…De mettre ses lunettes n’importe où ?

Bob London pour M Le magazine du Monde

Par Marc Beaugé, illustration Bob London.

Extrait de M le magazine du Monde.

Si l’homme moderne est désormais en mesure de greffer des visages, de commanditer des attaques de drones longue distance et, même, de se régaler de fromage hollandais en spray, il demeure incapable de répondre à cette question simple, particulièrement prégnante dans la communauté presbyte : que faire de ses lunettes lorsqu’il n’est pas nécessaire de les porter sur le nez ?

Les mauvaises réponses sont légion. En accrochant un sautoir à votre monture et en la laissant pendre autour de votre cou, vous obtiendrez ainsi le look de l’acteur senior dans la publicité pour les bonbons Werther’s Original, ce qui n’est pas une bonne chose. En la coinçant dans l’encolure de vos tee-shirts ou de vos pulls, vous ne ferez guère mieux, puisque vous déformerez chacun d’entre eux jusqu’à obtenir une série de cols en  » V « . Enfin, en laissant votre monture sur votre front ou, pire, au milieu de votre chevelure, vous semblerez avoir les yeux constamment levés au ciel.

Ce qui fera de vous, au regard de tous, un être difficile, car perpétuellement agacé.

Le dilemme auquel est confronté l’homme à lunettes est donc plus compliqué qu’il n’y paraît. A l’instar du cadre sup’ se demandant comment protéger dignement sa cravate des éclaboussures lors de la dégustation d’une soupe chinoise (faut-il la poser sur l’épaule, la rentrer entre deux boutons de la chemise ou bien l’ôter carrément ?), l’homme à lunettes doit trouver l’éternel compromis entre sens pratique et sens esthétique.

Afin de mettre ses lunettes à l’abri d’une chute et de se mettre lui-même à l’abri d’un faux pas stylistique, il dispose de quelques ébauches de solutions. Vêtu d’une chemise décontractée, il pourra glisser ses lunettes dans sa poche poitrine. Habillé d’une veste de costume, il pourra les ranger dans la poche intérieure, si possible protégées par un mouchoir ou un étui. A moins qu’il ne décide, comme le font beaucoup d’élégants Italiens, de les glisser dans la poche poitrine de sa veste, en s’arrangeant pour qu’une branche en ressorte l’air de rien…

Pour ceux qui ne porteraient ni chemise ni veste, il existe des pistes de contournement plus radicales encore. La chirurgie ophtalmologique a fait ses preuves et il se dit le plus grand bien des lentilles pour presbytes. Néanmoins, le recours à un monocle, petit verre circulaire pourvu d’une chaîne et susceptible d’être accroché à un vêtement, très en vogue au xviiie siècle, fera plus d’effet en société, c’est certain.

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