…De porter la casquette à l’envers ?

Extrait de M le magazine du Monde, par Marc Beaugé.

Illustration Bob London.

SI L’ESSOUFFLEMENT de la carrière du groupe de rap Kriss Kross a marqué la fin de la tendance jean à l’envers, de la même façon que le décès du roi mérovingien Dagobert Ier avait signifié, en 638, le déclin de la tendance culotte à l’envers, le port de la casquette retournée semble aujourd’hui bien vivace. A défaut de pouvoir nous appuyer sur une enquête scientifique rigoureuse, une rapide observation de terrain nous permet de penser que les adeptes de la casquette sont aussi nombreux à porter leur visière sur la nuque que sur le front.

Cette option stylistique est née d’un besoin concret. Au milieu du XXe siècle, les tireurs d’élite de l’armée américaine furent les premiers à retourner systématiquement leur casquette pour que leur visière ne vienne pas toucher la lunette au moment du tir. Très vite, au base-ball, les receveurs s’approprièrent aussi le geste afin de pouvoir enfiler sans peine leur masque de protection, et surtout pour ne jamais perdre la balle des yeux en pleine action. Au fond, il n’est donc pas surprenant que la casquette retournée, agissant comme la garantie d’un horizon dégagé, ait fini par devenir la signature stylistique des gangs américains désireux de faire le ménage autour d’eux…

GIMMICK HIP-HOP popularisé dans les années 1980, concurrencé successivement par la casquette sur le côté et la casquette haut perchée sur la tête (très en vogue en ce moment) mais jamais complètement disparu, la casquette à l’envers cache évidemment un message. Insensible à la puissance des rayons de soleil et peu soucieux de protéger leurs yeux de ceux-ci, ses adeptes souhaitent visiblement s’inscrire en marge et marquer leur différence avec les adeptes de la casquette à l’endroit. Vraisemblablement informés qu’une vieille superstition promet discordes et démêlés judiciaires à ceux qui arboreront leur couvre-chef dans le mauvais sens, ils s’affirment, à la face du monde, comme des esprits libres, auxquels absolument rien ne peut faire peur.

Evidemment, il y a derrière tout ça une gageure. Car, comme le port de la capuche, du jean déchiré ou de la cravate anorexique, ex-symboles de l’insoumission récupérés et monétisés par la mode, celui de la casquette à l’envers est aujourd’hui devenu un véritable marronnier stylistique, dénué de sens et de profondeur. Mais, au-delà de ça, la casquette à l’envers pose surtout un problème d’ordre stylistique. Le risque est grand, en effet, qu’ainsi accessoirisé une mèche de cheveux ne vienne dépasser, au niveau du front, du trou destiné au serrage de la casquette et donne ainsi naissance à une houppette. Or, nul ne peut souhaiter être doté d’une houppette.

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