…De jouer avec des lunettes?

Bob London

Extrait du journal Le Monde, par Marc Beaugé, illustration Bob London.

Si l’on reconnait habituellement un bon joueur ou une bonne joueuse de tennis « à son œil » autant qu’à « son bras », il semble que les troubles de la vision n’empêchent pas de prospérer dans les tournois du Grand Chelem. Ainsi de la Kazakhe Yaroslava Shvedova, diagnostiquée myope il y a un an, qui se présente mercredi 6 juin, sur le court Suzanne- Lenglen, pour disputer les quarts de finale de Roland Garros. Depuis le début de la quinzaine parisienne, elle arbore en effet une paire de lunettes de sport. Outre sa monture turquoise, cette paire se caractérise par sa propension à donner substance aux fantasmes futuristes qui animèrent, de par le monde, les années 1950 et 1960. En effet, si les voitures volantes et les gnocchis en gélule restent à inventer, les lunettes profilées, épousant la forme du visage et donnant à celui qui les arbore l’air compassé d’un cyborg confronté à la banalité de la vie (pourquoi suis-je en train de manger une banane sur un banc alors que je pourrais exterminer la population mondiale à l’aide de mon œil laser ?), existent pour de bon. Comme Yaroslava Shvedova, ils sont même une quinzaine, d’Arnaud Clément à JankoTipsarevic, à les porter actuellement sur le circuit professionnel.

En choisissant d’arborer lors d’un match des lunettes de vue, ceux-ci formulent avant toute chose le rejet des lentilles de contact. Nécessitant un véritable temps d’adaptation et un entretien attentif, parfois même en plein match, celles-ci ne s’avèrent en effet pas toujours compatibles avec la pratique du sport de haut niveau.

Si le port des lunettes comporte lui aussi de véritables dangers (le plus sérieux consistant, de loin, à égarer ladite paire au bar du club house avant le match, au moment de se remonter le moral), le choix entre lunettes et lentilles relève donc de l’intime, et ne peut faire l’objet d’un débat public.

Montures de ville

Au vrai, le véritable problème est d’ordre stylistique et se résume au choix des lunettes en elles- mêmes. En effet, si ces modèles modernes ont la réputation de diminuer nettement les risques d’apparition de buée sur les verres, d’autres options doivent rester envisageables.

En leur temps, Martina Navratilova et Arthur Ashe dominèrent leur discipline avec des montures de ville parfaitement ordinaires. A eux deux, ils cumulèrent même dix victoires à Wimbledon, temple de l’humidité, et donc, théoriquement, temple de la buée.

 

 

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