Cartes postales d’Italie par Charles Traub

Extrait de M le magazine du Monde, par Charles Traub.

La première fois que je suis allé en Italie, c’était dans les années 1970, pour des raisons assez banales : je voulais découvrir ses merveilles, et particulièrement l’art de la Renaissance. En tant que touriste, il est assez difficile d’appréhender la culture d’un pays. On peut le faire en se rendant dans les musées. Mais les scènes de rue en disent toujours beaucoup. Il suffit d’être curieux, de se promener sans but, d’observer. C’est vrai pour n’importe quelle ville. Pour citer Oscar Wilde, « il n’y a que les esprits légers pour ne pas juger sur les apparences. Le vrai mystère du monde est le visible, et non l’invisible ». Cette idée se retrouve dans mon travail : en une fraction de seconde, on peut saisir une anecdote qui peut être lue visuellement par n’importe qui, n’importe quand, n’importe comment. C’est en cela que réside la magie de ce que j’appelle la photographie « témoin du monde « .

Si vous dites à quelqu’un, ou si vous lui signifiez en levant votre appareil : « Je veux vous prendre en photo « , la plupart des gens sont flattés, les Italiens peut-être plus que les autres. Mais après tout, qui ne s’habille, n’agit ou ne marche en public avec le but implicite d’être remarqué ?

L’Italie est un pays très sensuel. Il y a cette notion de plaisir de vivre, de manger, de travailler… C’est ce que les Italiens appellent la leggerezza. Dans les années 1980, tout était là, dans les rues, malgré une économie fragile et la menace terroriste. Comme une grande pièce dramatique qui masquait peut-être le fait que l’Italie ne serait plus jamais ce qu’elle avait été. Aujourd’hui, passée, comme tous les pays, à travers ce grand mixeur qu’on appelle la mondialisation, elle s’est homogénéisée. Nous portons tous les mêmes vêtements, nous mangeons la même chose, que ce soit des pâtes ou des hamburgers. Afin de préserver ce qui fut, j’ai sorti ces photographies des cartons qui les contenaient depuis trente ans et j’en ai fait un livre. Pour retrouver cette Italie qui me manque.

A voir

Dolce Via. Italy in the 1980’s, par Charles H. Traub, Damiani, 2013.

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