…De jouer avec des bijoux?

Est-ce bien raisonnable de jouer au tennis avec des bijoux?

Extrait du journal le Monde, par Marc Beaugé, illustration Bob London.

Si par souci de confort, les joueurs du circuit ne portent pas en match de lourdes montres dont ils font pourtant la réclame dans les magazines, ils ne rechignent pas à arborer sur le court d’autres types de bijoux. Ainsi a-t-on pu constater, ces derniers jours, la présence à Roland Garros de nombreuses bagues, gourmettes, chaînettes ou pendentifs, tel celui, à la forme d’un éléphant, de Jo-Wilfried Tsonga.

Anodine en apparence, cette débauche de richesses figure, de façon concrète, l’écart de classe entre le tennis et différents sports d’équipe impliquant un contact direct avec l’adversaire. Au rugby, au football ou au handball, le port de bijoux est ainsi formellement prohibé et fait même l’objet, au début de chaque rencontre, d’un dépistage aussi sévère que celui du dopage.

Au vrai, aucun dirigeant de ces disciplines ne semble pressé de voir un joueur étrangler un adversaire à l’aide d’une chaînette au sortir d’une intervention trop virile. Le tennis ne génère évidemment pas les mêmes risques. Les contacts directs s’y limitant à une poignée de main en fin de match, la probabilité de dérapages physiques s’avère extrêmement rare, surtout depuis la retraite de John McEnroe.

Le tennisman à bijoux ne court donc qu’un seul danger. Sur une  course longue, le tintement de l’or ou de l’argent pourrait en effet venir le perturber, en lui rappelant qu’au bout de ses efforts l’attend peut-être un chèque de 1250 000 euros, soit la somme réservée, cette année, au vainqueur du tableau hommes de Roland Garros.

Profond manque de sobriété Si la présence, sur la terre battue, de bijoux de valeur souligne que le tennis reste un sport de riches,  elle envoie aussi, d’un point de vue stylistique, un message extrêmement négatif. Sur les courts comme à la ville, le port de gourmettes, chaînettes ou bagues d’agrément révèle en effet un profond manque de sobriété et trahit la volonté de se faire remarquer à tout prix. Il convient ainsi de rap- peler que déboutonner le col de son polo pour laisser entrevoir une chaînette est un acte aussi  inélégant que celui consistant à ouvrir la fenêtre de sa voiture pour imposer aux piétons ses goûts musicaux.

 

 

 

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