…De porter le bandeau?

Bob London

Extrait du journal Le Monde, par Marc Beaugé, illustration Bob London.

De la même façon que le gel coiffant fait partie intégrante de la panoplie du footballeur contemporain, le bandeau apparaît, de nos jours, incontournable sur le circuit ATP. Ainsi, selon nos estimations, nourries par l’observation des précédents tournois de la saison de terre battue, ils pourraient être une trentaine, sur cent vingt-huit joueurs, à arborer l’accessoire cette année à Roland-Garros.

Si ces bandeaux peuvent rendre de nombreux services (empêcher la sueur de couler dans les yeux, mettre en valeur le logo d’une marque amie, limiter les mouvements de la perruque blonde d’Andre Agassi ou, même, ralentir le grossissement du périmètre crânien lors d’une série de victoires éclatantes), leur fonction première apparaît incontestable. Selon un principe proche de celui du serre- tête ou du filet de propreté arboré par les préparateurs chez McDonald’s, les bandeaux servent à maintenir les cheveux en place, garantissant aux joueurs que leur vue ne sera pas obstruée au moment d’exécuter une volée haute de revers.

En toute logique, la popularité du bandeau sur le circuit s’avère donc précisément indexée sur la longueur de cheveux moyenne des joueurs. On constate ainsi, sans surprise, que les bandeaux firent leur apparition sur les courts au milieu des années 1970, pendant une période notoire de libération capillaire. Chevelus,  bouclés ou pourvus d’impressionnantes rouflaquettes, Björn Borg, Guillermo Vilas ou John McEnroe ne sortaient jamais sans le leur.

Tendance coupe à mèches

Délaissé et abandonné au seul Pat Cash du milieu des années 1980 jusqu’à la fin des années

1990, le bandeau a profité du succès de l’hirsute Gustavo Kuerten puis de la tendance coupe à mèche pour revenir au premier plan il ya une dizaine d’années. Cautionné par Roger Federer ou Rafael Nadal, il n’en reste pas moins problématique d’un point de vue stylistique. Outre le fait qu’il obstrue une zone du crâne que les Indiens considèrent comme cruciale pour la connaissance de soi et de ses capacités physiques, le bandeau tend, en effet, à faire de chacun un être limité intellectuellement. Car bas du front.

 

 

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