Avec 2 jours de RTT, je peux prendre combien de semaines ?

Entre la calculette d’Eliane, l’insouciance de Romuald et l’égoïsme de Mireille, bonjour le casse-tête pour gérer le planning de l’été !

 

Ah, les vacances ! Le chef de service, comme les autres, les attend avec impatience. Mais aussi avec une pointe d’inquiétude. Car c’est lorsque ses troupes commencent  à discuter  congés que se profile sans doute la part la plus ingrate de ses attributions. Il lui faut d’abord composer avec les pros de l’optimisation, ces collaborateurs qui fignolent leurs plannings de congés avec autant d’application que Michel-Ange la chapelle Sixtine. Eliane, par exemple : avec les années, elle est devenue experte dans l’art de transformer 2 RTT et une récup en viaduc de 10 jours. Distinction entre jours ouvrés et ouvrables, dispositions particulières de la convention collective, récupération lorsque le 1er mai et l’Ascension tombent le même jour…Son degré de maitrise autorise à penser qu’elle est la réincarnation du type qui a écrit le Code du travail. C’est elle que le délégué syndical consulte lorsqu’il a 1 trou de mémoire sur l’accord 35 heures qu’il a lui-même négocié il y a10 ans. A la DRH, la technicité d’Eliane fait partie des sujets de plaisanterie récurrents. Le chef, lui, ça le fait moins rire.

A tout prendre, mieux vaut toutefois Eliane, qui dépose ses congés d’été dès novembre, que Romuald. Romuald est certes très sympathique, mais il semble imperméable aux exigences les plus élémentaires d’organisation du service. Pour lui, poser ses vacances, cela signifie passer une tête dans le bureau du chef le vendredi à 17 heures et glisser : « Au fait, je ne vais pas trop être là la semaine prochaine… » S’ensuit alors une scène plus ou moins désagréable selon l’embarras créé par l’absence de Romuald, scène qui s’ouvre inévitablement par les hauts cris du chef, et se conclut non moins inévitablement par la promesse de l’imprévoyant, tête basse, que oui, promis, c’est la dernière fois.

Mais surtout, il y a Mireille. 3 enfants, 25 ans de maison, et 1 sens du collectif qui tangent le zéro : les vacances, ce sera Noël, la première semaine de février, la seconde de Pâques et le mois d’août, point. Et tant pis si ses collègues souhaitent partir aux mêmes dates, ils n’auront qu’à s’arranger entre eux. Chaque année, le chef est donc prié par les dits collègues de ramener l’égoïsme de Mireille à des proportions raisonnables. Et chaque année, l’entretien vire au psychodrame. Mireille commence par invoquer la jurisprudence du service comptabilité (« chez eux, c’est l’ancienneté qui prime, je ne vois pas pourquoi on ne fait pas pareil »), règle au passage quelques comptes (« c’est sûr, si vous ne m’aviez pas refusé mon temps partiel.. »), et conclut par 1 zeste de paranoïa (« de toute façon, vous m’avez dans le nez, alors … »). Groggy, il ne reste plus au chef, pour sauver la face, qu’à payer de sa personne, en se retranchant derrière les vertus d’exemplarité que prônent tous les manuels de management.  « Chérie, pour la Bretagne, et si on partait en septembre ? »

Extrait des échos magazine

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