Le top 5 des volleyeurs en activité par Pat Cash

Galerie

Cette galerie contient 6 photos.

Extrait du journal L’équipe. A cinquante ans, le vainqueur de Wimbledon 1987 demeure un très fin observateur du jeu, et adore particulièrement les volleyeurs. L’australien aurait bien cité Radek Stepanek, mais on lui a demandé de se concentrer sur le … Lire la suite

Volleyeur solitaire

Extrait du journal L’Equipe, par Vincent Cognet.

Federer-Volley-vs-Ferrer-Toronto-2014-660x330

Dans le tennis moderne, la volée n’est plus une priorité. Roger Federer est l’un des rares joueurs actuels à vraiment maîtriser cet exercice.

EN AOÛT DERNIER, le New York Times se fendait d’une consultation auprès d’une trentaine d’acteurs du tennis (joueurs, coaches, journalistes). Question : qui peut revendiquer le titre de meilleur volleyeur du circuit ? La réponse était à la fois claire et tristounette : trois joueurs de double occupaient les trois premières places. Le premier des « solistes » n’était que quatrième. Son nom? Roger Federer. Un choix incontestable tant le Suisse a, depuis longtemps, prouvé ses qualités de volleyeur.

Ce sondage ne fait que confirmer l’inexorable évolution subie par le tennis depuis une bonne vingtaine d’années. Si l’on peine à citer cinq grands volleyeurs parmi les cent premiers joueurs mondiaux, c’est simplement parce que la conquête du filet n’est plus une priorité. La primauté donnée à la puissance et le ralentissement général des surfaces sont passés par là. Federer lui-même est davantage un attaquant en deux temps qu’un as du service-volée. Il n’évolue pas dans le même monde qu’un McEnroe, qu’un Cash, qu’un Rafter ou qu’un Edberg. « Dans le tennis moderne, la volée est le domaine qui a le moins progressé », estime Pat Cash, en maniant l’euphémisme.

« À la limite, on peut presque dire que Roger volleye moins bien qu’en 2003, avance Guy Forget. Mais tout simplement parce qu’il passe 95 % de son temps en fond de court. Même si, depuis qu’il bosse avec Edberg, je trouve qu’il vient plus souvent au filet. » Quand il y pointe son nez, le maître est sans égal. « Son toucher de balle et son contrôle sont hors norme, apprécie Forget. Il peut gagner le point dans des positions impossibles. Sa volée de revers est hyper propre. Comme tous ses coups, qui méritent 9,5/10. Après, si on veut chipoter, on peut aussi remarquer qu’il joue parfois sa volée de coup droit trop de face, de manière un peu trop droite, en ouvrant sa ligne d’épaule. Edberg, lui, s’engageait plus. De toute façon, pour moi, Stefan, c’est la plus belle volée de l’histoire. En volée de coup droit, Roger pourrait un peu plus imiter son coach ! »

Lorsque Nicolas Escudé monte au filet, c’est aussi pour y admirer le phénomène. « La volée de Roger n’a rien de révolutionnaire, mais il est très en place sur le jeu de jambes, explique le Français. Surtout, il vient à la rencontre de la balle. Il ne la subit pas et c’est encore plus important qu’à mon époque. La balle arrive deux fois plus vite et avec plus d’effets. Aujourd’hui, au filet, on est dans une problématique de ping-pong. Le plus dur, c’est de contrôler les effets. »

Pour y parvenir, le bas doit précéder le haut. Une règle absolument intangible. « Dans le jeu au filet, il existe un invariant, précise Nicolas Mahut. Il faut absolument y aller avec les jambes avant d’y aller avec le bras. Ce que je trouve de plus fort chez Federer, c’est son agilité. Il est vite en jambes et très équilibré sur sa reprise d’appuis. Je le trouve rapide après sa première volée, rapide pour anticiper et se replacer.Au niveau des cannes, c’est la perfection. Après, je pense qu’il a progressé au moment du contact. Il colle à la balle, il l’attaque, son geste est tranchant. Résultat, la balle reste basse. Quand on parle technique, c’est quasiment la perfection. »

Pour maîtriser la problématique du filet, une technique impeccable et une tonicité de jambes ne suffisent pas toujours. Il faut aussi sentir le jeu. Mieux : le plier à sa propre volonté. « La volée, c’est complexe, explique Mahut. Ce n’est pas uniquement une histoire de technique. C’est aussi la manière d’amener l’adversaire à jouer où tu veux qu’il joue. Il faut être clair : au filet, tu ne peux pas couvrir toutes les zones. Il faut donc “aimanter” le passing. Mika (Llodra) était un maître en la matière. Roger lui aussi est très fort. Comme il sent super bien le jeu, il est rarement pris en défaut. »

SUR TERRE BATTUE, la spécificité du jeu au filet n’est pas liée à la technique. On ne modifie pas son geste parce que le sol est ocre, comme on le fait par exemple pour le coup droit, frappé plus bombé. Seule l’approche mentale est différente. « Sur terre, tu fais moins souvent un point gagnant dès ta première volée, explique Nicolas Mahut. Il faut toujours être prêt à devoir en jouer une deuxième, ­voire une troisième. » Le Français estime pourtant que la terre n’est pas systématiquement un obs­tacle au service-volée. « Comme les mecs retournent de plus loin, tu as plus de temps pour aller au filet. Et si tu volleyes court, tu peux très bien faire le point. Mais attention : si une volée courte n’est pas bien touchée ou bien “tranchée”, le gars d’en face va glisser, te fixer et te passer. »

Comme il l’a montré récemment à Rome en quarts (contre Berdych, 6-3, 6-3), puis en demies face à Wawrinka, (6-4, 6-2), Federer parvient à développer sur terre un tennis agressif. Logique, selon Guy Forget : « Quand tu as le sens du jeu comme lui, la terre battue n’est pas un obstacle à ta réussite au ­filet. En revanche, elle t’oblige à ce que ton coup d’attaque soit parfait. » Le meilleur exemple en est donné par… Rafael Nadal. Étonnant ? Pas vraiment. « Je ne m’amuserais pas à comparer ­“Rafa” à “Rodge”, prévient Mahut.Mais Nadal a quand même une main hallucinante. Sur terre, il est très efficace au filet parce qu’il vient au filet dans de bonnes conditions. C’est son coup d’avant qui est extraordinaire. » L’Espagnol bluffe aussi Nicolas Escudé : « En toute honnêteté, sur terre battue, je trouve que Rafa est un super volleyeurSes volées sont techniquement très justes. Ce n’est pas aussi classieux et élégant que ­Federer, mais il a une super main ! On le voit quand il doit jouer une volée sous le filet ou une contre-amortie. Techniquement, c’est propre, il n’y a pas de fioritures. Et tactiquement, j’aime beaucoup ce qu’il fait. »

 

GILLES SIMON  décrypte les forces de Roger Federer lorsqu’il monte au filet. Et souligne notamment sa gestuelle.

« QUE VOUS inspire Roger Federer à la volée ?

– Plus qu’impressionnant au filet, il est étonnant. Il y a de la facilité et de la fulgurance. Il fait partie des joueurs qui peuvent réussir des volées très, très difficiles, mais qui peuvent aussi rater des volées faciles. Ça sort vite de sa raquette, mais ça peut sortir un peu trop vite et lui échapper. Avec lui, tout a toujours l’air facile. Quand il rate, on se dit qu’il n’était pas concentré, mais il en rate…

Au final, c’est quoi le plus impressionnant ?

– Ce qui m’impressionne, c’est sa façon de bouger. Il est très fluide dans ses déplacements. Il sent bien le jeu, il bouge bien et il bloque bien les angles avec une grande vitesse d’exécution. Quand il est pris côté revers, il peut se sortir de situations improbables.

Est-il facile à passer ?

– Non, il prend de la place quand il monte dans de bonnes conditions. Il colle au filet, mais il bouge très vite et il recule très vite. Au smash, il est très à l’aise, même côté revers. Mais quand il fait juste son chip, certains joueurs prennent plus de place que lui. Par exemple, Mika (Llodra), c’était un enfer.

Quelle option choisissez-vous quand il est au filet ?

– Je ne le joue pas en deux temps, j’y vais plus pour un passing gagnant. Si je joue au chat et à la souris avec lui, je suis perdant. Alors j’y vais franchement. »

 

L’Eroica, peloton vintage

Galerie

Cette galerie contient 10 photos.

Pour découvrir le diaporama, cliquez sur une photo. CHAQUE ANNÉE EN OCTOBRE, L’EROICA RASSEMBLE DES FONDUS DE BICYCLETTES SUR LES ROUTES DE TOSCANE. EN SELLE POUR CETTE COURSE AU DOUX PARFUM VINTAGE EN COMPAGNIE D’ALLUMÉS QUI ESSAIENT DE NE PAS … Lire la suite

McEnroe, le « punk du tennis » ambassadeur du rasage low-cost

Image

Le champion de tennis américain John Mac Enroe faisait la promotion des rasoirs bic au début des années 1980.

La veille, il n’a pas voulu nous recevoir. Motif : « Mauvaise humeur. »Origine : obscure. L’entourage de John McEnroe ne cherche même plus à expliquer les rages subites de l’ancienne star du tennis mondial. Le lendemain, engagé en double à Roland-Garros, avec son frère Patrick, il gagne son match contre l’Australien Pat Cash et le Néerlandais Paul Haarhuis, mais le bad boy du circuit n’est guère plus avenant. Lui parler ? « Forget it. »

En ce jour de juin, « Big Mac » dispute le Trophée des légendes. A 55 ans, il n’est plus le champion qu’il fut, le pas s’est ralenti et le cheveu a blanchi, mais il a de beaux restes. Une chose n’a pas changé au fil du temps. L’Américain, élevé dans le quartier du Queens, à New York, a gardé ses allures d’enfant caractériel.

Difficile d’imaginer cette masse colérique jouer le représentant docile d’une marque de rasoirs. Que le poli et bien rasé Roger Federer prête son menton carré pour Gillette passe encore. Mais John McEnroe, avec ses cheveux hirsutes mal domptés par un bandeau en éponge et sa barbe de trois jours…« Il est sans doute le plus mauvais ambassadeur possible pour un rasoir »,confirme Thomas A. Ravier, auteur du Scandale McEnroe (Gallimard, 2006).

« BEAT ME » ( JE SUIS IMBATTABLE)

Pourtant, au tout début des années 1980, alors qu’il est au sommet de sa gloire tennistique, John McEnroe est l’image des rasoirs Bic aux Etats-Unis. La figure choisie pour accompagner le succès d’un jetable lancé outre-Atlantique en 1976. A l’époque, le rasoir est en plastique blanc (la version orange pour peau sensible sortira plus tard) et il n’a qu’une lame. Pendant que le prestigieux tournoi de l’US Open démarre, le « punk du tennis », qui casse sa raquette comme un chanteur d’heavy metal fracasse sa guitare, en profite pour vanter à la télévision les qualités du rasage low cost.

Comme toujours chez Bic, la mise en scène n’est pas dénuée d’humour. Des spots télévisés diffusés aux Etats-Unis montrent le gaucher dans un vestiaire où il dit se raser de haut en bas, de bas en haut, ou de biais selon l’enjeu du match, niant toute forme de superstition, avant de casser son miroir avec un air paniqué. Sur un autre spot, McEnroe est sur le court. Il rate un point. S’énerve, menace de briser son tamis mais… est félicité (une fois n’est pas coutume) par le juge-arbitre pour son visage glabre. Grâce à Bic, bien sûr. A 20 cents le rasage, « beat me » ( je suis imbattable), explique le joueur, précisant que les sommes économisées lui servent à se payer des leçons de tennis.

Sauf que McEnroe colle mal au personnage inventé pour Bic. Il n’avait d’abord rien à voir avec le Suédois Björn Borg ou d’autres stakhanovistes des courts. « McEnroe était un fainéant, un génie qui ne s’entraînait pas ! », assure Thomas A. Ravier, qui explique que son échauffement consistait essentiellement à jouer en double. La légende veut aussi que McEnroe ait confié, à l’instar de nombre de champions, qu’il ne se rasait jamais avant un match.

UNE BARBE DE TROIS OU DIX JOURS AUGMENTERAIT L’INFLUX NERVEUX

La science des vestiaires prétend en effet qu’une barbe de trois ou dix jours augmente l’influx nerveux. Un principe appliqué à la lettre par Borg – six fois vainqueur de Roland-Garros, et six fois mal rasé. Tout cela ne serait que « lubie ou extravagance superstitieuse », selon Ronan Lafaix, coach de grands sportifs et auteur de Tennis, un nouveau coaching pour gagner(Amphora, 2012). McEnroe a-t-il vraiment dit qu’il ne se rasait pas avant une compétition ? Chez Bic, personne n’a gardé en mémoire cette présumée désinvolture. De sa collaboration avec le tennisman américain, Bruno Bich, qui dirigeait la filiale américaine de Bic au début des années 1980, n’aurait gardé qu’un souvenir joyeux. Impossible d’en savoir plus : le contrat ficelé aux Etats-Unis interdit à Bic d’évoquer son lien passé avec le champion sans une autorisation écrite de la vedette.

A l’époque, dans la publicité, la personnalité de la star semblait compter davantage que sa crédibilité par rapport au produit. « On se fiche qu’il soit rasé de près ! », confirme Jacques Séguéla, vice-président d’Havas Worldwide. McEnroe a beau n’être ni très sympathique ni très raffiné, « c’est un gagneur, un combattant », poursuit le pape de la pub des années 1980. Le consommateur de l’époque aime rêver.

McEnroe n’a pas les « cuisses païennes » de Guillermo Vilas, le physique « d’un apollon en couleur » comme Yannick Noah, le « visage christique » de Björn Borg, mais, en dépit d’une « anatomie d’une affligeante banalité », il est le héros qu’on adore détester et qu’on s’en veut d’aimer, écrit Thomas A. Ravier.

Avant d’utiliser l’image de McEnroe, les rasoirs Bic sont incarnés par Raymond Poulidor, le cycliste et éternel numéro deux, adoré des Français. Mais le monde change. La décennie de 1980 débute, l’économie se dérègle et s’internationalise. Les « trente glorieuses » s’achèvent. Les années fric, sans complexe, sans politesse, s’installent. L’argent, la réussite deviennent les valeurs de la nouvelle génération. Une génération qui n’a plus peur ni de jeter ni de voyager.

« MCENROE CORRIGE POULIDOR »

Avec le New-Yorkais rebelle et talentueux, né en Allemagne, d’origine irlandaise, la marque « entre dans la compétition mondiale », note Anne Magnien, qui a dirigé et présenté l’émission « Culture pub » sur M6 pendant des années, aux côtés de Christian Blachas. « McEnroe corrige Poulidor », assure-t-elle.

Peu importe que le champion promette au bûcher la quasi-totalité des arbitres qu’il croisera, qu’il traite l’un d’eux de « lie de la terre » (« you are the absolute pits of the world »). McEnroe brise les règles. Mord la ligne blanche. Il signe aussi la fin d’une époque. Celle de l’amateur, qui « fait fi de toute transaction à son sujet (…) inaliénable au marché », estime encore Thomas A. Ravier dans son livre. Il n’est pas encore ce produit qui prend soin de remettre sa montre (sponsor) avant de recevoir son trophée. Ce pro qui répond poliment aux interviews en buvant ostensiblement un Perrier (sponsor), s’entraîne de façon assidue et mange équilibré.

McEnroe sort en boîte les veilles de match, avale un hamburger avant son premier set et méprise la plupart des journalistes. « Le tennis a complètement changé, confirme Ronan Lafaix, aujourd’hui les joueurs ne font rien au hasard. » Ultime démonstration de cette bascule, selon M. Lafaix : désormais la plupart des joueurs se rasent de près.

Extrait du Journal Le Monde, par Par Claire Gatinois.

Hellas Vérone, du monde au balcon

Extrait du journal L’Equipe par Mélisande Gomez.

 

Le Hellas Vérone, inattendu 6e de Serie A, fait souvent parler de lui pour ses supporters, fidèles et bouillants jusqu’à l’extrême. Samedi, dans un stade où les débordements racistes sont fréquents, il recevra le Chievo, l’autre club de la ville.

 

SAMEDI , ce sera jour de derby à Vérone, et, si la ville du nord de l’Italie (265 000 habitants), celle de Romeo et Juliette , n’a pas connu pareille soirée depuis plus de onze ans, personne n’a perdu les bonnes habitudes. Cette semaine, à l’approche d’un des matches les plus attendus de la 13 éme journée de Serie A, les piques ont fusé de part et d’autre, histoire d’entretenir le feu avec un peu d’huile. « Les joueurs du Chievo que je redoute? Je ne sais pas, j’ai du mal à regarder les matches du Chievo. Je ne regarde que les grosses équipes, parce qu’elles jouent bien », a ainsi lancé Maurizio Setti, le président de l’Hellas, promu et 6 éme de Serie A (à 6 points de Naples, troisième), alors que ses rivaux sont derniers du Championnat.

Ses propos ne déplairont évidemment pas aux supporters de son équipe: pour eux, à Vérone, il n’y a qu’un club, et c’est le leur. Beaucoup plus vieux (il a été fondé en 1903, le Chievo en 1948), beaucoup plus soutenu, le Hellas-signifiant « Grèce », en grec (fondé par un groupe d’étudiants, le club aurait adopté cette dénomination à la demande d’un professeur de lettres anciennes)- n’a jamais vraiment brillé hors des frontières mais il possède une solide réputation en Italie, pour deux raisons. D’abord, parce qu’il a remporté un Scudetto en 1985, devenant ainsi l’un des rares clubs « provinciaux » à s’inviter à la table des grands. Ensuite, parce qu’il est escorté par des tifosi particulièrement chauds, protagonistes de nombreux débordements au fil des années, parfois violents, sur fond de penchants politiques d’extrême droite.

Comme souvent, la réalité est un peu plus complexe que les croyances, dans un pays où l’idée de nation est une notion relative. Pour l’écrivain Tim Parks, installé à Vérone depuis les années 1980 et auteur du livre Une saison de Vérone, « journal » d’une saison auprès des supporters gialloblu, « le nord-est du pays et cette ville en particulier passent pour racistes, sectaires, grossiers et ignorants. C’est une critique facile ».

Autodissoutes en 1991 après une interminable série d’incidents, les sulfureuses Brigate Gialloblu ont trouvé des héritiers dans la Curva Sud du stade Bentegodi, toujours prompte à entonner des cris de singe quand un joueur noir touche le ballon. Mais, au-delà des agissements stupides d’une minorité, les supporters véronais sont reconnus pour leur attachement sans faille à leur club, même quand les vicissitudes et les difficultés financières l’ont plongé en Serie C, en 2006. Pendant les quatre ans qu’a duré la douloureuse parenthèse de la troisième Division, jamais le nombre d’abonnés n’est descendu en dessous de 10000.

Auteur de quatre buts en Serie A, Luca Toni n'est pas étranger au bon début de saison du Hellas Vérone. (Photo Maxppp)

Auteur de quatre buts en Serie A, Luca Toni n’est pas étranger au bon début de saison du Hellas Vérone. (Photo Maxppp)

Evidemment, le record de fréquentation du stade reste l’historique saison 1984-85, que Vérone avait conclu sur un titre de champion. Il reste, aujourd’hui, la seule ligne à son palmarès. Joueur emblématique de l’équipe du Scudetto, Hans-Peter Briegel, champion d’europe avec la RFA en 1980, n’a rien oublié de l’épopée: « Je me souviens d’un groupe très uni, lié par une camaraderie forte. Le président m’avais promis une Maserati si je parvenais à inscrire dix buts. Avant la dernière journée, j’en était à neuf et nous avons bénéficié d’un penalty. J’ai refusé de le tirer, je voulais marquer tous mes buts dans le jeu. Du coup, je n’ai pas eu de Maserati ». Le défenseur, qui a évolué au club entre 1984 et 1986, se rappelle, aussi, un public à part: »Ils sont particulièrement bouillants. Leur fougue dépassait parfois les limites. Mais tous les quinze jours, nous rendions visite à un fan club avec toute l’équipe, pour partager un repas. Cela s’est toujours déroulé dans une atmosphère paisible. A Vérone, les fans vivent pour le club ».

Après la période faste des années 1980 où, au-delà du titre, le club a disputé trois finales de Coupe d’Italie (toutes perdues) et participé aux coupes d’Europe (une fois en C1, deux fois en C3), le Hellas est peu à peu retombé dans un quotidien sportif moins glorieux, où il fit parfois parler de lui pour des mauvaises raisons. Comme lorsque, en 2001, le président d’alors, Giambattista Pastorello, défendait son choix de ne pas avoir recruté le Camourenais Patrick Mboma: »Si j’avais fait venir un joueur de couleur avec ces supporters… » Depuis, des joueurs noirs ont évolué pour le club le Colombien Montano, en 2001, ou l’Ivoirien Didier Angan, en 2003) mais, aujourd’hui encore, l’Hellas se fait remarquer pour des cris racistes dans son stade. S’il figure souvent sur le podium des clubs les plus sanctionnés par la ligue italienne pour ce type d’incidents, il a recouvré sa bonne santé sur le terrain et, donc, une image plus positive. Sous l’impulsion de son nouveau président arrivé en 2012, l’homme d’affaires Maurizio Setti (50 ans), Vérone, promu cet été, a retrouvé l’appétit. Il l’a démontré par un recrutement ambitieux (notamment l’attaquant Luca Toni, champion du monde 2006, 36 ans) et un début de saison réussi. L’objectif, à moyen terme, est de retrouver la Coupe d’Europe.

 

 

 

 

Dix idées reçues sur le golf… et comment les combattre

Extraits du journal Les Echos, par Marie-Sophie Ramspacher.

Après 112 ans d’absence aux JO, le golf réintègre le programme olympique à Rio en 2016, ce qui devrait contribuer à améliorer l’image de ce sport, victime d’idées reçues plutôt persistantes…

 

1/ Ce n’est pas un sport ! FAUX

« Un 18 trous représente au minimum 6 kilomètres de marche et un nombre incalculable de rotations et de lancers. C’est d’autant plus physique si le parcours est semi-vallonné », détaille le docteur Olivier Rouillon, médecin de l’équipe de France de golf. « Il faut alors aligner du souffle, du rythme et de l’endurance pour une dépense minimale de 1.800 calories. » Ce qui n’est pas à la portée du premier citadin non entraîné…

2/ Elitiste ? VRAI et FAUX

En France, seuls 175 parcours (sur 700) sont des clubs privés, parmi lesquels les trois « Saints » (Saint-Cloud, Saint-Nom-la-Bretèche, Saint-Germain) dont les membres appartiennent exclusivement au gotha des affaires et de la politique. Selon les époques se croisaient sur ces greens Jean-Marie Messier (Vivendi), Gérard Pélisson (Accor), Jérôme Seydoux (Pathé) Daniel Bouton (Société Générale), David de Rothschild, André Rousselet (Canal+), Dominique de Villepin, Eric Woerth, etc. Les 525 autres parcours sont publics ou semi-publics, «  construits pour la plupart sur des surfaces foncières publiques, éligibles au subventionnement de l’Etat ou des collectivités territoriales », précise Christophe Muniesa, directeur exécutif de la Fédération française de golf (FFgolf).

3/ Ruineux ? FAUX

Hormis les clubs centenaires cités ci-dessus, dont les droits d’entrée frôlent les 10.000 euros annuels, un abonnement sur un parcours public, offrant le droit de jouer tous les jours sans mettre la main au portefeuille, s’élève en moyenne à 1.000 euros par adulte, 200 pour un enfant. Moins cher qu’une quinzaine de ski…

4/ Loisir de Narcisse ? FAUX

Le challenge consistant à améliorer son index seul face à la petite balle blanche reste indéniablement l’attrait de ce sport, mais il n’est pas le seul : « Le golf est un puissant vecteur de convivialité. Ce sont souvent des amis qui vous initient et vous attirent dans un club, qui devient dès lors un lieu de sociabilisation », observe Dominique Latouche, président de l’Association des radiologues golfeurs. « Pour nombre de professionnels très investis dans leur métier, ce sport est une lucarne sur le monde ne serait-ce qu’à travers les compétitions et les voyages proposés », insiste ce passionné.

5/ Sport de vieux ? VRAI

« Il n’y a aucun facteur limitant la pratique du golf, on peut y jouer jusqu’au terme de son existence, y compris avec une prothèse de hanche ou de l’arthrose », éclaire le docteur Olivier Rouillon, spécialiste des pathologies du golf à l’Hôtel-Dieu à Paris. Une étude scientifique suédoise a même prouvé que ce sport augmente l’espérance de vie de cinq ans : « Sa pratique accroît la proprioception, c’est-à-dire le sens de l’équilibre, et ralentit le vieillissement cérébral, la visualisation d’une ligne de putt stimulant certaines zones du cerveau. » Autre bénéfice notoire, validé par des études internationales entre groupes de population comparables, « le golf réduit sensiblement les risques d’hypertension et de maladies cardio-vasculaires grâce à la pratique régulière de la marche ».

6/ Nocif pour le dos ? FAUX

« Le golf révèle les problèmes de dos en cas de posture défectueuse, mais il n’est pas responsable des usures du temps caractéristiques des bipèdes présentant des disques intervertébraux », répond le docteur Olivier Rouillon. Le golf peut même se pratiquer après une opération du dos, à condition de s’échauffer, de s’entraîner et de ne pas se lancer dans les torsions caractéristiques des grands champions.

7/ Polluant ? VRAI et FAUX

La sévérité des réglementations nationales et européennes en matière de produits phytosanitaires a peu à peu contraint les acteurs de la filière à améliorer leurs pratiques.« Un jardinier sait faire aujourd’hui sans intrants externes, c’est-à-dire avec un impact environnemental proche de zéro », témoigne Yannick Le Hec, surintendant du golf d’Evian, situé au-dessus des zones de captage d’eau minérale. Au bord du lac Léman, outre le choix d’espèces végétales adaptées au climat et aux sols locaux, il travaille avec la vie microbienne : « Lorsque la nature s’autorégule d’elle-même, nos interventions se limitent à traiter en cas de virus à doses homéopathiques. » Tous les golfs cependant ne peuvent s’offrir le nec le plus ultra du gazon «  tellement dense et serré qu’il ne laisse pas de place aux mauvaises herbes, résiste à la pluie et aux amplitudes thermiques ».

8/ Gaspilleur d’eau ? VRAI et FAUX

En 1992, la toute première étude sur la consommation d’eau des golfs menée par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse révélait que les besoins en irrigation se montaient à 36 millions de mètres cubes par an, soit l’équivalent du débit… d’une ville de 500.000 habitants. Il y a quelques mois, la FFgolf a mené une contre-enquête, corrigeant le chiffre à 29 millions de mètres cubes d’eau annuels et confirmant surtout que 90 % des golfs utilisent une eau impropre à la consommation humaine (eaux souterraines, pluviales ou usées…). En vingt ans, les « surarroseurs » ont donc pris des mesures d’économie d’une ressource devenue entre-temps rare et onéreuse.« Outre les systèmes de drainage et d’irrigation performants, il existe aujourd’hui des sondes ultrasensibles pour apprécier l’évapotranspiration et le taux d’humidité des sols, et doser l’arrosage en fonction des prévisions météo locales  », détaille Yannick Le Hec. Investir dans des installations performantes permettrait, selon lui, de réduire la dépense en eau de 20 à 30 %.

9/ Onéreux pour la collectivité ? VRAI et FAUX

« L’investissement à forte valeur ajoutée peut être long à amortir financièrement, d’autant que le budget d’exploitation d’un 18 trous tourne autour de 1.200.000 euros par an », approuve Christophe Muniesa qui pondère toutefois son discours en soulignant le rôle moteur d’un golf pour l’économie locale, générateur de taxe professionnelle et d’emplois. Ce type d’installation permet par ailleurs aux communes de valoriser des espaces inconstructibles : zones inondables, friches industrielles, anciennes décharges, bases militaires désaffectées, etc., en entraînant une belle valorisation des habitations avoisinantes.

10/ Cause de divorce ? VRAI

L’addiction au golf – qui n’a fait l’objet d’aucune étude sérieuse – est telle qu’elle doit être impérativement partagée dans le couple… Un parcours dure quatre heures, à cela s’ajoute les temps de trajet et d’échauffement, l’incontournable bière entre amis pour commenter l’exploit, bref l’absence s’élève à 6 heures consécutives, ce qui conduit d’ailleurs nombre de pères à jouer dès potron-minet le dimanche matin afin de ne pas (trop) empiéter sur la vie de famille…

Le stade de la discorde à Buenos Aires

Extrait de Sport & forme, journal Le Monde. Par Léo Ruiz.

C’est au printemps que Boedo dévoile sa face la plus agréable. La température est idéale, les arbres sont feuillus et les maisons fleuries. En se promenant dans ses rues pavées, la grande concentration de petits commerces, d’improbables ateliers d’artisans et de vieilles carcasses de voitures « en réparation » surprend toujours. Situé dans le peu touristique sud de Buenos Aires, ce quartier tranquille de classes moyennes semble parfois appartenir à un autre temps. Celui du tango, des murgas et des carnavals, autrefois principales diversions de Boedo. Avec le football, bien sûr.

Il suffit d’observer les imposants graffitis qui ornent les murs, les maillots et survêtements blaugranas que portent fièrement les habitants dans la rue et les décorations des bars et commerces du coin pour se rendre compte de l’attachement et de l’identification du quartier au club qu’il a enfanté il y a plus d’un siècle : San Lorenzo, l’un des « cinq grands d’Argentine » (avec Boca, River, Racing et Independiente), évoluant actuellement en première division et sacré onze fois champion national sous l’ère professionnelle. Mais, là encore, le temps a fait son effet. Au 1700 de l’Avenida La Plata, où en 1916 était inauguré le Gasometro, la première enceinte du club, plus de trace d’un stade de foot, mais un immense supermarché Carrefour.

Plus de trente ans, déjà, que le quartier s’est fait déposséder de son stade. Insupportable pour Adolfo Res, responsable du groupe Retour à l’Avenida La Plata de la Sous-commission des supporteurs de San Lorenzo, une organisation indépendante née en 2005. « J’avais 17 ans quand le Gasometro a fermé ses portes, et je ne m’en suis jamais remis. Ces grands moments de communion au stade, les activités quotidiennes autour… C’était un espace très riche socialement et culturellement, que la dictature nous a volé. »

Le 2 décembre 1979, San Lorenzo dispute son dernier match à Boedo. Un triste 0-0 face à Boca Juniors. Le même jour, le brigadier Cacciatore, gouverneur de Buenos Aires sous la dernière dictature militaire qu’a connue l’Argentine (1976-1983), exige des dirigeants la fermeture définitive du stade et la vente du terrain. « Soi-disant pour un plan d’urbanisation. Les pressions existaient depuis des mois. On parlait de relier les rues, de construire une autoroute. Cacciatore avait aussi évoqué la construction d’une école, il voulait en créer un peu partout dans la capitale pour diffuser leur idéologie », explique Juan José Passo, vice-président de San Lorenzo au moment des faits.

Le terrain est finalement vendu par le club contre 900 000 dollars à une entreprise fantôme domiciliée à Montevideo, en Uruguay, et le stade inoccupé jusqu’à son démantèlement en 1982. Un an plus tard, le groupe Carrefour, qui a racheté le terrain pour 8 millions de dollars, fait construire un supermarché sur les lieux. « Ils disent qu’ils ont négocié au retour de la démocratie, mais les tractations avaient commencé bien avant. Le gouvernement militaire n’a jamais fait d’école, ni d’autoroute, ni d’ouverture des rues. C’était un business. Ils ont profité de la situation économique du club pour l’obliger à mal vendre », s’énerve Adolfo Res.

Petit et bedonnant, le discours bien rodé, Adolfo Res est l’homme à l’origine de la mobilisation pour le retour de San Lorenzo dans son quartier d’origine, qui a débouché il y a un an, le 15 novembre 2012, sur la loi n° 4384, dite de « restitution historique ». Celle-ci oblige l’entreprise Carrefour à revendre au club de San Lorenzo le terrain de l’Avenida La Plata, baptisé « terre sainte » par les supporteurs, afin qu’il y construise son nouveau stade. « Ma lutte a commencé en 1992, mais c’est le gouvernement Kirchner qui a ouvert la voie, en s’attaquant enfin aux dommages causés par la dictature. La demande officielle de restitution, dont j’ai écrit la version originale, a été déposée à la législature de Buenos Aires en 2009. Et on a obtenu gain de cause. C’est un projet qui est parti d’en bas, du peuple, ce qui rend la victoire d’autant plus belle », se félicite Adolfo Res.

Au départ assez peu emballés, les dirigeants ont pris le relais à la suite des impressionnantes marches de supporteurs, de Boedo à la célèbre place de Mai, et à l’ambassade de France, au bout de l’Avenida 9 de Julio. Le 8 mars 2012, ils étaient plus de 100 000 cuervos dans les rues de la capitale. Face à une telle mobilisation, la plupart des gloires de la maison (Sergio Villar, Hector Veira), d’anciens pensionnaires du « Ciclon », l’un des surnoms de San Lorenzo (Ezequiel Lavezzi, actuel joueur du PSG ; Gonzalo Bergessio, passé par Saint-Etienne) et les célébrités qui soutiennent San Lorenzo (l’acteur Viggo Mortensen, aujourd’hui ambassadeur du club azulgrana, dont il est devenu fan au cours de son enfance passée en Argentine ; ou encore le pape François, né dans le quartier de Flores, tout près de Boedo) se sont joints au mouvement et ont contribué à sa grande médiatisation. Marcelo Tinelli, l’une des figures les plus populaires de la télévision argentine, actuel vice-président de San Lorenzo, a usé de son carnet d’adresses dans les milieux politiques et médiatiques pour faire la part belle à « la vuelta a Boedo »« J’ai apporté mon grain de sable. Il faut remercier la Sous-commission des supporteurs, auteur de tout le travail en amont, et les législateurs. La loi est passée avec 50 votes pour, aucun contre. Ce terrain de La Plata, c’est l’âme des Sanlorencistas. Pour nous, y revenir, c’est une utopie transformée en réalité », déclare-t-il satisfait.

L’histoire est belle. Mais derrière cette victoire apparente du peuple et de la démocratie se cachent plusieurs zones d’ombre. Emballés par les discours d’Adolfo Res et Marcelo Tinelli, les supporteurs, et notamment ceux, majoritaires, qui n’ont jamais connu le Gasometro, n’ont eu droit qu’à une version partielle de l’histoire. Autrefois plus grand stade d’Argentine, l’enceinte en bois de l’Avenida La Plata, surnommée « le Wembley porteño », accueillait les matchs de la sélection, des grands combats de boxe et les plus célèbres rockers nationaux et internationaux. Fort de ses succès, le club grandit, et le Gasometro vieillit. Face à l’augmentation du nombre de socios et aux coûteux travaux de sécurisation du stade, l’idée d’un exode prend forme au sein du club dans les années 1950. Et mûrit quand, en 1960, la municipalité de Buenos Aires délègue à San Lorenzo un terrain de plus de vingt hectares dans le quartier de Bajo Flores, à une quinzaine de rues seulement du Gasometro.

L’ordonnance 16.729 de 1965 confirme la cession du terrain pour 99 années, et précise qu’en contrepartie le club devra construire sur place un stade de 120 000 places et des installations sportives ouvertes aux citoyens. Limité financièrement, le club fait alors appel aux socios pour récolter les fonds nécessaires à la construction d’un stade ultramoderne, qui ne verra jamais le jour. Dans son livre Memorias del viejo Gasometro, Enrique Escande, historien et supporteur de San Lorenzo, écrit : « La cession des terrains dans le parc Almirante-Brown a installé dans l’esprit des dirigeants et des socios un puissant rêve de grandeur, mélangé à un sentiment d’infériorité vis-à-vis des autres grands clubs de Buenos Aires, qui possédaient tous des stades plus modernes et en béton. A partir de là, le futur du club s’écrivait en dehors de Boedo. Le Gasometro devint dès 1960 un malade en phase terminale. »

Dans la revue partisane El Ciclon de 1962, on peut aussi lire ceci : « Ceux qui ne sont pas d’accord avec la vente du vieux stade de La Plata doivent comprendre que c’est la seule manière de rendre effective la construction du nouveau stade. Il sera difficile de quitter cet espace où l’on a passé des moments inoubliables, mais nous devons laisser de côté les sentiments pour l’avenir du club, à qui il manque justement un espace adéquat à son prestige. Il n’y aura d’autres remèdes que de marcher quinze rues et de s’habituer à la zone de Bajo Flores. »

De la fin des années 1950 à la vente du terrain de La Plata en 1979, San Lorenzo vit un interminable débat interne entre « progressistes », partisans du départ, et « conservateurs », qui refusent de quitter Boedo. En 1979, le brigadier Cacciatore, qui menace de retirer 25 % du terrain de Bajo Flores si le club se refuse à vendre sa propriété de l’Avenida La Plata, trouve un allié en la personne de Moises Annan, président de San Lorenzo et convaincu de la nécessité de migrer pour survivre.

Aujourd’hui perçu par les supporteurs comme un traître et complice de la dictature, à l’égal de Carrefour, Annan avait pourtant de sérieux arguments à faire valoir, comme le confirme Norma Beatriz, avocate de San Lorenzo au moment de la vente : « Le club était sous le coup d’une centaine de procès pour non-paiement, dont un très lourd, avec l’entreprise Altgelt. La vente du terrain de La Plata était devenue une question de survie, puisque aucun investisseur n’était disposé à reprendre le club. Une fois la vente effectuée, presque tous les paiements ont été mis à jour, et la totalité des procès ont été annulés. »

Au croisement de l’Avenida La Plata et de la rue Santander, à une cinquantaine de mètres du Carrefour, Carlos Aguirre, membre de ceux que l’on appelle los vecinos (« les voisins »), a donné rendez-vous au bar Lo de Guille, dont son fils est propriétaire. Contre le retour de San Lorenzo à Boedo, où il est né et a connu le Gasometro, il est révolté par la tournure des événements. « Contrairement à ce qu’elle stipule, cette loi n’est pas de bien commun, mais de mal commun. Le foot d’aujourd’hui n’est pas celui des années 1970. Désormais, il y a les barra bravas [groupes de supporteurs mafieux qui gangrènent le football argentin], et donc la violence, les vols, les dégradations. Nombreux sont les commerçants des alentours qui ont mis leurs magasins en vente, et les prix ont chuté sur le secteur, s’agace-t-il. Dirigeants et supporteurs semblent avoir oublié les origines du club, fondé par le Père Lorenzo Massa pour sortir les gamins de la rue. Revenir à Boedo, c’est avant tout fuir le bidonville qui fait face au stade actuel, au lieu d’aider à son urbanisation. »

Après quatorze ans de vie nomade, San Lorenzo s’est installé fin 1993 dans son nouveau stade de 45 000 places construit sur les terrains de Bajo Flores, face à la Villa 11-14, un bidonville qui a considérablement grandi depuis, notamment après la crise économique de 2001. « Les voisins » sont donc ces habitants de la zone du Carrefour opposés au retour à La Plata, et dont personne ne veut entendre les arguments. Artiste peintre, amoureux de Boedo et supporteur de San Lorenzo, Ricardo Celma a pris ses distances avec le mouvement des « voisins » après avoir été menacé. « Je recevais des mails signés “Les soldats anonymes du n° 1 de San Lorenzo”. Ils connaissaient mon agenda, l’école de mon fils, ses horaires de classe,explique-t-il. Il existe des décrets qui interdisent la construction de stades de foot dans la capitale et de bâtiments de plus de vingt mètres de haut dans Boedo. Mais la loi a passé outre, en traitement exprès, sans qu’aient lieu les audiences publiques promises. En quelques minutes, on a oublié 100 000 voisins et condamné tout un quartier. C’était entendu : la loi bénéficie au gouvernement national car elle est populaire, et au gouvernement de la ville car il y a de considérables enjeux économiques. Malheureusement, c’est ainsi que fonctionne l’Argentine. »

A l’intérieur du Carrefour, les affiches « Non à l’expropriation », « Oui à mon quartier » et « Oui à la continuité du travail » sont collées un peu partout. Les salariés, qui n’ont reçu aucune garantie d’emploi en cas de fermeture, font aussi partie de l’opposition. Ils devraient toutefois conserver leur poste. Endetté à hauteur de 150 millions de pesos (18 millions d’euros) à la fin de la saison 2012, San Lorenzo a très peu de moyens d’action. Dans les négociations avec Carrefour, qui n’a pas souhaité répondre aux questions du Monde, une entente a été trouvée pour diminuer le coût de l’achat du terrain : le supermarché continuera à exister, mais sera réduit de moitié, la surface perdue étant récupérée par la construction d’un étage, le tout étant installé sous l’une des tribunes du futur stade.

En somme, pour le premier anniversaire du vote de la loi, rien n’a bougé au 1 700 de l’Avenida La Plata. Le club intensifie sa campagne auprès des supporteurs pour qu’ils achètent les mètres carrés de la « terre sainte » (à 2 650 pesos, soit 330 euros, le mètre carré, à peine 16 000 des 35 550 m2ont trouvé preneur pour l’instant), sans que ces derniers sachent vraiment s’ils verront un jour le stade ou non. « Ils ont évalué le projet à 80 millions de dollars, pour construire un stade à quinze rues de celui qu’ils possèdent déjà. C’est un caprice de nostalgiques. Tout cet argent ne serait-il pas plus utile dans le bidonville, dans des projets d’éducation, pour l’eau courante et l’accès au sport ? », interroge Ricardo Celma.

Depuis son appartement de Caballito, un quartier voisin de Boedo, José Sanfilippo, meilleur buteur de l’histoire de San Lorenzo – dans les années 1950-1960 – et idole du club, fait aussi part de ses doutes. « Ici, les fans pensent beaucoup avec le cœur et peu avec la tête. A Bajo Flores, le club a tout : un beau stade, un centre d’entraînement de qualité, un immense gymnase pour les autres sports. C’est un des rares clubs du pays à avoir autant d’espace et d’infrastructures. Avant de penser à un nouveau stade, j’aimerais avoir une bonne équipe, gagner des titres, vendre des joueurs et équilibrer les finances du club. Dans la situation économique actuelle de San Lorenzo, ce projet est aussi beau que peu raisonnable. »

Nalbandian : «Si je ne peux plus rivaliser…»

Extrait de L’Equipe.fr
C’est très ému que David Nalbandian a annoncé sa retraite sportive, mardi à Buenos Aires. Contraint d’arrêter en raison d’une épaule récalcitrante, l’Argentin a simplement regretté de ne jamais avoir gagné la Coupe Davis durant sa carrière.

David Nalbandian a annoncé sa retraite, mardi devant la presse à Buenos Aires. (AFP)

David Nalbandian a annoncé sa retraite, mardi devant la presse à Buenos Aires. (AFP)
 «David Nalbandian, pourquoi avez-vous décidé d’arrêter votre carrière ?  
C’est un jour difficile pour moi. J’annonce ma retraite d’une activité qui m’a donné tant de choses et dont je suis très reconnaissant. C’est un jour triste mais mon épaule ne répond plus. Je peux jouer un match, mais elle ne me permet pas de continuer ma carrière sur le circuit ATP. Ça ira mieux bientôt parce que je vais poursuivre ma rééducation et continuer à m’entraîner. Mais si je ne peux plus rivaliser, ce n’est pas la peine d’insister.
«Jouer la Coupe Davis est ce que j’ai le plus aimé.»Que retenez-vous de toutes ces années passées sur le circuit ?
Si je me retourne, jouer la Coupe Davis est ce que j’ai le plus aimé. Je ne peux pas oublier non plus ma finale à Wimbledon en 2002 parce que ce fut un grand bond en avant pour ma carrière. A l’époque, j’étais classé 32e ou 33e au classement et j’ai fait un saut dans le Top 10, où je suis resté très longtemps. Je ne peux pas non plus occulter ma victoire au Masters de Shanghai en 2005…

«Jusqu’à la fin, j’ai tout donné»

Vous parlez de la Coupe Davis même si vous ne l’avez jamais gagnée.
Oui c’est une épine qui restera à jamais dans mon pied. C’est le seul titre qui manque au tennis argentin, le seul objectif qui n’a jamais été atteint même si nous avons été très proches durant de nombreuses années. Malheureusement nous n’avons jamais donné le coup final. Cela s’est joué à deux points (en 2006) et rien d’autre. Je garde en mémoire des images déchirantes. Il y a tellement de passion chez nous. Mais jusqu’à la fin, j’ai tout donné pour mon pays.

Qu’allez vous faire maintenant ?
C’est trop tôt pour le dire et difficile d’y penser. Je ne sais pas si je veux être un jour capitaine de l’équipe de Coupe Davis. Mais dans l’immédiat, je veux récupérer de ma blessure et profiter de ma famille, de ma femme et de ma fille.»

La raquette de …Nicolas Mahut

Extrait du journal Le Monde, par Romain Lefebvre (avec Julien Reboullet).

-Vous avez la réputation d’être très méticuleux, voire maniaque avec vos raquettes. Comment cela se traduit-il?

-C’est quand même mon outil de travail, alors j’en prends soin. Nous, joueurs de tennis, nous avons tous nos tocs et nos tics. Moi, par exemple, je joue toujours du même côté de la raquette, ce qui explique qu’une face soit plus usée que l’autre. Je suis aussi très attentif à mes grips. Je les change à chacun de mes matches et si quelqu’un s’aventure à prendre ma raquette en main avant que j’entre sur le court, j’en remets un neuf aussitôt…

A quel âge avez-vous commencé à vous soucier à ce point de votre matériel?

-vers l’âge de vingt, vingt et un ans. Quand tu es jeune, tu es très content d’avoir des contrats, tu as des raquettes neuves chaque année, c’est comme un  nouveau cartable…Puis, petit à petit, ta sensibilité se développe. Plus tu avance, plus tu progresses, plus tu deviens sensible à la qualité de frappe, au son que la balle va faire dans la raquette, au ressenti quand la balle s’enfonce dans les cordes. Tu cernes mieux alors ce dont tu as besoin pour ton jeu. Moi, ça s’est fait assez rapidement. J’ai su vers seize, dix-sept ans, quand j’ai commencé à avoir de la force, que j’avais besoin d’une raquette assez rigide…

Est-ce uniquement cet aspect qui a orienté votre choix ou bien le paramètre financier a-t-il eu son importance?

-Quand je suis arrivé sur le circuit, sur la lancée de ma victoire à Wimbledon en juniors (2000), j’ai refusé des contrats très, très élevés. Parce que je me suis dit que l’argent que j’allais gagner dans la raquette, j’allais le perdre en ne gagnant pas de match. Regardez ce qu’il s’est passé avec Verdasco: il jouait avec Tecnifibre, il a fait demies en Australie, il est monté 7éme mondial (2009), puis il a signé un contrat incroyable avec Dunlop puis Yonex, il a galéré, ce n’était plus le même joueur. Tu perds de la confiance et tout s’enchaine…

-Comment avez-vous affiné les réglages de votre raquette?

-Depuis quelques années, mes raquette sont préparées chez Wilson, au pro-room de Chicago. Elles sont fabriquées en Chine, puis envoyées là-bas où elles sont équilibrées au millimètre, exactement comme je l’ai choisi. Le poids est réglé au gramme, l’indice de rigidité, tout…C’est le résultat d’un travail de reherche extrêmement précis.

-Ce qui explique que vous ne pourriez pas jouer avec un autre modèle…

-J’y perdrais beaucoup évidemment. De même, si Nadal joue avec la raquette de Federer, je suis sûr qu’il ne gagne pas Roland. Parce que celle de Roger est trop rigide, elle a un tamis trop petit, Nadal ne pourrait pas mettre autant d’effets qu’avec sa raquette actuelle. Après, il y a des joueurs plus ou moins sensibles aux changements. Benoît Paire a changé du jour au lendemain, il fait partie de ces joueurs qui ont plus de facilités que d’autres pour s’adapter.

-Malgré tout son talent, il semble que Federer ne soit pas de ceux là…

-Je connais bien sa raquette, j’ai joué avec depuis l’âge de quinze ans jusqu’en 2006. A partir du moment où tu l’adoptes, il est quasiment impossible de passer à autre chose. Parce qu’elle ne ressemble à aucune autre. Le problème de cette raquette, c’est que la balle part très bien mais dès que tu décentres, c’est fini. Lui a un petit tamis mais comme il a un jeu de jambe parfait, et qu’il se place extrêmement bien, son rendement est excellent. Mais c’est aussi pour cela que, parfois, sur terre battue, quand il y a des faux rebonds et du vent, il a un peu plus de mal. Sa raquette ne pardonne pas le moindre écart.

 

 

 

 

 

 

La raquette de …Monsieur Tout-le-monde

 

Extrait du Journal L’Equipe, par Romain Lefebvre.

Peu de joueurs pro, pour ne pas dire aucun, utilisent des modèles équivalents, à ceux vendus dans le commerce. Il y a le cas extrême de Monfils, lequel à joué à Metz (fin 2012) avec une raquette qui n’a été lancée sur le marché qu’en 2013. Il a inauguré en Moselle la nouvelle Wilson Blade 98, dotée d’un technologie supplémentaire par rapport à celle utilisée jusqu’alors par Milos Raonic ou les sœurs Williams. Pour le meilleurs mondiaux, la customisation des raquettes fait l’objet de nombreux aller-retours entre le fabricant et les courts d’entraînement, où chaque joueur teste une multitude d’équilibres et de poids différents avant de trouver le modèle qui lui convient. Richard Gasquet est l’exception qui confirme la règle. A quelques petits détails près, le Mozart du tennis français joue avec la raquette de Monsieur Tout-le-monde, nullement trafiquée. Mais contrairement au joueur du dimanche, qui peut utiliser la même pendant des années sans dommages, Gasquet doit renouveler son stock en moyenne tous les six mois. en effet, son instrument est beaucoup plus sensible aux marques du temps: à l’usage (ou au simple fait de rester cordée dans sa housse), une raquette se transforme, la fibre qui la constitue se brise au fil des poses de cordage et son rendement s’en trouve diminué.