Come-back, par Paul Smith

Paul Smith

Extrait de Sport & Forme, journal du Monde, par Paul Smith.

A présent nous savons que Michael Schumacher ne reviendra pas. Celui qui a remporté plus de grands prix automobiles que n’importe qui ne se représentera pas à la prochaine saison. Il n’a plus gagné de courses depuis son retour sur les circuits il y a trois ans, et ça n’a certainement pas été très amusant, pour un homme habitué à tant de victoires, que d’avoir à se battre pour figurer dans le top 10, comme il l’a fait il y a une quinzaine de jours au Japon. Mais, de toute évidence, c’était mieux que de ne pas être là du tout, sinon il serait resté chez lui, en Suisse, à regarder son jeune fils piloter des karts et sa fille faire du cheval.

Il est difficile de renoncer à quelque chose que l’on aime et qui jusque-là rythmait votre existence. Pour quelqu’un habitué à beaucoup voyager, comme c’est mon cas, le fait d’être brutalement contraint à rester au même endroit doit être un choc terrible. Et quand, à l’instar de Michael, on exerce un métier depuis sa plus tendre enfance, comment occuper son temps quand on n’est pas préparé à l’oisiveté ?

C’est pourquoi il n’est pas étonnant que l’idée d’opérer un come-back soit si tentante. Björn Borg, Mohamed Ali, Mike Tyson et Lance Armstrong ont tous fait des come-back.

TROP CALCULATEUR

Tous ont obéi à un désir de revenir sous les projecteurs, mais aucun n’en a tiré une plus grande réputation. Lance Armstrong a même ruiné la sienne après avoir été déchu de ses sept titres sur le Tour de France. Je n’ai jamais pu m’enthousiasmer à son propos, car il m’a toujours semblé trop calculateur. Trop à l’image de ces quinze dernières années ravagées par les dérives du secteur de la finance, où tout n’était que cupidité et ego. Armstrong appartenait à cet univers-là. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un monde en colère et incontrôlable.

Et cela ne se vérifie pas seulement dans le sport : les Rolling Stones vont repartir en tournée, et il paraît que David Bowie prépare un nouvel album.

Cela est arrivé à des personnes travaillant dans le même domaine que moi, comme Jil Sander et Helmut Lang, qui ont vendu leurs entreprises florissantes à de grandes compagnies. Le danger, dans une industrie comme la nôtre, est que tout y évolue rapidement et que, lorsqu’on décroche pendant un certain temps, il est difficile de la réintégrer au même niveau qu’auparavant.

Les gens me demandent souvent comment je fais pour prévoir ce qui sera à la mode l’année suivante. La réponse, c’est que, quand on est immergé dans le courant, on n’a même pas besoin d’y réfléchir. On le sait, tout simplement. Mais, sitôt qu’on s’extrait du mouvement, le risque est grand de perdre rapidement son coup d’oeil et son rythme.

J’ai eu de nombreuses occasions de vendre mon entreprise et de prendre du recul, mais je sais que je m’ennuierais et que je ne saurais pas très bien quoi faire de mon temps. Cela me manquerait trop de ne pas être impliqué, de ne plus travailler avec mon équipe de concepteurs, de ne plus voir se concrétiser mes idées.

Bien entendu, il est possible que dans dix ans je voie les choses différemment. Mais j’en doute.

(Traduit de l’anglais par Gilles Berton)

 

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