film a rapporté près de 30 millions de dollars (22 millions d’euros) de recettes.Sur la scène de l’Hollywood and Highland Centre (l’ex-Kodak Theatre, débaptisé à la suite de la faillite du fabricant de pellicule), l’accent français s’est fait entendredans toute sa splendeur. Ludovic Bource a salué les autres compositeurs nommés, parmi lesquels John Williams, le musicien de Steven Spielberg. Michel Hazanavicius avait oublié son discours lorsqu’il a reçu l’Oscar du réalisateur, et s’en est manifestement souvenu en remontant sur scène lors de la remise de l’Oscar du meilleur film.

Il a alors remercié trois personnes : « Billy Wilder, Billy Wilder et Billy Wilder. » Entre-temps, Jean Dujardin avait salué la mémoire de Douglas Fairbanks, l’un des modèles du personnage de Georges Valentin dans The Artist. Il a ensuite montré au public « ce que Georges Valentin dirait s’il n’était pas muet » et s’est écrié, en français : « Putain, génial merci ! ». Contrairement aux jurons américains, celui-ci n’a pas été recouvert d’un bip par les censeurs de la chaîne ABC, propriété du groupe Disney, qui retransmettait la cérémonie.

C’est le producteur Thomas Langmann qui a reçu l’Oscar du meilleur film, ce qui lui a permis d’introduire à Hollywood une tradition française en remerciant son père,Claude Berri, mort en 2009, comme tous les professionnels du cinéma ont coutume de le faire lors des remises de Césars. Jusqu’ici, Claude Berri était le seul producteur français à avoir été nommé à l’Oscar, pour Tess, de Polanski, en 1980.

En nombre de trophées, The Artist a fait jeu égal avec un autre film qui évoque le temps du cinéma muet, Hugo Cabret, de Martin Scorsese. Mais cette production colossale dont le budget est estimé à quinze fois celui de The Artist (qui s’élevait à 13,5 millions d’euros) a dû se contenter de récompenses dans les catégories techniques : image, effets spéciaux, décors, prise de son et montage son.

George Clooney, vedette de The Descendants, Brad Pitt pour Le Stratège, Gary Oldman, nommé pour la première fois en un quart de siècle de carrière pour La Taupe, et l’acteur mexicain Demien Bichir (nommé pour A Better Life, inédit en France) ont donc laissé l’Oscar à Jean Dujardin. En toute logique – le trophée du maquillage ayant été attribué à La Dame de fer -, c’est la maquillée, Meryl Streep, qui a reçu l’Oscar de la meilleure actrice.

Le dernier favori, La Couleur des sentiments, de Tate Taylor, chronique de la vie des domestiques noires dans le sud des Etats-Unis, a dû se contenter de l’Oscar du second rôle féminin, qui est allé à Octavia Spencer. Il y a 72 ans, le premier Oscar afro-américain était attribué à Hattie McDaniels pour son rôle d’esclave dansAutant en emporte le vent.

Sur ce front, TJ Martin, coréalisateur d’Undefeated, film évoquant une équipe de football de Memphis, est devenu le premier cinéaste noir à recevoir un Oscar, celui du documentaire. Quant à Woody Allen, absent, comme à son habitude, il recevra probablement son Oscar du scénario original par la poste.

Enfin, le trophée du meilleur film en langue étrangère est allé à Une séparation, d’Asghar Fahradi. Dans son discours, le cinéaste iranien a évoqué « les paroles de guerre, d’intimidation, d’agressionéchangées entre politiciens » pour les opposer à la« riche et ancienne culture » de son pays. Cette intervention, dont chaque terme était manifestement pesé (Asghar Fahradi tient à ne pas couper les ponts avec l’Iran), fut l’occasion d’une des seules irruptions de l’actualité dans une cérémonie tournée vers le passé.

Présenté par Billy Crystal, 63 ans, héritier des comiques du music-hall des années 1930, Henny Youngman ou George Burns, le chassé-croisé autour du cinéma muet (The Artist rendant hommage aux premières stars hollywoodiennes, Hugo Cabret rendant la politesse à Méliès, sans parler de la nostalgie parisienne de Woody Allen) n’incitait pas au futurisme.

Dans les semaines qui ont précédé la cérémonie, l’Académie s’était par ailleurs distinguée par son conservatisme, refusant que les Muppets viennent interpréterleur chanson s’ils gagnaient l’Oscar (ce qui est arrivé) ou cherchant à confisquerles billets de l’acteur Sacha Baron Cohen, qui avait manifesté l’intention de fouler le tapis rouge en uniforme de dictateur moyen-oriental, afin de promouvoir son prochain film. Finalement, le comédien a mis sa menace à exécution, apparaissant grimé, une urne funéraire au nom de Kim Jong-il sous le bras, parce que, a-t-il expliqué, le dirigeant nord-coréen avait « toujours rêvé » d’assister aux Oscars.

Extrait du monde.fr

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