Berlin cultive son jardin

Extrait de M le magazine du Monde.fr

Par Lili Barbery-Coulon

PLANTÉ AU MILIEU D’IMMEUBLES sans âme, un champ de tomates défie le bitume berlinois. Il y a trois ans, cette ferme urbaine n’était pourtant qu’un terrain vague colonisé par des déchets de toutes sortes. A l’époque, un jeune réalisateur de film, Robert Shaw, rentre d’un voyage à Cuba, où les jardins communautaires fleurissent à tous les coins de rue. Enthousiasmé, il décide avec Marco Clausen, un ami historien, de créer un espace similaire à Berlin, leur ville d’origine. « Nous sommes de plus en plus nombreux à vivre dans les villes et nous consommons à nous seuls 70 % des ressources de la planète, explique Marco Clausen. Ce système n’est pas viable à long terme, surtout si nous sommes confrontés au changement climatique. Derrière ce jardin, il n’y a pas que des plants de légumes oubliés pour faire vibrer les bobos. Il y a l’idée que nous devons, nous citadins, subvenir à nos besoins et cesser d’agir en simples consommateurs. »

ILS SILLONNENT ALORS LA VILLE en quête d’un espace à louer et s’installent dans un quartier modeste, à côté de la Moritzplatz. « Il nous a suffit d’un article dans un journal local pour attirer 150 bénévoles qui nous ont aidés à métamorphoser cette ancienne décharge en terre fertile. » Mais le projet ne se limite pas à de l’agriculture biologique en centre-ville. « Nous n’étions pas des jardiniers, il a fallu tout apprendre et écouter ceux qui savaient mieux que nous », poursuit Marco Clausen. De cet échange naît l’envie de créer des ateliers éducatifs intergénérationnels, des cours de réparation de vélo, des concerts, des débats… A la ferme s’ajoutent un café et un restaurant tenu par un chef français, qui propose chaque jour une assiette végétarienne raffinée pour six euros. « Nous ne gagnons pas d’argent mais nous n’en perdons pas. Et surtout, nous créons du lien social », explique Marco Clausen. Assis sur des chaises de bureau récupérées ça et là, les branchés côtoient les immigrés turcs qui viennent partager leur connaissance de la terre, tandis que des visiteurs de passage découpent les herbes fraîches et cueillent les tomates bio qu’ils sont venus acheter. Fin octobre, Prinzessinnengärten fermera ses portes jusqu’au printemps. « Du moins, on l’espère car le propriétaire du terrain ne s’engage jamais sur plus de douze mois. C’est pourquoi nous avons lancé une pétition qui compte déjà 20 000 signatures », se réjouissent les deux associés. Objectif ? Convaincre d’autres capitales en faisant de ce jardin communautaire un modèle pour l’avenir.

 

Carnet d’adresses:

 

 

Prinzessinnengärten : Situé entre Prinzen-strasse et Oranien-strasse, en bordure de Moritzplatz, le jardin est ouvert d’avril à fin octobre. Ainsi que le café, les restaurants et le magasin de légumes. www.prinzessinnengarten.net

 

Mauerpark : Au nord-est de Berlin, le Mauerpark – « jardin du mur » en français – longe l’ancien mur de Berlin. Fréquenté par les étudiants, le parc accueille les touristes tous les week-ends. Eberswalder Strasse/Schwedter Strasse.

 

Tiergarten : C’est le poumon vert de Berlin : 210 hectares en plein centre-ville, où l’on peut faire du vélo, se prélasser au bord de l’eau ou encore visiter le château de Bellevue. Dans l’arrondissement de Mitte.

 

Britzer Garten : C’est ici qu’on vient admirer les jonquilles, les tulipes, les roses et les jacinthes en fleurs. Elu parmi les dix plus beaux jardins d’Allemagne en 2002, ce parc spectaculaire mérite le détour à l’automne, saison des dahlias. Buckower Damm 146.

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