…De porter des tongs à la ville ?

Extrait de M le magazine du Monde,

par Marc Beaugé, illustration Bob London.

SI L’ARRIVÉE DE L’ÉTÉ est pour beaucoup l’occasion de lever le pied, voire carrément de prendre leurs pieds à leur cou, c’est aussi, pour certains, le moment de les dénuder et de les exhiber. Ainsi, à défaut de croiser régulièrement des hommes et des femmes se baladant pieds nus en pleine ville, il n’est pas rare d’apercevoir des individus aux orteils découverts, chaussés de sandales, sandalettes, spartiates et, plus souvent encore, de tongs.

Si la banalisation du port de cette chaussure d’été, mise au point dès 5500 av. Jésus-Christ par les Egyptiens, correspond à l’envie de rester au frais afin de marcher d’un pas aéré, pour ne pas dire aérien, elle marque aussi un glissement dans la garde-robe urbaine, et révèle même un abaissement général du niveau d’exigence. Ainsi, il semble désormais acceptable d’arborer à la ville des vêtements autrefois limités à la plage ou, tout au moins, à un contexte de villégiature.

De la même façon que les shorts de bain devinrent, il y a quelques années, des shorts de ville quasi ordinaires, obligeant les piscines à légiférer et à imposer le port du slip, les tongs ont ainsi quitté leur milieu d’origine pour devenir des chaussures à part entière et même de véritables objets de mode. En effet, il existe aujourd’hui sur le marché des tongs à fleurs, à talons, à plumes et même des tongs bijoux, semblables aux fameux strings bijoux apparus il y a quelques années (mais à bien y réfléchir, les tongs ne sont-elles pas les strings du pied ?).

SURNOMMÉES « GOUGOUNE » par les Québécois, « slache » par les Belges et « flip- flop » par les Anglais, en raison du léger bruit qu’elles émettent à chaque pas, les tongs doivent, en grande partie, leur changement de statut aux étudiants des universités américaines. Revenant de leur traditionnelle semaine de décompression à Cancun, baptisée Spring Break, ceux-ci ont en effet pris l’habitude, au fil des ans, de conserver sur le campus les tongs qu’ils arboraient sur la plage. Ce qui permet, aujourd’hui, à beaucoup d’entre eux de laisser reposer leurs Ugg sans porter atteinte à leur inélégance…

Car, malgré leur popularité (la marque brésilienne Havaianas en vendrait plus de 162 millions de paires par an), les tongs restent des chaussures dégradantes, dévoilant une partie peu ragoûtante de l’anatomie et exposant leurs adeptes à de nombreux périls. En milieu urbain, la probabilité que ceux-ci terminent une journée sans s’être retourné l’ongle de l’orteil ou sans avoir chuté en courant derrière un bus apparaît mince. A tout prendre, on préférera donc l’espadrille.

 

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