Bolzano, l’école des meilleurs perdants

 Extrait de M le magazine du Monde, par Philippe Ridet.Comme chaque année, cette équipe de football de dernière division finira la saison avec zéro point. Une fierté pour l'entraîneur, qui prône l'égalité et laisse sa chance à tous les joueurs. Même aux plus mauvais.Excelsior Bolzano

Alors que la Juventus de Turin, vient de conquérir son 29e titre de champion d’Italie, le modeste championnat de troisième division fédérale (l’équivalent du district, en France) de la province de Bolzano, dans le Trentin – Haut-Adige (tout au nord de l’Italie) n’a pas encore choisi son vainqueur. En revanche, on connaît déjà la lanterne rouge. Comme tous les ans depuis 2001, ce sera le Gruppo Sportivo Excelsior de Bolzano qui terminera la saison avec 0 point, sauf improbable miracle lors des trois dernières journées. L’équipe, de toute façon, ne peut pas descendre en division inférieure : il n’y en a pas. Pourquoi tant de régularité dans l’échec ? L’Excelsior est plus qu’une équipe ; c’est un projet de société, de vie. « Ici, on apprend à perdre », explique Massimo Antonino, responsable de l’association La Strada-Der Weg au sein de laquelle cette étrange machine à perdre a vu le jour.

L’apprentissage est rude. Régulièrement, l’Excelsior perd des parties sur des scores de rugby, genre 22 à 3 ou 17 à 4. Il lui a fallu plus d’un an avant de signer un match nul et huit pour conquérir une première (et, pour l’instant, unique) victoire. Dans son histoire l’Excelsior a encaissé 2 000 buts et n’en a marqué que 130, mais ne compte plus ses trophées de fair-play. La faute au « minutomètre ». C’est grâce au calcul précis du temps de jeu de chacun des trente joueurs du club âgés de 16 à 30 ans que l’entraîneur fait ses choix. Il n’y a pas d’équipe type à l’Excelsior. On ne joue pas selon ses qualités mais selon son désir. Tout bon avant-centre qu’il soit, un joueur devra céder sa place dès que son temps de jeu aura dépassé celui de ses partenaires, même ceux qui affichent quelques kilos de trop et une technique approximative.

JOUER TOUS ET GAGNER PEU

Cette équipe n’a ni titulaires, ni remplaçants, ni pointures, ni pieds carrés. Bolzano, c’est Pierre de Coubertin (« L’important c’est de participer ») revu par Beppe Grillo (« Un égale un »). « Cela contraint les autres équipes à se confronter à notre projet, et à réviser leur système de valeurs », se réjouit l’un des dirigeants du club. « Ici, avant d’être un joueur de football, bon ou mauvais, on est d’abord une personne, raconte Massimo Antonino. A ceux qui ont du mal à se faire à cette égalité parfaite, je dis : ne soyez pas pressé, vous allez jouer à un moment ou à un autre. Prenez le temps de comprendre dans quelle étrange équipe vous êtes arrivé. » Il est très rare qu’un joueur quitte le club en cours de saison. La saison prochaine, l’Excelsior de Bolzano, connu sous l’appellation de« l’équipe la plus perdante du monde », comme le proclame son site Internet (www.gsexcelsior.it), reprendra son championnat avec le même mot d’ordre : jouer tous et gagner peu. Le budget sera plus ou moins le même, autour de 10 000 euros annuels. Massimo Antonino aimerait bien trouver un sponsor « qui partage nos valeurs ».

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