…De porter des baskets avec son costume ?

Bob London pour M Le magazine du Monde

Par Marc Beaugé. Extrait de M le magazine du Monde.

Autrefois objet de toutes les préoccupations et considérations, le costume de ville est devenu, à mesure que les choses partaient un peu en sucette, objet de toutes les dégradations. Ainsi se retrouve-t-il, aujourd’hui, régulièrement mis en tandem avec des tee-shirts, polos, sweats à capuche ou bien encore des baskets. Malgré une concurrence féroce, cette dernière option ferait même office de faux pas stylistique le mieux accepté de l’époque.

Apparu à la fin des années 1980, après que Giorgio Armani eut le premier ouvert la voie à l’assouplissement de la silhouette masculine, le costume-baskets s’inscrit évidemment dans la logique de désacralisation du costume, et nourrit au passage l’un des fantasmes ultimes de la psyché mâle. A l’instar du punk arborant, en 1977, une cravate noire sur un tee-shirt déchiré et grêlé de vomi, l’adepte du costumebaskets ambitionne de se montrer en  homme total , assez chic et friqué pour parader en costume mais assez cool, aussi, pour traîner en baskets malodorantes. Evidemment, il y a un loup.

En effet, l’adepte du costume-baskets penche toujours, irrésistiblement, du côté du costume. Inséré dans la vie active et contraint, par convention professionnelle, de porter, chaque jour ouvrable, veste, chemise, pantalon et cravate, il ne possède généralement qu’une paire de baskets dont il a fait l’alibi cool de ses soirées after-work. Très soigneux avec cette dite paire de baskets (il s’agit, dans 90 % des cas, de Converse All Star montantes ou de Paul Smith basses, blanches dans les deux cas), il apparaît bien plus en poseur complet  qu’en  homme total . Portée et entretenue depuis le début par les grandes marques de mode, tout à fait d’accord pour que l’on s’habille mal tant que cela leur rapporte, la tendance costume-baskets a donc peu de sens d’un point de vue purement théorique. Elle n’en a pas davantage d’un point de vue stylistique. Souvent plus larges, plus hautes et plus plates que les chaussures de ville, équipées de base d’une légère talonnette, les baskets cohabitent en effet assez mal avec les pantalons de costume. Concrètement, elles finissent même, quasi systématiquement, par provoquer l’apparition de l’effet dit  accordéon , soit le tire-bouchonnage du pantalon au niveau de la cheville.

Ainsi, puisqu’il n’y a pas plus de raisons d’arborer une paire de baskets avec un costume que d’arborer une paire de chaussures de ville avec un bas de jogging ou un short, il est nécessaire de recourir à d’autres subterfuges pour décoincer le costume.

Sachons par exemple que des chaussures en daim apparaîtront toujours moins solennelles que des chaussures en cuir. Sur le même principe, n’oublions pas non plus que les chaussures à semelle de crêpe auront toujours l’air plus décontracté que des chaussures à semelles cuir.

Laisser un commentaire