…De laisser sa cravate desserrée ?

Desserrée et pendante, la cravate apparaît semblable à la corde posée autour du cou du condamné à mort sur le seuil de l'échafaud.  Bob London pour M Le magazine du Monde

Extrait de M le magazine du Monde, par Marc Beaugé, illustration bob London.

Exerçant leur art sur TF1 ou M6, de « The Voice » à « La Nouvelle Star », les stylistes des émissions de télécrochet disposent d’une batterie de techniques redoutables pour décrédibiliser les candidats et les membres du jury qu’ils habillent. Ainsi, ils aiment les affubler de pantalons moulants, de costumes satinés, de chapeaux colorés ou de vestes en cuir impossibles. Mais leur coup préféré consiste encore à les équiper d’une cravate, tout en s’abstenant d’en serrer le nœud.

Plusieurs semaines durant, le pauvre Louis Bertignac, membre du jury de « The Voice », se présenta donc chaque samedi soir, sur TF1, accessoirisé d’une cravate dont le nœud gisait au niveau de son plexus, aligné de façon quasi parfaite avec ses deux tétons (il n’était pas torse nu, mais on est bien placé pour savoir où se situent les tétons d’un homme). Imperceptiblement, ces trois points-là formaient ainsi une ligne droite, que l’on pourrait considérer, à bien des égards, comme la ligne d’amarrage du mauvais goût.

Apparu au début des années 2000 puis popularisé tout au long de la décennie, à mesure que la cravate faisait l’objet d’un travail de réhabilitation, ce gimmick stylistique comporte en effet de très nombreux défauts. Mécaniquement, il laisse ainsi s’installer, au niveau du col, une zone de non-droit propice à une malencontreuse exhibition de décolleté. Et implique que les deux extrémités de la cravate atterrissent bien plus bas qu’à l’accoutumée. Le risque que l’un d’eux plonge dans la soupe, ou se coince dans la braguette lors d’une pause pipi, se retrouve donc décuplé.

Mais il y a pire. Desserrée et pendante, la cravate apparaît en effet semblable à la corde posée autour du cou du condamné à mort sur le seuil de l’échafaud. Elle instille ainsi l’idée que les adeptes de ce style, sur le point de passer l’arme à gauche, ont renoncé à tout et n’accordent plus la moindre importance à leur look. A ce titre, il ne faut donc pas s’étonner que la cravate desserrée aille souvent de pair avec un jean dégoulinant, une chemise glissant hors du pantalon et une coiffure de fin de vie. S’il n’est pas totalement inconcevable de libérer légèrement son cou, en deuxième partie de soirée, comme le fait parfois Frédéric Taddéï, sur le plateau de « On n’est pas couché », porter la cravate exagérément et fièrement desserrée n’a pas de sens. Hormis peut-être pour les stylistes eux-mêmes. Car à quelques minutes du début d’une émission en direct, il n’y a pas de petit gain de temps, même si cela implique d’infliger à autrui un noeud tout à fait lâche…

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