Internet et le mythe de la neutralité libératrice

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La procédure ouverte à Bruxelles contre Google est l’occasion de remettre en question un des mythes fondateurs d’Internet : donner librement accès à tous les savoirs du monde ne suffit pas à rendre les hommes plus libres.

Donc Google nous ment. Google nous trompe tous les jours, nous induit en erreur plusieurs fois par jour. La procédure ouverte par la Commission européenne contre le moteur de recherche a une cause économique : Google est accusé d’abuser de sa position dominante. Dans les résultats d’une recherche, par exemple pour un voyage, les sites qui lui appartiennent ou qui lui sont liés sont mis avant les autres. Et comme l’on sait que les internautes se satisfont des premiers dans la liste et ne plongent presque jamais dans les pages qui suivent, l’avantage d’être « mis en avant » est considérable.

Il faut saluer et soutenir le courage de la commissaire à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, d’affronter le géant. A lire l’enquête faite aux Etats-Unis, enterrée par les autorités américaines mais révélée par le « New York Times », les torts de Google ne semblent guère faire de doute. La justice l’établira. Le groupe qui se flatte d’être un enfant de l’innovation serait devenu parricide.

Il n’est pas le premier, dira-t-on. Telle est l’irrépressible logique monopoliste du capitalisme : une entreprise qui a du succès a tendance à vouloir écraser ses concurrentes. Et c’est pour cela que les Etats ou leurs autorités déléguées, ici Bruxelles, doivent mettre un soin méticuleux à interdire les abus.

Mais revenons au mensonge. L’accusation européenne contre Google en dit beaucoup plus que son volet économique. Google n’est pas IBM, qui faisait des machines, ou Microsoft, qui faisait des logiciels pour faire tourner ces machines. Les deux pouvaient prétendre à la neutralité de la technique (même si cette notion est elle-même discutée, par McLuhan par exemple). Google est un moteur de recherche de contenus qui s’est rangé dans la même « neutralité du Net ». Le moteur ne serait qu’un tuyau de plus. On le consulte en toute liberté pour trouver un renseignement, une actualité, un fait, une date, une explication, un article, une analyse. Or il apparaît que le résultat n’est pas neutre, il est faussé. Entendons-nous : le moteur de recherche fondé par Larry Page est un outil prodigieux d’accès aux bibliothèques de toutes sortes et à toutes les connaissances. Google, qui s’est donné pour mission « d’organiser l’information à l’échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile », a réussi bien au-delà de ce qu’on pouvait imaginer avant sa création, en 1998.

Mais cette magnifique invention qu’est Internet a établi un mythe, celui de la neutralité libératrice. Tout trouver et tout pouvoir lire doit conduire au bienfait de l’humanité. Internet libère, Internet aide la démocratie. L’accès à la connaissance éclaire les esprits. Voire supprime tous les maux de la surface de la terre et transforme l’homme en bien, selon les thèses « solutionnistes » californiennes dont Google est l’un des inspirateurs-bienfaiteurs.

L’accusation contre Google brise cette idole à laquelle croient, en particulier, les jeunes générations. Internet tombe de haut, le Web est aussi une entreprise commerciale et, comme telle, elle nous donne accès à ce qu’elle veut nous vendre. Derrière votre page de recherche gît la pub, le profit, qui la biaise. On le savait, bien sûr. On admettait qu’il fallait bien que Google « s’y retrouve ». Au-delà du biais commercial, on savait aussi qu’il y avait inévitablement, dès le départ, un biais technique. Les algorithmes du moteur de recherche ne sont jamais que des algorithmes, ils renferment des choix.

Mais le mythe voulait que, trouvant tous les informations et les contre-informations, obtenant d’un clic la thèse et l’antithèse, on se fasse à la fin, par décantation, une idée juste. Voilà qu’on découvre que les filtres sont en papier dollar et que, à la fin, la décantation a un drôle de goût.

Ce qui est du commerce, l’est de la politique. Le débouché démocratique du Net est sérieusement mis en doute par Daech. Le terrorisme a trouvé un terreau aussi favorable à sa prolifération, sinon plus, que les contestataires chinois ou les jeunes Tunisiens. Et la lutte contre le terrorisme débouche sur des outils à grands risques liberticides.

L’erreur fondamentale des promoteurs d’Internet est très profonde. L’informatique a été bâtie par des ingénieurs qui pensent que l’accès donne la liberté. Qu’il suffit de donner accès à tous les livres, à toutes les connaissances, pour que l’homme sache le bien et le mal. On voit bien que non. L’homme ultra-informé reste rustre. Pis, il peut trouver sur le Net, où tout circule, matière à conforter ses bévues. On peut se demander si Internet n’est pas un puissant outil de consolidation des fausses nouvelles, des complots inventés, des thèses antiscientifiques, bref de toutes les plus grosses bêtises que le fertile esprit de l’homme puisse imaginer.

Voilà la clef, donnée dans la Genèse, et oubliée : la liberté n’est pas dans l’accès, elle est dans le jugement. L’homme libre n’est pas celui qui a toutes les informations, mais celui qui sait, à partir des connaissances, se former une vision des choses et des faits. Il ne suffit pas d’avoir les livres, encore faut-il savoir les lire et les faire siens. Il serait temps qu’Internet cesse d’être aux mains des seuls ingénieurs ou plutôt que ceux-ci admettent précisément que tous les contenus ne sont pas neutres, ne se valent pas et, surtout, qu’ils ne valent pas leur seul poids en dollars.

L’Internet des ingénieurs déborde aujourd’hui tout, y compris les deux distributeurs de connaissances que sont l’école et la presse. Les hommes ont beaucoup gagné en capacité d’accès, merci Google, ils ont en parallèle beaucoup perdu en capacité de jugement.

Qui est vraiment François Lenglet ?

François Lenglet. Crédits:Bruno Charoy / Pasco

L’EXPERT. En quelques émissions, ce journaliste à la voix grave et posée, choisi pour interviewer Nicolas Sarkozy à l’Elysée le 29 janvier, fait figure d’expert impartial. Plutôt libéral, il réfute tout engagement. Il a mis en sommeil son blog afin d’éviter toute récupération politique : ses critiques de l’euro avaient été reprises par le Front national.

LE TECHNO. Sur le plateau, il aime illustrer ses questions avec des graphiques et des courbes, qui sont devenus sa marque de fabrique. Ce qui a eu le don d’agacer voir de déstabiliser ses interlocuteurs. Certains lui reprochent des données fausses ou une lecture orientée, mais il se défend derrière sa bible : les statistiques de l’OCDE et de l’Insee.

LE PROFESSIONNEL. Directeur de la rédaction de BFM TV Business, chroniqueur sur France 2 et RMC, il a débuté dans la presse économique, à L’Expansion. Après un pas-sage par Enjeux-Les Echos, il dirige la rédaction de La Tribune, qu’il quittera en 2011, en désaccord avec sa hiérarchie.

LE LITTÉRAIRE. Zéro diplôme économique en poche, mais une double maîtrise de lettres et de philosophie à la Sorbonne, avec pour sujet Blaise Pascal. Au milieu des années 1980, il enseigne la littérature à Shanghaï et collabore à des journaux français, qui le sollicitent de plus en plus, compte tenu du boom économique asiatique.

L’ORACLE. Il est un des rares spécialistes à avoir prévu la crise économique. Nous assistons aux derniers feux de la génération libérale, le krach final est à venir, écrit-il, dès 2007, dans son livre La crise des années 1930 est devant nous (Ed. Perrin). Bonne pioche.

 

Par Bastien Bonnefous, extrait de M le magazine du Monde.

Un ogre venu d’Eataly

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Extrait de M le magazine du Monde. Par Julie Pecheur.

Le Piémontais Oscar Farinetti.

Deux semaines après son inauguration à Manhattan en 2010, les médias locaux faisaient toujours état de la file d’attente qui s’étirait devant l’entrée du magasin. Jamais pâtes, mozzarella et prosciutto n’avaient semblé si désirables. Ni un hypermarché si sexy. Aujourd’hui, le succès de cette gigantesque épicerie de produits italiens, entre la 23e Rue et la Ve Avenue, ne se dément pas : plus de 10 000 visiteurs s’y pressent chaque jour, du touriste à l’habitant du quartier. La plupart d’entre eux sont persuadés qu’Eataly, avec son habile combinaison de mot anglais, est un enfant du pays.

Pourtant, malgré sa démesure et son nom, ce concept-store culinaire – sept restaurants, un toit terrasse réservé à la bière locale et une école de cuisine – est une invention italienne, née près de Turin. C’est là qu’Oscar Farinetti, homme d’affaires piémontais, a ouvert le premier magasin en 2007. Sept ans plus tard, son entreprise en compte huit en Italie – le dernier, 5 000 mètres carrés sur trois étages, a ouvert en mars à Milan. Surtout, elle essaime bien au-delà de la Péninsule : on compte neuf Eataly au Japon, un à Chicago, un à Istanbul, et bientôt Sao Paulo et Moscou… Avec ce déploiement, le chiffre d’affaires, qui devrait atteindre 400 millions d’euros cette année, a presque doublé en deux ans. Et malgré la morosité économique, les ventes augmentent de 4 % en Italie, 5 % à New York, 10 % au Japon…

Le concept-store sur la Ve Avenue à New York.

« VIVRE MIEUX »

Et l’Hexagone ? Les Français n’ont-ils pas depuis belle lurette épousé la roquette et le parmesan ? Ne sont-ils pas en train de se convertir à la burrata ? De sécher leur porte-monnaie pour quelques tomates qui le sont tout autant ? « Nous essayons de trouver le bon endroit à Paris », assure Dino Borri, directeur d’Eataly aux Etats-Unis et responsable des achats des produits à travers le monde. Il ne parlera pas « coût du travail », « vieille Europe », « économie en berne », mais em-pla-ce-ment. C’est le maître mot.

Car, même à Rome, pourtant allergique aux grandes surfaces, Eataly a réussi en 2012 son implantation : un temple de 17 000 m2 sur quatre étages proposant 14 000 produits, 23 restaurants, 8 salles de classe… Certains dénoncent un « Disneyland de la bonne bouffe » à cause de son gigantisme et son côté « bien, beau, bon sous tous rapports », mais les clients adorent. « Les journalistes du monde entier me demandent quand nous allons ouvrir dans leur ville. Mais il est impossible d’aller plus vite. Pour maintenir la qualité de notre approvisionnement nous devons avancer doucement. »

Le Piémontais Oscar Farinetti a lancé son concept-store à Turin.

Qui va piano va sano… Eataly collabore donc avec Slow Food, le mouvement lancé par un autre Piémontais, Carlo Petrini (ami de Farinetti), et épouse son militantisme pour la production locale raisonnée et l’éducation des papilles. Car Eataly est une puissante machine qui mélange les tendances et capitalise sur l’air du temps – le local, le respect, la conscience et l’hédonisme. Ce sont des lieux qui ont une « philosophie », en l’occurrence : « Manger nous aide à vivre mieux ».

On y achète et consomme sur place les meilleurs produits italiens et ce qui se fait de mieux aux alentours de chaque magasin. On peut apprendre la cuisine et développer sa conscience de consommateurs dans les salles de classe où officient spécialistes ès fromages et chefs étoilés. « Quand on entre dans Eataly, il y a une énergie étonnante que l’on ne retrouve pas ailleurs dans la ville, résume Carol Berens, une New-Yorkaise et cliente occasionnelle. On se croirait dans les vieilles halles de marché que vous aviez en France. » Avec son air bonhomme, Eataly est sans doute en train de révolutionner la distribution alimentaire de qualité.

McEnroe, le « punk du tennis » ambassadeur du rasage low-cost

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Le champion de tennis américain John Mac Enroe faisait la promotion des rasoirs bic au début des années 1980.

La veille, il n’a pas voulu nous recevoir. Motif : « Mauvaise humeur. »Origine : obscure. L’entourage de John McEnroe ne cherche même plus à expliquer les rages subites de l’ancienne star du tennis mondial. Le lendemain, engagé en double à Roland-Garros, avec son frère Patrick, il gagne son match contre l’Australien Pat Cash et le Néerlandais Paul Haarhuis, mais le bad boy du circuit n’est guère plus avenant. Lui parler ? « Forget it. »

En ce jour de juin, « Big Mac » dispute le Trophée des légendes. A 55 ans, il n’est plus le champion qu’il fut, le pas s’est ralenti et le cheveu a blanchi, mais il a de beaux restes. Une chose n’a pas changé au fil du temps. L’Américain, élevé dans le quartier du Queens, à New York, a gardé ses allures d’enfant caractériel.

Difficile d’imaginer cette masse colérique jouer le représentant docile d’une marque de rasoirs. Que le poli et bien rasé Roger Federer prête son menton carré pour Gillette passe encore. Mais John McEnroe, avec ses cheveux hirsutes mal domptés par un bandeau en éponge et sa barbe de trois jours…« Il est sans doute le plus mauvais ambassadeur possible pour un rasoir »,confirme Thomas A. Ravier, auteur du Scandale McEnroe (Gallimard, 2006).

« BEAT ME » ( JE SUIS IMBATTABLE)

Pourtant, au tout début des années 1980, alors qu’il est au sommet de sa gloire tennistique, John McEnroe est l’image des rasoirs Bic aux Etats-Unis. La figure choisie pour accompagner le succès d’un jetable lancé outre-Atlantique en 1976. A l’époque, le rasoir est en plastique blanc (la version orange pour peau sensible sortira plus tard) et il n’a qu’une lame. Pendant que le prestigieux tournoi de l’US Open démarre, le « punk du tennis », qui casse sa raquette comme un chanteur d’heavy metal fracasse sa guitare, en profite pour vanter à la télévision les qualités du rasage low cost.

Comme toujours chez Bic, la mise en scène n’est pas dénuée d’humour. Des spots télévisés diffusés aux Etats-Unis montrent le gaucher dans un vestiaire où il dit se raser de haut en bas, de bas en haut, ou de biais selon l’enjeu du match, niant toute forme de superstition, avant de casser son miroir avec un air paniqué. Sur un autre spot, McEnroe est sur le court. Il rate un point. S’énerve, menace de briser son tamis mais… est félicité (une fois n’est pas coutume) par le juge-arbitre pour son visage glabre. Grâce à Bic, bien sûr. A 20 cents le rasage, « beat me » ( je suis imbattable), explique le joueur, précisant que les sommes économisées lui servent à se payer des leçons de tennis.

Sauf que McEnroe colle mal au personnage inventé pour Bic. Il n’avait d’abord rien à voir avec le Suédois Björn Borg ou d’autres stakhanovistes des courts. « McEnroe était un fainéant, un génie qui ne s’entraînait pas ! », assure Thomas A. Ravier, qui explique que son échauffement consistait essentiellement à jouer en double. La légende veut aussi que McEnroe ait confié, à l’instar de nombre de champions, qu’il ne se rasait jamais avant un match.

UNE BARBE DE TROIS OU DIX JOURS AUGMENTERAIT L’INFLUX NERVEUX

La science des vestiaires prétend en effet qu’une barbe de trois ou dix jours augmente l’influx nerveux. Un principe appliqué à la lettre par Borg – six fois vainqueur de Roland-Garros, et six fois mal rasé. Tout cela ne serait que « lubie ou extravagance superstitieuse », selon Ronan Lafaix, coach de grands sportifs et auteur de Tennis, un nouveau coaching pour gagner(Amphora, 2012). McEnroe a-t-il vraiment dit qu’il ne se rasait pas avant une compétition ? Chez Bic, personne n’a gardé en mémoire cette présumée désinvolture. De sa collaboration avec le tennisman américain, Bruno Bich, qui dirigeait la filiale américaine de Bic au début des années 1980, n’aurait gardé qu’un souvenir joyeux. Impossible d’en savoir plus : le contrat ficelé aux Etats-Unis interdit à Bic d’évoquer son lien passé avec le champion sans une autorisation écrite de la vedette.

A l’époque, dans la publicité, la personnalité de la star semblait compter davantage que sa crédibilité par rapport au produit. « On se fiche qu’il soit rasé de près ! », confirme Jacques Séguéla, vice-président d’Havas Worldwide. McEnroe a beau n’être ni très sympathique ni très raffiné, « c’est un gagneur, un combattant », poursuit le pape de la pub des années 1980. Le consommateur de l’époque aime rêver.

McEnroe n’a pas les « cuisses païennes » de Guillermo Vilas, le physique « d’un apollon en couleur » comme Yannick Noah, le « visage christique » de Björn Borg, mais, en dépit d’une « anatomie d’une affligeante banalité », il est le héros qu’on adore détester et qu’on s’en veut d’aimer, écrit Thomas A. Ravier.

Avant d’utiliser l’image de McEnroe, les rasoirs Bic sont incarnés par Raymond Poulidor, le cycliste et éternel numéro deux, adoré des Français. Mais le monde change. La décennie de 1980 débute, l’économie se dérègle et s’internationalise. Les « trente glorieuses » s’achèvent. Les années fric, sans complexe, sans politesse, s’installent. L’argent, la réussite deviennent les valeurs de la nouvelle génération. Une génération qui n’a plus peur ni de jeter ni de voyager.

« MCENROE CORRIGE POULIDOR »

Avec le New-Yorkais rebelle et talentueux, né en Allemagne, d’origine irlandaise, la marque « entre dans la compétition mondiale », note Anne Magnien, qui a dirigé et présenté l’émission « Culture pub » sur M6 pendant des années, aux côtés de Christian Blachas. « McEnroe corrige Poulidor », assure-t-elle.

Peu importe que le champion promette au bûcher la quasi-totalité des arbitres qu’il croisera, qu’il traite l’un d’eux de « lie de la terre » (« you are the absolute pits of the world »). McEnroe brise les règles. Mord la ligne blanche. Il signe aussi la fin d’une époque. Celle de l’amateur, qui « fait fi de toute transaction à son sujet (…) inaliénable au marché », estime encore Thomas A. Ravier dans son livre. Il n’est pas encore ce produit qui prend soin de remettre sa montre (sponsor) avant de recevoir son trophée. Ce pro qui répond poliment aux interviews en buvant ostensiblement un Perrier (sponsor), s’entraîne de façon assidue et mange équilibré.

McEnroe sort en boîte les veilles de match, avale un hamburger avant son premier set et méprise la plupart des journalistes. « Le tennis a complètement changé, confirme Ronan Lafaix, aujourd’hui les joueurs ne font rien au hasard. » Ultime démonstration de cette bascule, selon M. Lafaix : désormais la plupart des joueurs se rasent de près.

Extrait du Journal Le Monde, par Par Claire Gatinois.

Seattle, le paradis des mécènes

Extrait des Echos.fr, par Martine Robert.

Dans le sillage de Microsoft avec la Fondation Gates, nombre de grandes entreprises de Seattle, comme Boeing, Starbucks ou Google, incitent leur personnel à s’impliquer dans la vie sociale. Une vitalité qui confère à la métropole du nord-ouest américain une aura économique et culturelle reconnue dans tout le pays.

Tournée vers l’avenir, figurant parmi les villes les plus diplômées des Etats-Unis et berceau de nombreuses success stories d’entreprises, Seattle a développé au fil des décennies une forte tradition philanthropique. - Shutterstock

Tournée vers l’avenir, figurant parmi les villes les plus diplômées des Etats-Unis et berceau de nombreuses success stories d’entreprises, Seattle a développé au fil des décennies une forte tradition philanthropique. – Shutterstock

« Arrive curious, leave inspired  » : le Visitor Center de la Fondation Bill & Melinda Gates à Seattle annonce la couleur. Voisin du campus de la plus ambitieuse organisation philanthropique privée de la planète, au capital de 40 milliards de dollars, ce bâtiment contemporain habillé de bois blond, à la scénographie soignée, a déjà reçu 55.000 visiteurs depuis son ouverture début 2012. Bill Gates, qui a quitté Microsoft en 2008 pour se consacrer à sa fondation, y présente ses actions, remercie les donateurs qui l’ont rejoint comme Warren Buffett, et incite chacun à la philanthropie, en particulier les jeunes, séduits par la présentation ludique et pédagogique. « La volonté est de sensibiliser le public aux inégalités dans le monde, d’encourager l’engagement, d’inculquer le sens de la redistribution et du capitalisme créatif bénéfique aux autres »,explique Martha Choe, directrice générale de la fondation. Santé, environnement, éducation, tous les thèmes chers au couple mécène sont évoqués, avec, en regard, les sommes déjà mobilisées. A la fin de la visite, chacun est invité à remplir la boîte à idées.

Cette institution, dotée d’un budget annuel de 2,5 millions de dollars et créée dans cette ville où Bill Gates a ses racines – où sa famille elle-même était mécène –, a pour l’instant un rayonnement régional et national. Mais elle pourrait bientôt attirer des touristes du monde entier car des tour-opérateurs vont l’intégrer dans leurs circuits et des concierges des hôtels de la métropole dans leurs préconisations. Une aubaine pour la capitale de l’Etat de Washington. Depuis 2011, la fondation, qui a investi 500 millions de dollars dans son siège mondial, où travaillent un millier d’employés, a déjà injecté une somme à peu près équivalente dans la région.

Science-fiction et pop culture

Et la Fondation Gates fait des émules. A Seattle, nombre de grandes entreprises incitent leur personnel à s’engager, au premier rang desquelles figurent Microsoft, mais aussi Boeing, Starbucks, le 5e plus grand détaillant mondial Costco et, dans une moindre mesure, Amazon, ou encore Nintendo, Google, Facebook, Expedia… Microsoft se revendique même comme un « incubateur » de l’entrepreneuriat social, le bénévolat faisant partie de l’ADN maison. On vous explique que si Google souhaite que ses salariés consacrent 20 % de leur temps à des projets « to make the company better », on préfère ici que le personnel utilise ce temps « to make the world better ». « Il y a de toute façon une tradition de philanthropie à Seattle, où se situe d’ailleurs le plus grand club Rotary du monde. Mais il est certain que Bill Gates et Paul Allen ont un effet d’entraînement. Ainsi, à notre niveau, nous sommes souvent sollicités pour fournir des chambres aux artistes invités à l’occasion de festivals ou de concerts symphoniques », souligne Stacia Marcé Williams, directrice marketing de l’hôtel Mayflower.

De fait, l’autre très grand mécène de Seattle n’est autre que l’associé initial de Bill Gates dans Microsoft, Paul Allen. « Il a créé la fondation éponyme il y a vingt-cinq ans et celle-ci a déjà distribué 500 millions de dollars dans la région. Paul Allen a également effectué à titre personnel pour 1,8 milliard de dons », observe Jim McDonald, en charge du programme arts et culture de la Paul Allen Foundation. Très centrée sur le nord-ouest des Etats-Unis, cette dernière est calquée sur les centres d’intérêt de l’homme d’affaires et de sa sœur Jody : les sciences, l’éducation, les arts, la santé. La fondation soutient activement l’orchestre symphonique, l’opéra et le ballet de Seattle, des institutions très peu aidées par les pouvoirs publics. Excellent guitariste, Paul Allen a en outre conçu et financé l’Experience Music Project, l’un des musées les plus fréquentés de la ville, avec 500.000 visiteurs en 2013. Ouvert à la science-fiction et à la pop culture, mais surtout dédié aux chanteurs et compositeurs cultes de Seattle – Jimmy Hendrix et Nirvana – auxquels l’homme d’affaires voue une admiration sans borne, l’EMP est un lieu où l’on peut également écouter des concerts retransmis sur écran géant et s’initier à la musique, jouer en groupe, enregistrer un CD ou un DVD. De quoi susciter des vocations… La spectaculaire architecture du musée signée Franck Gehry, tout en courbes et en couleurs, en fait aussi l’un des emblèmes de Seattle. « Et la notoriété de Paul Allen est telle qu’elle attire l’attention sur les institutions que lui ou sa fondation soutiennent ; cela a un effet boule de neige », se félicite Jasen Emmons, conservateur du musée.

Près de l’EMP, le centre d’art Chihuly Garden and Glass, ouvert en 2012, relève aussi de l’initiative privée. La famille Wright, propriétaire de la tour Space Needle – l’autre totem de Seattle –, a décidé de consacrer ce lieu d’exposition à un autre artiste local très reconnu : Dale Chihuly, exposé dans plus de 200 musées, du Victoria and Albert Museum de Londres au musée des Beaux-Arts de Montréal. Ce virtuose du verre a prêté ses œuvres pour trente ans, la durée du bail qui lie les Wright à la ville, propriétaire du terrain. « Nous avons déjà reçu plus de 400.000 visiteurs », se réjouit Hilary Lee, directrice artistique. Sans états d’âme, la Glass House, avec ses sculptures monumentales, est régulièrement privatisée pour des réceptions de 250 personnes. La famille Wright y trouve son compte, Dale Chihuly aussi, dont les prix s’envolent sur le marché.

Mais c’est probablement le musée d’histoire et d’industrie de la ville, le MoHaI, qui illustre le mieux la mobilisation des entreprises à Seattle. Installée dans un nouveau bâtiment de 90 millions de dollars (financement public-privé) dans le quartier de South Lake Union rénové par Paul Allen, cette institution a bénéficié d’un apport de 10 millions d’euros de son voisin, le président d’Amazon. Pourtant, dans cette métropole où les mécènes mettent la barre haut, Jeff Bezos est jugé plutôt moins généreux que ses pairs par la presse locale… Il faut dire qu’au MoHaI, où l’on découvre toutes les success-storys nées ici, Boeing, Microsoft, Starbucks, Costco ont chacun financé une salle, à la grande satisfaction du directeur de l’établissement. « Depuis que nous sommes installés dans ces locaux plus spacieux, nous drainons 200.000 visiteurs contre 60.000 précédemment », fait valoir Leonard Garfield. « Notre souhait est de stimuler l’innovation en donnant en exemple ces chefs d’entreprise qui, parfois, ont commencé dans leur garage », poursuit-il. D’ailleurs, toutes ces sociétés sont dans le « board » du musée, véritable vitrine du capitalisme flamboyant.

La directrice du Seattle Art Museum, Kimerly Rorschach, ne s’en cache pas : l’une des raisons qui l’ont attirée ici « c’est le dynamisme économique et le potentiel de développement des arts et de la culture ». Son prédécesseur, Mimi Gates, belle-mère de Bill, avait levé 200 millions de dollars pour redéployer le musée en 2007. Drainant 1 million de visiteurs par an sur trois sites complémentaires, dont un jardin de sculptures à l’accès gratuit, le SAM cherche à renforcer encore son attractivité, en s’appuyant sur le tissu entrepreneurial. Car, sur un budget de 22 millions de dollars, le financement public ne représente que 100.000 dollars. Le reste provient à 20 % de la billetterie et des boutiques, 20 % de l’ « endowment » (capital placé), 60 % de la philanthropie. Ce fort soutien privé est à double tranchant : le musée s’est retrouvé dans la tourmente en 2008 quand la crise financière a fait sombrer dans la faillite l’un de ses principaux mécènes, la banque Washington Mutual. Heureusement pour cet établissement qui compte plusieurs centaines de bénévoles, un donateur chasse l’autre. « Seattle est très tournée vers l’avenir, avec toutes ces firmes high-tech, où sont employés de jeunes adultes très éduqués. Tous ensemble, on peut faire avancer la ville », s’enthousiasme Kimerly Rorschach. C’est notamment pour cette population érudite que le SAM programme des expositions majeures, importées de grands musées occidentaux, tout en soutenant la scène régionale par ses commandes artistiques.

Dans un cercle vertueux, cette vitalité culturelle attire cadres et entreprises. « Seattle est l’une des métropoles les plus diplômées des Etats-Unis. C’est ainsi une ville test pour nombre de spectacles de Broadway, présentés en avant-première, car le public y est exigeant », confirme Stacia Marcé Williams. Exigeant mais solidaire. Ainsi, un cadre millionnaire a racheté le Paramount pour le sauver. Cette salle historique de 2.800 places fait partie, tout comme le Neptune et le Moore, du Seattle Theatre Group, une organisation sans but lucratif qui propose 400 shows par an.

C’est grâce à la générosité du public encore que le Seattle Symphony, dirigé par le chef d’orchestre français Ludovic Morlot et considéré comme l’un des meilleurs des Etats-Unis, pourra se produire les 5 et 6 mai au Carnegie Hall de New York. Une consécration pour ses donateurs qui sont même conviés à un « Inclusive Patron Tour ». « Sur les 24 millions de dollars de budget annuel de l’orchestre, la moitié vient de ses recettes propres, l’autre de ses milliers de bienfaiteurs », souligne Simon Woods, directeur exécutif. Parmi ces soutiens, on retrouve une fois de plus Microsoft, Boeing, Paul Allen ou Nintendo. « Seattle a ainsi une scène culturelle vibrante, avec 25 compagnies de théâtre, 12 musées d’art, 15 orchestres, un ballet et un opéra », se réjouit Ludovic Morlot.

Cette offre booste aussi le tourisme, qui génère 6 milliards de dollars de retombées par an et plus de 53.000 emplois. « Nous accueillons 10 millions de visiteurs par an, et notre objectif est de faire croître ce chiffre de 5 % par an », précise Brad Jones, l’un des responsables de Visit Seattle. Reste que la « city of glittering fortunes » était aussi en 2012 la 5e ville la plus inégalitaire des Etats-Unis dans la répartition de ses richesses, juste après Washington DC, Atlanta, San Francisco et New York City, sur les 50 métropoles passées au crible par le US Census Bureau : les 5 % de ménages les plus fortunés ont un revenu annuel moyen de 422.607 dollars, soit 18 fois celui des 5 % les plus pauvres. Alors pas étonnant qu’ici « le corporate citizenship » soit « presque un passage obligé », comme le constate Jack A. Cowan, consul de France dans la cité portuaire.

Cinq « idées reçues » sur l’e-commerce

Dans une étude, le cabinet PwC analyse le comportement des cyberacheteurs. Leurs pratiques d’achat sur le Web sont moins binaires qu’en apparence.

 Extrait des Echos.fr, par Philippe Bertrand.

Fort d’une croissance à deux chiffres dans la plupart des pays depuis une demi-douzaine d’années, Internet est désormais un vecteur établi du commerce de détail. La fin de cette ère pionnière est l’occasion pour les experts de battre en brèche un certain nombre de clichés attachés à cette nouvelle forme de consommation.

Dans sa deuxième étude mondiale publiée il y a quelques jours et réalisée auprès de 11.000 cyber-acheteurs dans 11 pays de la Chine aux Etats-Unis en passant par l’Europe, le cabinet PwC liste « 10 idées reçues sur l’e-commerce ». Certaines sont déjà connues. Par exemple, le fait que les pays émergents sont, en la matière, plus avancés que les pays matures, ce qui rend inadéquate la duplication des stratégies des opérateurs d’une zone à l’autre.

« Cette avance se caractérise par un usage répandu des nouvelles technologies et des comportements d’achat différents », précise Sabine Durand-Hayes, responsable de l’activité distribution de PwC. Ainsi, en Chine, 40 % des cyberacheteurs utilisent une tablette ou un smartphone, contre 10 % en France. Autre exemple : au Brésil, 40 % des web-acheteurs se rendent sur un site après réception d’une offre spéciale par SMS, contre 22 % dans le reste du monde. Et en Chine, les deux premiers facteurs de visite de sites d’e-commerce sont le couponnage et les avis d’amis ou d’experts. D’autres idées reçues, tout juste pressenties, sont battues en brèche par l’enquête.

 

Le magasin et les enseignes établies sont morts

PwC rappelle que, dans la plupart des pays, hormis Amazon et eBay, les sites préférés sont ceux développés par les grandes enseignes établies. Et que l’e-commerce ne tuera pas le magasin. Ainsi, en France, pour l’électronique, domaine de prédilection des sites marchands, seuls 33 % des consommateurs ne font leurs emplettes qu’en ligne.

 

On achète sur les réseaux sociaux

Seuls 24 % des web-acheteurs interrogés achètent via un réseau social, alors que 75 % d’entre eux les utilisent. Ces sites sont aujourd’hui considérés par 60 % des web-acheteurs comme le moyen d’interagir avec les marques : chasser les bonnes affaires (49 %), découvrir de nouveaux produits (28 %) ou participer à des jeux concours (16 %). Pas pour passer à l’acte d’achat. Ces indications renvoient à la difficulté qu’a Facebook à « monétiser » son activité.

Le prix est le seul atout des sites marchands

Si les Amazon et autres Cdiscount achètent des parts de marché en cassant les prix, PwC montre que le consommateur n’est pas seulement sensible à cet argument. « L’innovation, la mémorisation des données personnelles et le retour des produits en magasin sont autant d’aspects jugés essentiels. Les fondamentaux du service client sont les mêmes, qu’il s’agisse d’achats en ligne ou en magasin », explique Anne-Lise Glauser, directrice stratégie.

Les marques ne vendent pas sur le Web

L’étude indique également que les distributeurs classiques, s’ils rivalisent avec les « pure players », ne sont pas, en dépit de leur proximité ancienne avec les consommateurs, mieux placés que les marques elles-mêmes pour faire du commerce sur le Web. Ainsi, au niveau mondial, 35 % des sondés ont déjà acheté sur le site d’une marque. S’ils ne sont encore que 19 % en France, ils sont 52 % aux Etats-Unis et 56 % en Chine (voir ci-contre).

 

Le multicanal : un jeu à somme nulle

Autre leçon : la cannibalisation n’est pas forcément de mise entre le Net et le magasin. 48 % des consommateurs fidèles à une enseigne déclarent acheter plus si celle-ci est multicanale.

11.000 personnes interrogées dans 11 pays

L’enquête de PwC est la deuxième du genre. Elle a été réalisée en juillet et août 2012 auprès de 11.000 cyber-acheteurs répartis entre 11 pays : les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Suisse, la Turquie, la Russie, la Chine et Hong Kong.

Question d’indice, par Arnaud Tsamere

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Radamel Falcao rejoint l'AS Monaco pour un montant estimé à 60 millions d'euros.

Extrait de Sport & Forme, journal du Monde, par Arnaud Tsamere.

J’accepte volontiers de changer d’avis, mais pour cela il faut prendre la peine de bien m’expliquer les choses.

Notre Ligue 1 est dévalorisée, les clubs français ne sont pas assez attractifs, le niveau de jeu est décrié, les stades ne sont pas assez remplis, pas assez de spectacle sur la pelouse et dans les tribunes, notre indice UEFA ne cesse de chuter au point que, bientôt, les bus de nos meilleurs clubs seront obligés de faire trois préliminaires de rond-point avant d’entrer dans leur propre stade.

Et pourtant des passionnés veulent y croire et changer les choses. Efficacement. Faire du championnat français une vitrine en Europe et dans le monde.

Partant du constat que la France est le seul pays à ne pas avoir sa capitale représentée dans le gotha du football européen ou qu’un club historique comme Monaco (sept fois champion de France) ne peut décemment pas continuer à jouer en Ligue 2, ces passionnés vont agir.

Le problème est qu’ils sont qataris ou russes, et milliardaires. Et ça, c’est gênant. On ne sait pas bien pourquoi mais on ne se sent pas à l’aise entouré de ces gens qui ne partagent pas notre crise économique et la prétendue morosité ambiante.

ON DEVRAIT REMERCIER LE PRINCE

Alors la mauvaise foi se met en route. On aurait par exemple dû savourer chaque minute passée par Beckham à Paris. Au lieu de cela, on a pointé du doigt le coup marketing de son transfert et son niveau sur le terrain, on a bien ri de sa glissade en costume lors de son déplacement en Chine. Et puis, le jour où il sort du terrain en pleurant, on réalise qu’on vient de perdre une des légendes du foot mondial. Et on se dit qu’on en aurait bien repris une petite tranche de douze mois.

On devrait remercier le prince de nous offrir la présence de Thiago Silva, Ibra et consorts, se souvenir de Leonardo sous le maillot de Paris et louer son amour intact du même maillot au point de toujours être en première ligne pour protéger le groupe comme le faisait Domenech avec son ingérable équipe de France. Alors oui, il est arrogant et méprisant. Oui, il bouscule les arbitres : c’est pour embrasser leur maillot, de l’amour je vous dis ! Mais quitte à choisir je prends Leo avec tous ses défauts et je me régale de la feuille de match de Paris tous les dimanches.

Aujourd’hui, c’est au tour de Monaco. Qu’est-ce qu’on pourrait bien inventer ? Tiens ! on va remettre en cause leur statut fiscal qui pourtant nous allait très bien quand le club atteignait la finale de la Ligue des champions en 2004.

Arrêtez-moi si je me trompe, mais, même en imposant Monaco au maximum, ils auront de toute façon une force de frappe supérieure à n’importe qui et joueront le titre avec Paris. Alors est-ce qu’on ne les laisserait pas tranquillement remonter notre indice UEFA et permettre à Lille d’être à l’avenir en Coupe d’Europe en terminant 6e du championnat ?

Quand j’entends le président de Nancy dire qu’avec un peu de chance Monaco restera relégué en Ligue 2 et que le club lorrain sera sauvé, je réponds non, cher président lorrain, votre descente en Ligue 2 vous l’avez brillamment méritée et sans que le système fiscal de Monaco y soit pour quoi que ce soit…

Perso, je préfère voir Thiago Silva défendre sur Falcao plutôt que sur Alo’o Efoulou, l’attaquant de Nancy. Nan mais Alo’o, quoi…

 

Une autre entreprise est-elle possible ?

Extrait des echos.fr, par Julien Damon.

Critiques  La responsabilité sociale de l’entreprise est à la mode dans les livres anglo-saxons, mais peut-elle faire un bon « business model » ? Oui, répond le gourou du marketing Philippe Kotler. Colin Mayer, professeur de management à Oxford, donne trois règles pour y parvenir. Et deux enseignants de Harvard se penchent sur les vertus – mais aussi les dérives – des partenariats public-privé aux Etats-Unis.

Firm commitment

Après avoir été à l’éthique des affaires et à la citoyenneté d’entreprise, la mode est à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et à de nouvelles tergiversations sur la place de l’entreprise dans la société. Pourtant, le prix Nobel libéral Milton Friedman a bien prévenu : l’unique responsabilité des entreprises serait de rémunérer leurs actionnaires. Au-delà, point de salut ? Trois ouvrages en anglais, avec des signatures éminentes, pour faire le point sur un vieux sujet.

Faire à la fois du bien et du profit

Philippe Kotler est le grand pape du marketing. Avec ses coauteurs, il se démarque d’emblée d’un Milton Friedman à qui on attribue la formule« the business of business is business ». Pour Kotler, la responsabilité sociale des entreprises est passée du rang de gadget à celui d’élément stratégique. Il ne s’agit plus de dire que l’on fait du bien pour faire bien, mais de faire véritablement du bien en intégrant cette dimension à la vision de l’entreprise. Pour réussir, une entreprise doit donc nécessairement être investie socialement.

En quelques formules, qui font mouche, on passe, de la sorte, du « doing good to look good » au « doing well by doing good ». En multipliant les exemples, cet ouvrage de management met en évidence six vertus à une RSE de qualité : augmentation des ventes et des parts de marché ; renforcement de la marque ; amélioration de l’image ; attractivité pour de nouveaux talents ; réduction des coûts ; charme pour les investisseurs. En gros, la responsabilité sociale des entreprises est une formule miracle, qui, de surcroît, conduit à un monde meilleur.

La caricature pourrait être facile. L’ouvrage regorge néanmoins d’exemples et d’arguments qui illustrent une thèse simple : les entreprises qui réussissent, dans tous les domaines, sont celles qui ne voient pas la RSE comme une obligation extérieure, mais comme un levier d’efficacité. Rédigé comme un guide de recettes à destination des décideurs, le livre fourmille d’idées sur les façons de s’associer à une cause ou sur le mécénat de compétences (la mise à disposition temporaire d’experts). Le décideur pressé lira les développements consacrés à la nécessité de bien choisir ses sujets et de s’engager dans la durée, au risque de passer pour opportuniste, cynique ou hypocrite. Un gros problème, en effet.

S’engager sur des valeurs

Les propos sur la responsabilité sociale des entreprises tiennent souvent du gloubiboulga. Il en va d’un prêchi-prêcha pompeux ponctué d’écosystème, de sociétal, de parties prenantes, etc. Ancien doyen de la Saïd Business School d’Oxford, Colin Mayer veut mettre un peu d’ordre. Il considère que les discours sur la RSE, en plus d’être vagues, sont vains. L’essentiel doit tenir dans un renouveau des valeurs. Mayer, précis, les définit comme les obligations d’une entreprise qui vont au-delà des seules dispositions contractuelles. Ambitieux, il estime qu’il ne sert à rien d’adapter marginalement l’entreprise à son environnement. Il faut réviser les fondements de cette fiction légale devenue une créature dévorante.

Mayer se livre à une critique fournie d’un capitalisme à l’anglo-saxonne, anonyme, dispersé et déterritorialisé. Conséquence : la dilution des engagements et responsabilités, des actionnaires comme des dirigeants. Il l’oppose à un capitalisme qui resterait d’extraction familiale, chez les émergents notamment (voir Tata, en Inde).

L’auteur, très théorique, fait trois propositions. Que les entreprises définissent leurs valeurs (celles dont le respect doit l’emporter sur la création de valeur). Qu’elles établissent des « gardiens des valeurs » dans leur gouvernance. Qu’elles puissent pondérer les droits de vote des actionnaires en fonction du temps de détention des actions, ceci afin de favoriser l’engagement de long terme. Mayer tente de faire le clair et il apporte bien des remarques et idées. Il tombe cependant lui aussi pour finir dans le gnangnan habituel en appelant, à la fin, à un « changement de paradigme ». Ce qui ne mange pas beaucoup de pain, mais laisse sur sa faim.

Le partenariat est un art

Deux enseignants de Harvard reviennent sur les mérites et défauts respectifs des deux secteurs privé et public. Sans potion magique adaptée à toutes les situations, ils plaident pour un équilibre de relations mutuellement avantageuses. Ils baptisent leur trouvaille conceptuelle, dans la famille des mots désignant la gestion de services collectifs, la « gouvernance collaborative ». Un peu comme dans un mariage, disent les auteurs, il n’y a pas là une relation de donneur d’ordre à prestataire, mais partage des moyens et du pouvoir. La « gouvernance collaborative » n’est pas une délégation classique. C’est un programme mené en commun, où chacun trouve ses gratifications, avec des marges de liberté qui demeurent. Ce n’est pas de la commande publique.

L’analyse repose sur de multiples exemples, décortiqués dans plusieurs villes américaines, autour de sujets aussi divers que l’accueil de la petite enfance, la gestion des parcs publics, les urgences médicales ou encore la formation professionnelle. Sans cahier des charges uniforme, le partenariat est un art que doivent apprendre à maîtriser des fonctionnaires appelés à « orchestrer des collaborations » plus qu’à gérer des agences.

Soyons francs : il n’y a pas là forcément quelque chose d’exceptionnellement original. L’argumentation rappelle tout de même que les liaisons public-privé peuvent mener à des réalisations spectaculaires (les parcs de New York et Chicago), intéressantes (les célèbres Charter Schools, qui associent large autonomie et financement public) ou calamiteuses (chacun trouvera son exemple). Les partenariats bien compris, ne passant pas forcément par un contrat, autorisent entreprises et pouvoirs publics à réaliser des opérations jouissant de davantage de légitimité et de ressources. L’intérêt général (comme on dit en français) passe par là.

La comédie du salaire, par François Bégaudeau

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Javier Pastore AFP FRANCK FIFE

Extrait de Sport & Forme, journal du Monde, par François Bégaudeau.

Qu’elle concerne les footballeurs ou les acteurs français (lire la tribune de Vincent Maraval dans Le Monde du 29 décembre 2012), l’accusation « trop payés » semble, a fortiori en temps de crise, très à propos. Et très hors de propos.

Trop payés par rapport à quoi ? Par rapport à leur mérite ? Mais depuis quand une société indexe-t-elle les salaires au mérite ? Une assistante sociale à La Courneuve est-elle vingt fois moins méritante qu’un chirurgien à Neuilly ? Rires en boîte. Scène suivante.

Le mérite est une comédie dont un des gags récurrents voit le peuple juger excessif le salaire d’un footballeur – ou d’un acteur. Pas plus tard que l’année dernière : après plusieurs prestations moyennes de Pastore, la vox footballi a commencé à penser que la star argentine « ne valait pas 43 millions ». C’est donc qu’un joueur meilleur les vaudrait ? C’est donc qu’il est possible de valoir 50 millions ? Ou davantage, quand on s’appelle Ibrahimovic ? Si Lucas Moura joue à la hauteur de sa réputation, on jugera qu’il mérite les 40 millions de transaction entre Sao Paulo et le PSG. S’il s’avère durablement incapable d’éviter à son équipe des défaites contre Ajaccio, sa valeur-mérite sera revue à la baisse.

Valeur marchande approximative

Certains diront : dans tous les cas c’est trop. Aucun homme ne vaut ça. Mais ce serait encore se situer dans un cadre de pensée dans lequel on envisage qu’un salaire ait du sens. Au fond, loin d’être la marque d’un esprit frondeur et libertaire, le refrain du « trop payés » entérine la morale dominante, s’inscrit dans son système de valeurs. « Trop payés » laisse entendre qu’on peut être rémunéré dans une juste mesure, qu’un salaire moralement correct peut exister dans le foot, dans le cinéma, partout. Alors que dans toutes les sphères de l’économie – relire Marx fera du bien à tout le monde -, les salaires sont fixés en fonction non du mérite, inquantifiable, mais de la valeur d’échange. Dany Boon demande 500 000 euros pour une apparition dans Astérix parce qu’il peut démontrer que sa présence dans le film attire les investisseurs, les spectateurs puis les téléspectateurs. Quand Cristiano Ronaldo demandera 80 millions au PSG, ce sera au nom d’une évaluation virtuelle de sa valeur ajoutée, obtenue en additionnant les bénéfices réalisés par le club avec sa venue (merchandising, sponsors, public, droits télé).

Il se trouve que cette valeur d’échange est elle-même très approximative, et donc souvent perdante. Un plan parfait et Pastore rapporteront beaucoup moins que ce qu’ils ont coûté. Pas grave : les gros producteurs français et la famille princière du Qatar peuvent, du haut de leur fortune, se permettre des investissements à perte. C’est cette inconséquence-là que devrait blâmer la vox populi. L’inconséquence de gens par ailleurs intarissables sur l’exigence de compétitivité dans un contexte de concurrence mondiale (sic) ; intarissables sur les planqués de fonctionnaires que l’emploi à vie exempte de la juste sanction du marché – tu te plantes, tu dégages. Comme d’habitude, le foot offre un point de vue idoine sur le monde comme il va. En l’occurrence, il fait voir que le très riche est celui qui s’autorise un nombre illimité de dérogations à l’obligation de résultats qu’il impose à ses subordonnés.