…De porter du fluo ?

Extrait du journal du Monde, par Marc Beaugé, illustration Bob London.

Trente-quatre ans après que les balles de tennis ont officiellement changé de couleur, passant du blanc au jaune fluo, il semblerait que joueuses et joueurs du circuit subissent un sort similaire. Cette année, à Roland Garros, beaucoup d’entre eux arborent en effet des tenues fluorescentes, allant du rose au vert en passant par toutes les déclinaisons envisageables de bleu et, naturellement, de jaune. Si le changement de couleurs des balles fut suggéré par les télévisions, désireuses que les rebonds soient plus facilement localisables sur l’écran, celui des tenues des joueurs semble imputable aux équipementiers. Quelques semaines avant de disparaître complètement, effacés par le règlement de Wimbledon imposant à chacun le port du blanc, ceux-ci ont en effet tout intérêt à ce que leurs produits soient aussi visibles que possible. Même si cela doit impliquer une  hausse sensible des consultations ophtalmologiques chez les téléspectateurs du tennis.

Car, malgré de nombreuses tentatives de réhabilitation, menées aussi bien par les agents de la DDE que par les adeptes de la Tektonik ou les fonctionnaires de la Sécurité routière, les couleurs fluorescentes demeurent des couleurs à part, susceptibles de susciter chez l’autre des troubles de la vision et de la coordination. Ainsi, une étude anglaise menée par le Sports Vision Institute, révéla, il ya quelques années, que les joueurs commettaient 25 % de fautes supplémentaires au retour quand les serveurs portaient un maillot jaune fluo plutôt qu’un maillot de couleur sombre.

Débat purement stylistique Si cette statistique put, un temps, séduire joueurs et joueuses, elle s’avère désormais inopérante, les maillots fluo s’annihilant les uns les autres. Au vrai, le débat apparaît aujourd’hui purement stylistique, et nous ramène à une saine déclaration formulée par Philippe Chatrier, l’ancien président de la fédération de tennis, lors de l’édition 1990 de Roland-Garros. Voyant débarquer André Agassi vêtu de la collection Nike Court ATC II, la toute première à utiliser une couleur fluorescente, celui-ci s’étouffa en effet : «C’est un clown !».

 

Laisser un commentaire