Christine, l’affranchie

Extrait de M le magazine du Monde,

par Dominique de Saint Pern. Photo Nicola Lo Calzo

« QUAND JE REGARDE UN ÉPISODE DE « MAD MEN »,  j’ai l’impression de voir un documentaire sur la vie de mes parents ! », dit Frédéric Beigbeder. Lorsque Christine de Chasteigner lit Un roman français, livre écrit par le même Frédéric, son fils, sur son enfance, les non-dits familiaux et les dommages collatéraux provoqués par l’utopie de liberté des années 1960-1970, elle souligne : « C’est curieux, ça m’a fait un peu souffrir. »

Sa voix est douce mais décidée, sa parole libre. Christine de Chasteigner est la mère « des » Beigbeder. Frédéric, homme de médias, écrivain et désormais cinéaste. Charles, son aîné de quinze mois, entrepreneur, membre du Medef et désormais lancé dans la carrière politique. Le point commun aux deux frères : leur besoin de secouer le cocotier. Leur trait d’union : cette femme, jeune septuagénaire, blonde, élégante, pleine d’humour, posée au bord du canapé blanc de son petit salon, qui partage avec eux le même regard, bleu perçant ou grave, c’est selon, qui les a mis au monde et les a élevés seule. Et qu’ils ont goulûment vampirisée avec son consentement.

PREMIÈRE RÉACTION DES FISTONS À PROPOS DE LEUR MÈRE : « Une femme exceptionnelle qui a connu le destin de milliers d’autres femmes »(Frédéric, avec la vision panoramique du romancier qui cherche la juste place d’un personnage dans l’épopée). « Elle est canon, ma mère ! » (Charles, lapidaire parce que peu exercé à déballer ses sentiments). Chez l’un et l’autre, derrière la courtoisie perce une méfiance vis-à-vis de l’intruse qui s’approche pour enquêter sur un trésor patrimonial jusque-là resté dans l’ombre. Et puis, gare aux interprétations hâtives, aux déformations des propos… « sinon je vais en prendre pour vingt-cinq ans ! », explique le fils cadet.

En effet. Ce qui continue de chiffonner cette mère d’écrivain remonte à 2009 et reste à jamais imprimé dans les pages d’Un roman français. « Frédéric me dépeint comme une femme seule et triste, après mon divorce. Mais pas du tout ! Je n’ai jamais été triste et, quand je l’étais, je le cachais. Ça m’a déplu, je le lui ai dit… »Sans compter que, à la lumière de son enfance, l’écrivain fait un constat : cacher la vérité aux enfants les enferme dans une vie d’illusion ou de mensonge. Dans une fiction. Cruel ? Elle soupire : « Vous savez, à l’époque, on n’expliquait pas sa vie privée à ses enfants. Françoise Dolto n’était pas encore passée par là. En plus, chez nous, on ne parle pas de nos sentiments. Non, on ne parle pas… »

A l’époque, chez nous… Tout dans cette histoire familiale est affaire de façonnage par un milieu social et de rendez-vous plus ou moins réussis avec les soubresauts de la société française. La vie de Christine de Chasteigner contient des ingrédients qui auraient pu faire d’elle l’héroïne d’une pièce de Sagan.

LLE NAÎT MARIE-CHRISTINE CHASTEIGNER DE LA ROCHEPOSAY, vieille famille périgourdine descendant d’Hugues Capet, possédant un château dans le Périgord vert dont Pierre, son père, n’héritera pas. Il a eu le culot – le courage ? – d’épouser une jolie roturière, Nicky. Le couple ne roulera donc jamais sur l’or, mais aura six enfants. Christine est l’aînée des soeurs. Ses parents lui inculquent le goût de la vie, l’idée du devoir, de la droiture et, en creux, le sentiment de l’inutilité d’être femme sinon pour se marier. Elle se souvient des années déprimantes à l’Institut de La Tour, en uniforme, et du bac, et de l’année de propédeutique passée mollement. Car à quoi rêve une jeune fille bien née à la fin des années 1950 ? Au prince charmant et au mariage, pas à une carrière, la chose n’est pas dans les moeurs de la noblesse. Néanmoins, à 12 ans, elle avait caressé l’idée de devenir médecin. Ou chirurgien. « La persévérance m’a toujours un peu manqué »,reconnaît-elle, l’air navré.

La tribu Chasteigner possède une maison sur la côte basque, à Guéthary. De l’autre côté du sentier dit « Damour », ils peuvent apercevoir la villa des Beigbeder, de riches Américano-béarnais. Les deux familles se lient. Christine tombe amoureuse de Jean-Michel Beigbeder. « Son indépendance d’esprit me fascinait. Son érudition aussi. Il était aussi à l’aise en philosophie qu’en littérature, avait fait des études à la Harvard Business School. En plus, il rentrait d’un tour du monde. Ça lui donnait une aura incroyable ! Je peux vous dire qu’aucun autre garçon ne lui arrivait à la cheville ! » Il la pousse à aller étudier en Amérique, pour voir le monde. Les Chasteigner désapprouvent cette micro-émancipation. Elle se débrouille si bien qu’elle obtient une bourse pour le Holyoke College, Massachusetts, où elle étudie l’histoire. « Les Américains s’amusaient de mon côté extrêmement bon chic, bon genre. « Take it easy, Christine, relax ! » » Deux ans plus tard, à son retour, la comtesse Marie-Christine de Chasteigner devient MmeBeigbeder. Il a 24 ans, elle 21.

LE VOYAGE DE NOCES DURE TROIS MOIS. Antilles et Amérique du Sud. La liberté, la vraie, enfin on peut faire l’amour sans être obligé « de faire attention » ! Christine tombe enceinte en pleine lune de miel. Charles naît en 1964, quinze mois plus tard, c’est au tour de Frédéric. Mariée en 1963, mère de deux enfants en 1965… A peine le temps de goûter à l’insouciance et à la liberté que déjà, elles se sont évanouies. « C’était magnifique, ces deux beaux bébés, mais nous étions très jeunes l’un et l’autre. Alors, j’ai fait un baby-blues. Un vrai. Les hommes n’étaient pas aussi compréhensifs qu’aujourd’hui. »

FRÉDÉRIC BEIGBEDER A RAISON QUAND IL ÉVOQUE « MAD MEN ». Le mari séduisant accaparé par un métier moderne – Jean-Michel/Don Draper importe en France le métier de chasseur de têtes –, costumes parfaitement coupés, nuée de jolies femmes autour de lui, le tout dans un milieu sexy, et Christine/Betty Draper à la maison, occupée bien qu’au fond désoeuvrée. Qui imite sa mère : elle met un temps infini à se préparer le matin, fait des courses, déjeune avec des amies, puis s’occupe des enfants aidée par une nounou… « Je vivais sur un nuage. Le soir, Jean-Michel rentrait fatigué. Je lui demandais : « Comment s’est passée ta journée ? » Lui devait trouver cela pesant. J’attendais beaucoup de mon mari. Beaucoup trop. J’aurais dû me dire : « Il ne faut pas que ta vie dépende d’un seul être. » Près de quarante ans plus tard, je peux dire que, si j’avais travaillé, nous aurions peut-être pu sauvegarder notre couple. » Charles, lui, se souvient de la vie facile dans l’hôtel particulier de Neuilly et, plus tard, dans l’appartement de l’avenue Henri-Martin, des copains des parents, des mondanités et des fêtes à la maison. Il se souvient de la joie. Sa prime enfance.

LES ANNÉES 1970 APPROCHENT. Pris dans la tourmente d’une société qui se libère tous azimuts, le couple Beigbeder bat de l’aile. Il y a des coups de canif dans le contrat. Les moeurs ont beau se relâcher, les principes inculqués par une famille aristo ont la vie dure. « Je voulais préserver une image, je ne pouvais me confier à personne. Mes parents se sont aimés jusqu’à la fin de leur vie, donc, pour moi, un couple c’était ça. Alors, oui, à ce moment-là, il y a eu de la solitude et de la souffrance non exprimée », raconte Christine. Sur l’antenne de RTL, Menie Grégoire commence seulement à briser l’omerta qui pèse sur la vie des couples. Sinon, partout ailleurs, on se tait.

« Et puis, un jour, je suis tombée amoureuse de quelqu’un. » Les Beigbeder se séparent. Christine embarque ses enfants, ils ont 7 et 6 ans, et s’installe avec eux dans un 50 m2, rue Monsieur-le-Prince. Les garçons partagent un lit jumeau. Le circuit de train électrique, collé sur une planche, est fixé au plafond par un système de poulies. Les enfants le descendent quand ils veulent jouer. On appelle ça du gain de place. « Papa est en voyage », explique-t-elle aux petits qui demandent pourquoi il n’est pas là. « Jean-Michel passait prendre sa douche, il était là pour toutes les fêtes. On essayait de conserver une apparence, elle était fausse, bien sûr… » Les enfants croiront longtemps que papa, ce salaud, a plaqué maman. L’inverse de la réalité.

CHARLES ET FRÉDÉRIC VIVENT COLLÉS L’UN À L’AUTRE. L’aîné veille sur son frère, le leader, c’est lui. Concentré des heures entières sur ses jeux de Lego, il crée des villes, bâtit, imagine, dirige. Le cadet arrive, vif-argent, et d’un entrechat envoie valdinguer la mégapole de Charles. Lequel entre dans une colère noire. « Je me disais, il va le tuer. Non, Charles n’était pas placide du tout », soupire Christine. Frédéric se souvient avoir été victime de tentatives de meurtre par noyade, coups de boules de pétanque (en plastique), étranglement…

Pour vivre, élever des enfants, il faut un travail. Une amie la fait entrer dans une petite maison d’édition. Son premier job. Elle le doit à sa formation d’historienne. La voici documentaliste et iconographe pour un fascicule intitulé En ce temps-là, Jésus. On la paie au lance-pierre, mais elle vole de ses propres ailes. « J’avais raté une vie de famille, j’avais rompu avec ma vie rangée, bourgeoise, mais je me sentais libre. Tout à coup, je respirais. Je voyais la vie telle qu’elle était, je découvrais un univers… » La vie du trio s’organise. Quand maman travaille, les enfants vont à l’école Bossuet. « Une boîte à curés, souligne Frédéric. Nous étions les seuls enfants de divorcés. »La vie des garçons, c’est aussi un week-end par mois dans l’appartement cinq fois plus grand de leur père où règnent l’indiscipline, quelques mannequins et les beautiful people du moment, ce sont des vacances en Amérique ou sur les plages de Bali. Christine, qui veille à ne pas en faire « des gosses de riches », emmène les deux garçons à la messe, leur apprend qu’on « ne frappe jamais quelqu’un dans le dos » et, quand ils râlent, leur rappelle qu’ils ont « de la chance par rapport aux petits Ethiopiens ».

L’amant ayant divorcé, le nouveau couple s’installe dans 350 m2, rive gauche. Le début de ce que Frédéric appelle « l’époque des appartements yo-yo », qui grandissent ou rétrécissent, façon Alice au pays des Merveilles. Voici le temps des fêtes et du faste. Ce « beau-père » extraverti, léger, attachant, initie les enfants aux largesses de la vie, des rencontres et, plus tard, aux nuits chez Castel. Néanmoins, Christine veille au grain et continue de transmettre ses valeurs morales. Elle quitte son travail, le remplace par des voyages. A nouveau la belle vie, facile. Son ex-mari, sans doute pour soustraire ses enfants à l’autorité de l’homme qui lui a « volé » sa femme, envisage de mettre les enfants au pensionnat Passy-Buzenval. Il entraîne la famille dans un repérage des lieux. Face à cette prison de brique rouge, une voix s’élève. Celle de Charles, 10 ans : « Si vous nous inscrivez là, on s’enfuira la nuit, on s’évadera, jamais nous ne dormirons dans ce lieu. » Calme, clair et sans appel. Elle espérait le mariage, son amant en épouse une autre, elle reboucle ses valises, en femme blessée cette fois. « De toute façon, notre couple commençait à se déliter. » Des aléas sentimentaux qui marquent ses fils. « Voir votre mère heureuse et malheureuse en amour fait de vous, par contagion, un être déçu par la vie. On est moins innocent. Très tôt, on se retrouve désabusé », lâche Frédéric.

DIRECTION UN PETIT APPARTEMENT DANS LE SIXIÈME. « Là, c’est devenu dur financièrement, et on s’en rendait compte », dit Charles. Christine découvre que les temps ont changé, le travail ne surgit plus sur un claquement de doigts. Elle attrape au vol une proposition : entrer dans l’univers des romans d’amour. Traductrice-rewriter chez Harlequin, où on lui demande de repeindre la réalité en rose. Ensuite, il y aura la traduction des Barbara Cartland, qu’il faut réécrire entièrement. Elle travaille chez elle, le miroir du salon est constellé d’innombrables Post-it où sont déclinés tous les synonymes possibles de « baiser », « regard », « coup de foudre », « étreinte », « aimer »… Loin, très loin de la littérature qu’elle aime.

Les enfants grandissent, les voilà ados, bientôt des hommes. « Je me suis rendu compte que nous étions trop fusionnels, ce n’était pas bien. » Tout se passe à la maison. Les copains de ses fils débarquent, se servent dans le frigo. C’est si joyeux, si léger, que les garçons n’ont qu’une hâte après les cours : rentrer chez eux. Parfois, le matin, Christine découvre une fille ravissante à la table du petit déjeuner. Frédéric complexe sur ses oreilles décollées, on les lui fait recoller. Puis c’est au tour du menton, trop en galoche, d’obséder le garçon. « Là, j’ai dit non ! Tu as vu Napoléon ? Son menton ? Ça ne l’a pas empêché de faire de grandes choses. Tu gardes ton menton, c’est ta personnalité ! » Les garçons sont beaux, drôles, parfaitement éduqués, ils font des cavaliers demandés pour les rallyes. Frédéric, qui trouve ces rites tribaux grotesques, lance son Caca’s Club, avec des invitations du genre « La comtesse du Bouchon de Carafe a le plaisir d’inviter mademoiselle… ». Des fêtes déjantées auxquelles Christine, ses soeurs et ses nièces prêtent leur concours.

Au départ définitif des deux zigotos, elle prend de plein fouet le syndrome du nid vide. « On s’en est rendu compte, dit Charles, la voix émue. Alors je venais dîner tous les soirs, souvent je n’avais pas envie de repartir. » Dans la version maternelle, cela donne : « Charles a quitté le nid à reculons. Il m’apportait son baluchon de linge sale. Je sentais qu’il n’était pas bien du tout. Je crois que, des deux garçons, c’est lui le plus tendre. Frédéric est plus indépendant, il est parti le coeur léger. » Comme toutes les mères célibataires, elle se demande à quoi va servir sa vie, désormais.

ON NE VOIT JAMAIS VIEILLIR LES HÉROÏNES DE SAGAN. L’auteure les laisse à leur jeunesse qui s’éclipse, à l’existence un peu vaine qu’elles sont condamnées à vivre. Pas Christine. A 50 ans et des poussières, pour contrer la dépression qui pointe, elle entreprend une analyse. Et comprend à quel point son éducation l’a cadenassée. Les barrières tombent les unes après les autres. Elle se trouve, renoue avec sa passion de la littérature, cherche sa voie propre en écrivant des nouvelles, qu’elle garde encore secrètes. Pendant ce temps, ses enfants dévorent le monde des médias et des affaires.

Etre mère d’un écrivain vous permet de découvrir dans ses bouquins sa vie d’homme et ses frasques. « Je n’étais pas allée dire à mes parents que mon couple ne marchait pas, Frédéric a fait pareil. C’est dans L’amour dure trois ansque j’ai appris à quel point il avait été malheureux.» 99 francs l’informe des turpitudes du milieu de la pub. Elle assiste à la farandole de ses amoureuses, en évitant de prendre parti. Et comprend ce fils qui, comme elle à l’époque, a besoin de l’excitation de la passion, du renouvellement. « On me dit, c’est incroyable, tu aimes toutes les femmes de Frédéric… Mais je ne vais pas l’engueuler parce qu’il quitte Laura Smet ! »

Les mêmes causes ne produisant pas toujours les mêmes effets, Charles a choisi la stabilité. Lui aussi a eu sa période jet-setteur, mais il a rencontré la femme de sa vie. Marié à Carine depuis dix-sept ans, il a trois filles. « Charles est très secret. J’imagine qu’il fait beaucoup pour que ça dure… », dit Christine, pour qui l’amour à perpétuité semble garder son mystère. Il explique: « Le divorce de mes parents a participé à ma construction mais, surtout, j’ai eu la chance de rencontrer cette femme-là. Cela vaut la peine d’essayer de construire un couple dans la durée, c’est même fantastique ! Et c’est un travail de chaque instant. »Même opiniâtreté dans sa carrière, quand il a créé la première société de courtage en ligne, SelfTrade, puis Poweo, qui voulait faire la pige à EDF. « Il a galéré, mais je lui ai toujours vu une volonté et une persévérance étonnantes. On lui claque la porte au nez, il réussit à trouver un moyen pour y arriver. » Qualité qu’il tient de son père. Après avoir postulé à la présidence du Medef et soutenu Nicolas Sarkozy, il s’est présenté aux dernières législatives, dans le 12e arrondissement de Paris, sous la bannière UMP. « Mon fils faisant les marchés, serrant des mains, je ne l’aurais jamais imaginé. C’est un timide. Mais il l’a fait, et vraiment bien ! », se réjouit sa mère, très aficionada.

TOUT EN APPARENCE SÉPARE LES DEUX FRÈRES. Frédéric se dit « serial monogame », ne fréquente l’église qu’à l’occasion des mariages et des enterrements. Charles, farouchement monogame, pratique la foi chrétienne. Quand l’aîné s’apprête à recevoir la Légion d’honneur à l’Elysée, le cadet se fait pincer à sniffer une ligne de coke sur le capot d’une Chrysler. Idem pour la politique. Frédéric a conseillé Robert Hue, candidat du Parti communiste à la présidentielle de 2002, ce qui lui a valu de recevoir une lettre offusquée de Pierre de Chasteigner, intitulée : « Lettre d’un grand-père à un jeune homme dérangé. »

Désormais, Christine de Chasteigner se tient à la confluence de leurs deux vies. Son rôle ? « Grand-mère ! » Elle veille à ce que les deux familles se retrouvent régulièrement, à ce que le lien jadis fusionnel ne se dissolve pas tout à fait. Puisque c’est la veille de son anniversaire, elle accepte de résumer sa vie: « Les amants de passage passaient, mais la seule chose qui ait vraiment compté était ma relation avec mes fils. Ce sont eux les personnes importantes de ma vie. »Voilà sans doute pourquoi le romancier a clos un chapitre de son prix Renaudot 2009 par cette interrogation : « Je me demande toujours si c’est à cause de nous qu’elle vit seule aujourd’hui. »

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