Cyclisme urbain

Paul Smith, cyclisme urbain.

Chronique de Paul smith, dans Le Monde Sport & Forme du 13 avril 2012.

Un magazine de mode a récemment envoyé une équipe au siège social de mon entreprise, à Londres, afin d’y photographier tous les employés qui viennent chaque jour au travail à vélo. Ceux-ci sont environ quarante sur les cent quatre-vingts personnes qui travaillent dans le bâtiment, et nous leur avons installé des douches ainsi qu’un parc à vélos.

Si le cyclisme urbain est un phénomène relativement récent à Londres et dans d’autres grandes villes du monde, il fait depuis longtemps partie de la vie quotidienne des habitants d’Amsterdam ou de Copenhague (selon les études les plus récentes, seulement 2 % des trajets à Londres se font à vélo, contre 23 % à Copenhague et 37 % à Amsterdam).

DES « BICYCLETTES FANTÔMES » POUR SYMBOLISER LES MORTS À VÉLO

Mais, à l’origine, des villes comme Londres et Paris n’ont pas été conçues pouraccueillir un flot de voitures et de camions, pas plus qu’un mélange de véhicules à moteur et de bicyclettes. Et, de temps à autre, survient un accident mortel. En 2009, treize cyclistes ont été tués dans les rues de Londres. En 2010, le chiffre était tombé à dix. L’année dernière, il est remonté à seize. Ces morts sont parfois commémorées par des « bicyclettes fantômes » peintes en blanc, enchaînées à un lampadaire ou à une barrière proche du lieu de l’accident. On peut en voir une à King’s Cross, près du terminal de l’Eurostar, à l’endroit où une jeune étudiante des beaux-arts a été écrasée en octobre 2011 par un poids lourd à un carrefour très fréquenté.

Il y a quelques semaines, le Times a lancé une campagne visant à améliorer la sécurité des cyclistes, demandant notamment que les camions soient équipés de rétroviseurs dotés d’une fonction de détection dans l’angle mort, ainsi que d’un signal sonore avertissant les cyclistes d’un changement de file ou de direction. Ces mesures seraient certes importantes, mais je crois, pour être moi-même tour à tour cycliste et automobiliste, que beaucoup de cyclistes devraient également mieux se comporter.

Je déteste par exemple les voir griller un feu rouge, pédaler en écoutant leur iPod ou en bavardant au téléphone, car à vélo vous devez être attentif à tout ce qui se passe autour de vous. Les cyclistes doivent également être visibles : il existe à leur intention des vêtements qui sont non seulement élégants, mais qui comportent des bandes ou motifs réfléchissants, ce qui rend beaucoup plus sûre la pratique du vélo en ville.

Les pistes cyclables sont-elles utiles ? A Paris, on a tracé des lignes pour séparer les voies réservées aux voitures de celles allouées aux vélos, et c’est une excellente solution, même si cela irrite les automobilistes lorsqu’ils sont pris dans les embouteillages. En vérité, il n’y a pas de solution parfaite. Mais on peut essayerd’améliorer les choses. La devise de ma maison est : « Ne jamais présumer. » Pour les cyclistes, cela pourrait se traduire par : « En cas de doute, ne prenez pas de risque. »

(Traduit de l’anglais par Gilles Berton)

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