…D’arborer une chemisette au travail ?

...D'arborer une chemisette au travail ?

Extrait de M le Magazine du Monde, par Marc Beaugé, illustration de Bob London.

SI LE MAUVAIS GOÛT NE CONNAÎT PAS LES SAISONS, il semble particulièrement se plaire au soleil. Ainsi, outre la réapparition des pichets de rosé et des pare-soleil de voiture à l’effigie de Dora l’exploratrice, le début de l’été marque, chaque année, le déferlement d’une série d’accessoires vestimentaires particulièrement redoutables. Citons, pêle-mêle, les Crocs, les bobs, les marcels, les pantacourts, les sandales à scratch et, plus sournoises, les chemisettes.

A première vue, en effet, celles-ci n’ont rien d’infamant. Outre leur amputation, elles présentent même des caractéristiques exactement similaires aux chemises ordinaires, faisant valoir une variété semblable de cols, de coupes, de matières, de boutonnages et de gorges (la patte de tissu qui vient renforcer la chemise à l’endroit où sont cousus les boutons). Ainsi, leur banalité vaut aux chemisettes une belle place dans le vestiaire masculin. Au vrai, pour peu que l’on ne se soit pas adonné à la scarification pendant son adolescence, il est tout à fait possible d’aborder une chemisette dans un open-space, sans y susciter la moindre réflexion.

Là est justement le problème. Car, au même titre que le bermuda, autre grand amputé du vestiaire masculin, la chemisette n’est pas une pièce de travail, et elle ne l’a jamais été. Apparue sous sa forme actuelle dans les années 1920, alors que l’uniforme masculin classique se retrouvait pour la première fois sujet à contestation, la chemisette fut d’abord récupérée par les joueurs de tennis. Puis elle fut endossée par l’élégant duc de Windsor lors de ses escapades au soleil, confirmant ainsi son statut de pièce de villégiature et de détente.

PLUS QUE LE VÊTEMENT EN LUI-MÊME, c’est donc bien son utilisation dans un contexte inapproprié qui pose souci et expose à bien des dangers. Ainsi, très concrètement, l’amateur de chemisette au travail a de grandes chances de dévoiler son aisselle velue à la première présentation Power Point venue, ce qui ne contribuerait évidemment pas à le crédibiliser auprès de son auditoire. Dans cette situation, même une cravate ne viendrait pas arranger ses affaires, car il apparaîtrait alors comme un vendeur de chez Darty venu faire la démonstration d’un nouveau logiciel.

Car si elle est acceptable sur la plage du Grau-du-Roi, en bermuda et espadrilles, un après-midi d’août, la chemisette est à bannir dans un contexte professionnel. Là, à partir du mois du mai, la meilleure façon de marquer une forme de décontraction estivale est en fait d’arborer une chemise à manches longues et de remonter celles-ci. Non seulement cette option vous assurera un supplément d’élégance, mais elle laissera aussi entendre que, malgré les beaux jours, vous êtes encore prêt à vous retrousser les manches…

 

Laisser un commentaire