Le top 5 des volleyeurs en activité par Pat Cash

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Extrait du journal L’équipe. A cinquante ans, le vainqueur de Wimbledon 1987 demeure un très fin observateur du jeu, et adore particulièrement les volleyeurs. L’australien aurait bien cité Radek Stepanek, mais on lui a demandé de se concentrer sur le … Lire la suite

Volleyeur solitaire

Extrait du journal L’Equipe, par Vincent Cognet.

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Dans le tennis moderne, la volée n’est plus une priorité. Roger Federer est l’un des rares joueurs actuels à vraiment maîtriser cet exercice.

EN AOÛT DERNIER, le New York Times se fendait d’une consultation auprès d’une trentaine d’acteurs du tennis (joueurs, coaches, journalistes). Question : qui peut revendiquer le titre de meilleur volleyeur du circuit ? La réponse était à la fois claire et tristounette : trois joueurs de double occupaient les trois premières places. Le premier des « solistes » n’était que quatrième. Son nom? Roger Federer. Un choix incontestable tant le Suisse a, depuis longtemps, prouvé ses qualités de volleyeur.

Ce sondage ne fait que confirmer l’inexorable évolution subie par le tennis depuis une bonne vingtaine d’années. Si l’on peine à citer cinq grands volleyeurs parmi les cent premiers joueurs mondiaux, c’est simplement parce que la conquête du filet n’est plus une priorité. La primauté donnée à la puissance et le ralentissement général des surfaces sont passés par là. Federer lui-même est davantage un attaquant en deux temps qu’un as du service-volée. Il n’évolue pas dans le même monde qu’un McEnroe, qu’un Cash, qu’un Rafter ou qu’un Edberg. « Dans le tennis moderne, la volée est le domaine qui a le moins progressé », estime Pat Cash, en maniant l’euphémisme.

« À la limite, on peut presque dire que Roger volleye moins bien qu’en 2003, avance Guy Forget. Mais tout simplement parce qu’il passe 95 % de son temps en fond de court. Même si, depuis qu’il bosse avec Edberg, je trouve qu’il vient plus souvent au filet. » Quand il y pointe son nez, le maître est sans égal. « Son toucher de balle et son contrôle sont hors norme, apprécie Forget. Il peut gagner le point dans des positions impossibles. Sa volée de revers est hyper propre. Comme tous ses coups, qui méritent 9,5/10. Après, si on veut chipoter, on peut aussi remarquer qu’il joue parfois sa volée de coup droit trop de face, de manière un peu trop droite, en ouvrant sa ligne d’épaule. Edberg, lui, s’engageait plus. De toute façon, pour moi, Stefan, c’est la plus belle volée de l’histoire. En volée de coup droit, Roger pourrait un peu plus imiter son coach ! »

Lorsque Nicolas Escudé monte au filet, c’est aussi pour y admirer le phénomène. « La volée de Roger n’a rien de révolutionnaire, mais il est très en place sur le jeu de jambes, explique le Français. Surtout, il vient à la rencontre de la balle. Il ne la subit pas et c’est encore plus important qu’à mon époque. La balle arrive deux fois plus vite et avec plus d’effets. Aujourd’hui, au filet, on est dans une problématique de ping-pong. Le plus dur, c’est de contrôler les effets. »

Pour y parvenir, le bas doit précéder le haut. Une règle absolument intangible. « Dans le jeu au filet, il existe un invariant, précise Nicolas Mahut. Il faut absolument y aller avec les jambes avant d’y aller avec le bras. Ce que je trouve de plus fort chez Federer, c’est son agilité. Il est vite en jambes et très équilibré sur sa reprise d’appuis. Je le trouve rapide après sa première volée, rapide pour anticiper et se replacer.Au niveau des cannes, c’est la perfection. Après, je pense qu’il a progressé au moment du contact. Il colle à la balle, il l’attaque, son geste est tranchant. Résultat, la balle reste basse. Quand on parle technique, c’est quasiment la perfection. »

Pour maîtriser la problématique du filet, une technique impeccable et une tonicité de jambes ne suffisent pas toujours. Il faut aussi sentir le jeu. Mieux : le plier à sa propre volonté. « La volée, c’est complexe, explique Mahut. Ce n’est pas uniquement une histoire de technique. C’est aussi la manière d’amener l’adversaire à jouer où tu veux qu’il joue. Il faut être clair : au filet, tu ne peux pas couvrir toutes les zones. Il faut donc “aimanter” le passing. Mika (Llodra) était un maître en la matière. Roger lui aussi est très fort. Comme il sent super bien le jeu, il est rarement pris en défaut. »

SUR TERRE BATTUE, la spécificité du jeu au filet n’est pas liée à la technique. On ne modifie pas son geste parce que le sol est ocre, comme on le fait par exemple pour le coup droit, frappé plus bombé. Seule l’approche mentale est différente. « Sur terre, tu fais moins souvent un point gagnant dès ta première volée, explique Nicolas Mahut. Il faut toujours être prêt à devoir en jouer une deuxième, ­voire une troisième. » Le Français estime pourtant que la terre n’est pas systématiquement un obs­tacle au service-volée. « Comme les mecs retournent de plus loin, tu as plus de temps pour aller au filet. Et si tu volleyes court, tu peux très bien faire le point. Mais attention : si une volée courte n’est pas bien touchée ou bien “tranchée”, le gars d’en face va glisser, te fixer et te passer. »

Comme il l’a montré récemment à Rome en quarts (contre Berdych, 6-3, 6-3), puis en demies face à Wawrinka, (6-4, 6-2), Federer parvient à développer sur terre un tennis agressif. Logique, selon Guy Forget : « Quand tu as le sens du jeu comme lui, la terre battue n’est pas un obstacle à ta réussite au ­filet. En revanche, elle t’oblige à ce que ton coup d’attaque soit parfait. » Le meilleur exemple en est donné par… Rafael Nadal. Étonnant ? Pas vraiment. « Je ne m’amuserais pas à comparer ­“Rafa” à “Rodge”, prévient Mahut.Mais Nadal a quand même une main hallucinante. Sur terre, il est très efficace au filet parce qu’il vient au filet dans de bonnes conditions. C’est son coup d’avant qui est extraordinaire. » L’Espagnol bluffe aussi Nicolas Escudé : « En toute honnêteté, sur terre battue, je trouve que Rafa est un super volleyeurSes volées sont techniquement très justes. Ce n’est pas aussi classieux et élégant que ­Federer, mais il a une super main ! On le voit quand il doit jouer une volée sous le filet ou une contre-amortie. Techniquement, c’est propre, il n’y a pas de fioritures. Et tactiquement, j’aime beaucoup ce qu’il fait. »

 

GILLES SIMON  décrypte les forces de Roger Federer lorsqu’il monte au filet. Et souligne notamment sa gestuelle.

« QUE VOUS inspire Roger Federer à la volée ?

– Plus qu’impressionnant au filet, il est étonnant. Il y a de la facilité et de la fulgurance. Il fait partie des joueurs qui peuvent réussir des volées très, très difficiles, mais qui peuvent aussi rater des volées faciles. Ça sort vite de sa raquette, mais ça peut sortir un peu trop vite et lui échapper. Avec lui, tout a toujours l’air facile. Quand il rate, on se dit qu’il n’était pas concentré, mais il en rate…

Au final, c’est quoi le plus impressionnant ?

– Ce qui m’impressionne, c’est sa façon de bouger. Il est très fluide dans ses déplacements. Il sent bien le jeu, il bouge bien et il bloque bien les angles avec une grande vitesse d’exécution. Quand il est pris côté revers, il peut se sortir de situations improbables.

Est-il facile à passer ?

– Non, il prend de la place quand il monte dans de bonnes conditions. Il colle au filet, mais il bouge très vite et il recule très vite. Au smash, il est très à l’aise, même côté revers. Mais quand il fait juste son chip, certains joueurs prennent plus de place que lui. Par exemple, Mika (Llodra), c’était un enfer.

Quelle option choisissez-vous quand il est au filet ?

– Je ne le joue pas en deux temps, j’y vais plus pour un passing gagnant. Si je joue au chat et à la souris avec lui, je suis perdant. Alors j’y vais franchement. »

 

McEnroe, le « punk du tennis » ambassadeur du rasage low-cost

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Le champion de tennis américain John Mac Enroe faisait la promotion des rasoirs bic au début des années 1980.

La veille, il n’a pas voulu nous recevoir. Motif : « Mauvaise humeur. »Origine : obscure. L’entourage de John McEnroe ne cherche même plus à expliquer les rages subites de l’ancienne star du tennis mondial. Le lendemain, engagé en double à Roland-Garros, avec son frère Patrick, il gagne son match contre l’Australien Pat Cash et le Néerlandais Paul Haarhuis, mais le bad boy du circuit n’est guère plus avenant. Lui parler ? « Forget it. »

En ce jour de juin, « Big Mac » dispute le Trophée des légendes. A 55 ans, il n’est plus le champion qu’il fut, le pas s’est ralenti et le cheveu a blanchi, mais il a de beaux restes. Une chose n’a pas changé au fil du temps. L’Américain, élevé dans le quartier du Queens, à New York, a gardé ses allures d’enfant caractériel.

Difficile d’imaginer cette masse colérique jouer le représentant docile d’une marque de rasoirs. Que le poli et bien rasé Roger Federer prête son menton carré pour Gillette passe encore. Mais John McEnroe, avec ses cheveux hirsutes mal domptés par un bandeau en éponge et sa barbe de trois jours…« Il est sans doute le plus mauvais ambassadeur possible pour un rasoir »,confirme Thomas A. Ravier, auteur du Scandale McEnroe (Gallimard, 2006).

« BEAT ME » ( JE SUIS IMBATTABLE)

Pourtant, au tout début des années 1980, alors qu’il est au sommet de sa gloire tennistique, John McEnroe est l’image des rasoirs Bic aux Etats-Unis. La figure choisie pour accompagner le succès d’un jetable lancé outre-Atlantique en 1976. A l’époque, le rasoir est en plastique blanc (la version orange pour peau sensible sortira plus tard) et il n’a qu’une lame. Pendant que le prestigieux tournoi de l’US Open démarre, le « punk du tennis », qui casse sa raquette comme un chanteur d’heavy metal fracasse sa guitare, en profite pour vanter à la télévision les qualités du rasage low cost.

Comme toujours chez Bic, la mise en scène n’est pas dénuée d’humour. Des spots télévisés diffusés aux Etats-Unis montrent le gaucher dans un vestiaire où il dit se raser de haut en bas, de bas en haut, ou de biais selon l’enjeu du match, niant toute forme de superstition, avant de casser son miroir avec un air paniqué. Sur un autre spot, McEnroe est sur le court. Il rate un point. S’énerve, menace de briser son tamis mais… est félicité (une fois n’est pas coutume) par le juge-arbitre pour son visage glabre. Grâce à Bic, bien sûr. A 20 cents le rasage, « beat me » ( je suis imbattable), explique le joueur, précisant que les sommes économisées lui servent à se payer des leçons de tennis.

Sauf que McEnroe colle mal au personnage inventé pour Bic. Il n’avait d’abord rien à voir avec le Suédois Björn Borg ou d’autres stakhanovistes des courts. « McEnroe était un fainéant, un génie qui ne s’entraînait pas ! », assure Thomas A. Ravier, qui explique que son échauffement consistait essentiellement à jouer en double. La légende veut aussi que McEnroe ait confié, à l’instar de nombre de champions, qu’il ne se rasait jamais avant un match.

UNE BARBE DE TROIS OU DIX JOURS AUGMENTERAIT L’INFLUX NERVEUX

La science des vestiaires prétend en effet qu’une barbe de trois ou dix jours augmente l’influx nerveux. Un principe appliqué à la lettre par Borg – six fois vainqueur de Roland-Garros, et six fois mal rasé. Tout cela ne serait que « lubie ou extravagance superstitieuse », selon Ronan Lafaix, coach de grands sportifs et auteur de Tennis, un nouveau coaching pour gagner(Amphora, 2012). McEnroe a-t-il vraiment dit qu’il ne se rasait pas avant une compétition ? Chez Bic, personne n’a gardé en mémoire cette présumée désinvolture. De sa collaboration avec le tennisman américain, Bruno Bich, qui dirigeait la filiale américaine de Bic au début des années 1980, n’aurait gardé qu’un souvenir joyeux. Impossible d’en savoir plus : le contrat ficelé aux Etats-Unis interdit à Bic d’évoquer son lien passé avec le champion sans une autorisation écrite de la vedette.

A l’époque, dans la publicité, la personnalité de la star semblait compter davantage que sa crédibilité par rapport au produit. « On se fiche qu’il soit rasé de près ! », confirme Jacques Séguéla, vice-président d’Havas Worldwide. McEnroe a beau n’être ni très sympathique ni très raffiné, « c’est un gagneur, un combattant », poursuit le pape de la pub des années 1980. Le consommateur de l’époque aime rêver.

McEnroe n’a pas les « cuisses païennes » de Guillermo Vilas, le physique « d’un apollon en couleur » comme Yannick Noah, le « visage christique » de Björn Borg, mais, en dépit d’une « anatomie d’une affligeante banalité », il est le héros qu’on adore détester et qu’on s’en veut d’aimer, écrit Thomas A. Ravier.

Avant d’utiliser l’image de McEnroe, les rasoirs Bic sont incarnés par Raymond Poulidor, le cycliste et éternel numéro deux, adoré des Français. Mais le monde change. La décennie de 1980 débute, l’économie se dérègle et s’internationalise. Les « trente glorieuses » s’achèvent. Les années fric, sans complexe, sans politesse, s’installent. L’argent, la réussite deviennent les valeurs de la nouvelle génération. Une génération qui n’a plus peur ni de jeter ni de voyager.

« MCENROE CORRIGE POULIDOR »

Avec le New-Yorkais rebelle et talentueux, né en Allemagne, d’origine irlandaise, la marque « entre dans la compétition mondiale », note Anne Magnien, qui a dirigé et présenté l’émission « Culture pub » sur M6 pendant des années, aux côtés de Christian Blachas. « McEnroe corrige Poulidor », assure-t-elle.

Peu importe que le champion promette au bûcher la quasi-totalité des arbitres qu’il croisera, qu’il traite l’un d’eux de « lie de la terre » (« you are the absolute pits of the world »). McEnroe brise les règles. Mord la ligne blanche. Il signe aussi la fin d’une époque. Celle de l’amateur, qui « fait fi de toute transaction à son sujet (…) inaliénable au marché », estime encore Thomas A. Ravier dans son livre. Il n’est pas encore ce produit qui prend soin de remettre sa montre (sponsor) avant de recevoir son trophée. Ce pro qui répond poliment aux interviews en buvant ostensiblement un Perrier (sponsor), s’entraîne de façon assidue et mange équilibré.

McEnroe sort en boîte les veilles de match, avale un hamburger avant son premier set et méprise la plupart des journalistes. « Le tennis a complètement changé, confirme Ronan Lafaix, aujourd’hui les joueurs ne font rien au hasard. » Ultime démonstration de cette bascule, selon M. Lafaix : désormais la plupart des joueurs se rasent de près.

Extrait du Journal Le Monde, par Par Claire Gatinois.

Nalbandian : «Si je ne peux plus rivaliser…»

Extrait de L’Equipe.fr
C’est très ému que David Nalbandian a annoncé sa retraite sportive, mardi à Buenos Aires. Contraint d’arrêter en raison d’une épaule récalcitrante, l’Argentin a simplement regretté de ne jamais avoir gagné la Coupe Davis durant sa carrière.

David Nalbandian a annoncé sa retraite, mardi devant la presse à Buenos Aires. (AFP)

David Nalbandian a annoncé sa retraite, mardi devant la presse à Buenos Aires. (AFP)
 «David Nalbandian, pourquoi avez-vous décidé d’arrêter votre carrière ?  
C’est un jour difficile pour moi. J’annonce ma retraite d’une activité qui m’a donné tant de choses et dont je suis très reconnaissant. C’est un jour triste mais mon épaule ne répond plus. Je peux jouer un match, mais elle ne me permet pas de continuer ma carrière sur le circuit ATP. Ça ira mieux bientôt parce que je vais poursuivre ma rééducation et continuer à m’entraîner. Mais si je ne peux plus rivaliser, ce n’est pas la peine d’insister.
«Jouer la Coupe Davis est ce que j’ai le plus aimé.»Que retenez-vous de toutes ces années passées sur le circuit ?
Si je me retourne, jouer la Coupe Davis est ce que j’ai le plus aimé. Je ne peux pas oublier non plus ma finale à Wimbledon en 2002 parce que ce fut un grand bond en avant pour ma carrière. A l’époque, j’étais classé 32e ou 33e au classement et j’ai fait un saut dans le Top 10, où je suis resté très longtemps. Je ne peux pas non plus occulter ma victoire au Masters de Shanghai en 2005…

«Jusqu’à la fin, j’ai tout donné»

Vous parlez de la Coupe Davis même si vous ne l’avez jamais gagnée.
Oui c’est une épine qui restera à jamais dans mon pied. C’est le seul titre qui manque au tennis argentin, le seul objectif qui n’a jamais été atteint même si nous avons été très proches durant de nombreuses années. Malheureusement nous n’avons jamais donné le coup final. Cela s’est joué à deux points (en 2006) et rien d’autre. Je garde en mémoire des images déchirantes. Il y a tellement de passion chez nous. Mais jusqu’à la fin, j’ai tout donné pour mon pays.

Qu’allez vous faire maintenant ?
C’est trop tôt pour le dire et difficile d’y penser. Je ne sais pas si je veux être un jour capitaine de l’équipe de Coupe Davis. Mais dans l’immédiat, je veux récupérer de ma blessure et profiter de ma famille, de ma femme et de ma fille.»

La raquette de …Nicolas Mahut

Extrait du journal Le Monde, par Romain Lefebvre (avec Julien Reboullet).

-Vous avez la réputation d’être très méticuleux, voire maniaque avec vos raquettes. Comment cela se traduit-il?

-C’est quand même mon outil de travail, alors j’en prends soin. Nous, joueurs de tennis, nous avons tous nos tocs et nos tics. Moi, par exemple, je joue toujours du même côté de la raquette, ce qui explique qu’une face soit plus usée que l’autre. Je suis aussi très attentif à mes grips. Je les change à chacun de mes matches et si quelqu’un s’aventure à prendre ma raquette en main avant que j’entre sur le court, j’en remets un neuf aussitôt…

A quel âge avez-vous commencé à vous soucier à ce point de votre matériel?

-vers l’âge de vingt, vingt et un ans. Quand tu es jeune, tu es très content d’avoir des contrats, tu as des raquettes neuves chaque année, c’est comme un  nouveau cartable…Puis, petit à petit, ta sensibilité se développe. Plus tu avance, plus tu progresses, plus tu deviens sensible à la qualité de frappe, au son que la balle va faire dans la raquette, au ressenti quand la balle s’enfonce dans les cordes. Tu cernes mieux alors ce dont tu as besoin pour ton jeu. Moi, ça s’est fait assez rapidement. J’ai su vers seize, dix-sept ans, quand j’ai commencé à avoir de la force, que j’avais besoin d’une raquette assez rigide…

Est-ce uniquement cet aspect qui a orienté votre choix ou bien le paramètre financier a-t-il eu son importance?

-Quand je suis arrivé sur le circuit, sur la lancée de ma victoire à Wimbledon en juniors (2000), j’ai refusé des contrats très, très élevés. Parce que je me suis dit que l’argent que j’allais gagner dans la raquette, j’allais le perdre en ne gagnant pas de match. Regardez ce qu’il s’est passé avec Verdasco: il jouait avec Tecnifibre, il a fait demies en Australie, il est monté 7éme mondial (2009), puis il a signé un contrat incroyable avec Dunlop puis Yonex, il a galéré, ce n’était plus le même joueur. Tu perds de la confiance et tout s’enchaine…

-Comment avez-vous affiné les réglages de votre raquette?

-Depuis quelques années, mes raquette sont préparées chez Wilson, au pro-room de Chicago. Elles sont fabriquées en Chine, puis envoyées là-bas où elles sont équilibrées au millimètre, exactement comme je l’ai choisi. Le poids est réglé au gramme, l’indice de rigidité, tout…C’est le résultat d’un travail de reherche extrêmement précis.

-Ce qui explique que vous ne pourriez pas jouer avec un autre modèle…

-J’y perdrais beaucoup évidemment. De même, si Nadal joue avec la raquette de Federer, je suis sûr qu’il ne gagne pas Roland. Parce que celle de Roger est trop rigide, elle a un tamis trop petit, Nadal ne pourrait pas mettre autant d’effets qu’avec sa raquette actuelle. Après, il y a des joueurs plus ou moins sensibles aux changements. Benoît Paire a changé du jour au lendemain, il fait partie de ces joueurs qui ont plus de facilités que d’autres pour s’adapter.

-Malgré tout son talent, il semble que Federer ne soit pas de ceux là…

-Je connais bien sa raquette, j’ai joué avec depuis l’âge de quinze ans jusqu’en 2006. A partir du moment où tu l’adoptes, il est quasiment impossible de passer à autre chose. Parce qu’elle ne ressemble à aucune autre. Le problème de cette raquette, c’est que la balle part très bien mais dès que tu décentres, c’est fini. Lui a un petit tamis mais comme il a un jeu de jambe parfait, et qu’il se place extrêmement bien, son rendement est excellent. Mais c’est aussi pour cela que, parfois, sur terre battue, quand il y a des faux rebonds et du vent, il a un peu plus de mal. Sa raquette ne pardonne pas le moindre écart.

 

 

 

 

 

 

La raquette de …Monsieur Tout-le-monde

 

Extrait du Journal L’Equipe, par Romain Lefebvre.

Peu de joueurs pro, pour ne pas dire aucun, utilisent des modèles équivalents, à ceux vendus dans le commerce. Il y a le cas extrême de Monfils, lequel à joué à Metz (fin 2012) avec une raquette qui n’a été lancée sur le marché qu’en 2013. Il a inauguré en Moselle la nouvelle Wilson Blade 98, dotée d’un technologie supplémentaire par rapport à celle utilisée jusqu’alors par Milos Raonic ou les sœurs Williams. Pour le meilleurs mondiaux, la customisation des raquettes fait l’objet de nombreux aller-retours entre le fabricant et les courts d’entraînement, où chaque joueur teste une multitude d’équilibres et de poids différents avant de trouver le modèle qui lui convient. Richard Gasquet est l’exception qui confirme la règle. A quelques petits détails près, le Mozart du tennis français joue avec la raquette de Monsieur Tout-le-monde, nullement trafiquée. Mais contrairement au joueur du dimanche, qui peut utiliser la même pendant des années sans dommages, Gasquet doit renouveler son stock en moyenne tous les six mois. en effet, son instrument est beaucoup plus sensible aux marques du temps: à l’usage (ou au simple fait de rester cordée dans sa housse), une raquette se transforme, la fibre qui la constitue se brise au fil des poses de cordage et son rendement s’en trouve diminué.

 

 

Le choix d’une raquette, une décision lourde, par Patrice Dominguez

Patrice Dominguez, ex-numéro 1 français et ex-DTN, collectionneur et expert ès raquettes, revient sur les dangers inhérents à leur choix.

Extrait du journal l’Equipe, propos recueillis par Philippe Maria.

Pourquoi est-ce si compliqué de changer de raquette? Il convient de rappeler qu’une raquette, c’est un cadre bien sûr, mais aussi un cordage, et que c’est la combinaison des deux qui permet au joueur de donner son maximum. Outre les aspects purement techniques et spécifiques de chaque raquette, il y a un aspect psychologique, capital, qui peut parfois confiner à l’irrationnel. Changer de repères est difficile pour des sportifs qui sont à l’écoute du moindre détail! C’est ce qui explique que, fréquemment, c’est un accident qui provoque un changement. Et c’était encore plus vrai quand on est passé des petits tamis en bois aux raquettes à moyen tamis et en fibre. Ainsi, je crois que McEnroe a changé de raquette un jour qu’il avait dû emprunter celles de son frère, Patrick, après avoir cassé toutes les siennes…

Aujourd’hui, les choses ont bien changé, et les trois grands fabricants de cadres (Babolat, Head, Wilson) ont investi dans la recherche et proposent des produits vraiment différents, y compris au sein de leurs propres gammes. En gros, c’est fini, la production de masse chinoise où les raquettes étaient identiques et partaient sur des toboggans de production où il suffisait, en bout de chaîne, de changer leur aspect et leur esthétique.

Changer de raquette est donc une décision importante et lourde qui va influer sur le type de jeu à pratiquer. Encore faut-il se donner le temps et les moyens de changer, car il ne faut pas aller trop vite, sous peine de perdre ses repères et de remettre indéfiniment tout en question. Il faut savoir que, lorsque l’on change de raquette et qu’on la teste, on est très vigilant, très concentré sur tous ses coups. Forcément, on joue mieux et le piège peut être, dans ce cas là, d’attribuer cela uniquement au mérite de sa raquette. Il faut la tester sur le long terme, justement pour la jauger lorsqu’on est moins bien, en retard par exemple, et que l’on ne centre pas forcément la balle à tous les coups. C’est simplement après tout ça que l’on peut se prononcer sur une raquette…et son cordage.

 

La raquette de … Marat Safin

Extrait du journal L’Equipe, par Romain Lefebvre.

On ne colle pas 6-4, 6-3, 6-3 à Pete Sampras en finale de l’US Open sans voir sa vie basculer aussitôt. Le 28 août 2000, au soir de cet exploit retentissant, son auteur, Marat Safin, voit s’envoler sa valeur marchande. Les marques se jettent alors sur la nouvelle star. A grand renfort de dollars,-« un contrat à sept chiffres », se souvient son agent de l’époque Gérard Tsobanian-, Dunlop approche le Russe. Depuis le plus jeune âge, Safin démolit ses rivaux avec une Head Prestige. Mais l’infidélité le guette. « Ion (Tiriac, manager de Safin), qui avait vécu la même expérience avec Becker, ne voulait pas que Marat signe, raconte Tsobanian. Mais il y avait beaucoup d’argent en jeu. Comment faire comprendre à un joueur que tout ce qu’il va gagner avec un gros contrat, il risque de le reperdre si ses résultats ne suivent pas? » Le Russe n’écoute que son compte en banque et signe un contrat de quatre ans, il n’ira jamais au bout. Après deux années de galère, de raquettes cassées de rage puis de tentatives de maquillage de son ancien modèle (aux couleurs du nouveau), on arrêtera les frais. « Ca tournait à l’obsession, poursuit Tsobanian. Normal, on ne change pas de raquette comme de brosse à dents. Depuis l’âge de quatorze, quinze ans, la Prestige était imprégnée dans son ADN de joueur de tennis. Vous pouvez toujours proposer 10 millions de dollars à Nadal ou Federer, ils ne changeront jamais de raquette... »

 

 

La raquette de… Gaël Monfils & Co

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Extrait de l’Equipe, par Romain Lefebvre.

Octobre 2008. A la veille de son premier match à Bercy, Gaël Monfils dévoile sa nouvelle raquette dans un hôtel parisien. En contrat jusqu’alors avec Head, il jouait avec la célèbre Prestige, un modèle historique de la marque, utilisé depuis sa création en 1987 par les plus fines gâchettes du cicuit (Ivanisevic, Leconte, Muster, Kuerten, Safin…). Contre monnaie sonnante et trébuchante-mais aussi « pour gagner en puissance surtout côté revers« , assure-t-il alors-, le français opte pour une Prince.

Septembre 2012. Après quatre mois hors circuit, Monfils atteint les demi-finales à Metz (la semaine dernière) armé d’un nouvel outil. A Prince, en grosse difficulté financière au point de ne plus pouvoir payer ses joueurs sous contrat, succède la marque Wilson. Trois raquettes, aussi différentes les unes des autres, en quatre ans: c’est du jamais-vu sur le circuit, de mémoire d’experts que nous avons interrogés.

Car pour tout joueur de tennis professionnel, « la raquette est le prolongement du bras« . Dans le rapport intime qu’il entretient avec son instrument de travail, tout est affaire de sensations. Prise en main, poids, équilibre, pénétration dans l’air, autant de paramètres ultraprécis qui cheminent depuis le bout des doigts jusqu’à l’épicentre du cerveau. Que l’un d’eux soit modifié d’un iota et la mécanique du champion s’en trouve aussitôt déréglée.

C’est ainsi que la plupart des pros sont réfractaires à toute transformation de leur stradivarius. Certains exigent même, à la signature du contrat qui les lie à une marque, que le modèle choisi ne soit pas modifié durant toute la durée de ce partenariat. C’est le cas d’Andy Murray. Même une touche de couleur purement cosmétique, et n’ayant aucune incidence sur le rendement de son matériel, ne serait pas toléré par le champion olympique habitué au tout-orange. Une clause qui s’avère parfois incompatible avec la statégie commerciale des fabricants, toujours en quête d’innovations pour renouveler le marché.

Fabrice Santoro, lorsqu’il était sur le circuit, n’a pas toujours facilité la tâche de son équipementier: plus le cadre qu’il utilisait était éprouvé, meilleures étaient ses sensations. Il pouvait ainsi utiliser le même pendant trois ans, alors que la plupart de ses confrères renouvellent leur stock plusieurs fois par saison. « Je n’ai joué qu’avec deux modèles (une Dunlop et une Head) en tout et pour tout dans ma carrière, confie-t-il. Peut-être parce que j’étais un joueur de toucher, le passage d’une raquette à une autre était un changement trop important pour moi. »

Outre des motivations contractuelles, le fait que Monfils ait effectué ses deux conversions après de longues mises à l’écart du circuit n’est sûrement pas un hasard. Le temps, c’est bien souvent ce qui manque à tout joueur pro désireux d’adopter une nouvelle arme de guerre. Les quelques semaines d’intersaison ne suffisent pas toujours à prendre des marques indélébiles. Ainsi, début 2009, quand Novak Djokovic, tenant du titre à l’Open d’Australie, était passé de chez Wilson à Head, l’ancien joueur Tim Henman s’était étonné d’une telle décision: « Il a clairement pris une décision financière. Mais c’est risqué quand il s’agit de défendre un titre du Grand Chelem. Une raquette, c’est tellement personnel. S’y habituer, ça demande du temps, qu’il n’a pas eu. Ca peut semer le doute dans la tête et ajouter de la pression supplémentaire. » Les résultats immédiats de « Djoko » n’ont pas fait mentir le Britannique, mais la suite a donné raison au futur numéro 1 mondial…

 

La raquette de … Roger Federer

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Extrait de L’Equipe, par Romain Lefebvre.

Roger federer et Pete Sampras auront partagé beaucoup plus que les conseils du coach américain Paul Annacone. L’un comme l’autre ont été les joueurs d’une seule marque, d’un seul modèle durant toute leur carrière: la Wilson Pro Staff. Si la raquette du Suisse a changé plusieurs fois de couleur (noire, rouge et désormais blanche) et de nom pour d’évidentes raisons marketing, qu’on ne s’y trompe pas: c’est, hormis une technologie dite Amplifeel adoptée afin d’atténuer les vibrations, la jumelle de la Pro Staff originale avec laquelle son aîné a glané quatorze titres du Grand Chelem. Seul changement majeur, décidé par le Suisse avant qu’il entre dans le top 5 début 2003: la taille du tamis, agrandie de moins de 5 %. Pour le reste, pas touché! Le cadre est mat et mat le cadre restera. « Si, demain, le fabricant décidait de vernir, par souci d’esthétisme, une raquette mate, il est certain qu’il s’opposerait au refus du joueur, raconte un spécialiste d’une marque concurrente. Car une simple couche de glossy a tendance à rigidifier un cadre et donc à en modifier le rendement. Pour l’assouplir, il faudrait qu’il tape plusieurs heures avec chaque modèle sorti d’usine. Il n’a pas de temps à perdre ». 

Ce sera peut-être pour ses vieux jours, puisque Federer et sa marque de raquette sont unis par contrat depuis 2006…à vie!