…De porter une écharpe extra longue ?

Bob London pour M Le magazine du Monde

Par Marc Beaugé, illustration Bob London.

Extrait de M le magazine du Monde.

Si l’art de bien porter l’écharpe, comme celui de bien porter la cravate, s’est longtemps résumé à une affaire de noeud, il en va tout autrement aujourd’hui. Depuis l’apparition de modèles extralongs, parfois de plus de 2,50 m (soit la longueur moyenne du boa constrictor), on ne noue plus l’écharpe autour de son cou. On l’entortille, exactement comme l’on procéderait avec un morceau de pain et le fromage coulant d’une fondue savoyarde.

La conséquence visuelle de ce mouvement stylistique n’est évidemment pas anodine. Alors qu’une écharpe ordinaire, mesurant communément 1,50 m, ponctue une silhouette, une écharpe extralongue tend à l’envahir, avalant le bas du visage et le cou, rognant sur les épaules, voire sur le torse. A ce titre, l’adepte de cet accessoire – qu’il soit homme ou femme – n’apparaît pas seulement soucieux de s’abriter du froid. Il semble aussi désireux de se protéger de l’autre, en recréant sur sa personne les conditions de confort et d’intimité de son logis.

Là est le problème. A l’instar du survêtement en éponge arboré par pléthore de touristes américaines lors de leurs déplacements en avion et semblable en bien des points à un pyjama, l’écharpe à rallonge évoque irrésistiblement l’univers de la chambre à coucher, et plus précisément celui de la literie. Par son tombant, sa texture et son épaisseur, elle fait souvent l’effet d’une couverture. Dans le métro, après une journée de labeur, elle fera surtout office d’oreiller d’appoint. Jusqu’à ce qu’elle se coince entre les portes. Alors, couic !

C’est ainsi que la danseuse américaine Isadora Duncan trouva la mort, en 1927, étranglée par son écharpe qui se coinça dans la roue d’une Amilcar GS. Si les adeptes de l’écharpe extralongue sont donc plus exposés à ce type de mort brutale, ils courent un autre risque, plus grand encore en période de récession. Comme il advint aux amateurs de Zoot suits dans les années 1930-1940, il se peut qu’ils se retrouvent bientôt en justice, accusés de surconsommer de la matière première et de mettre en péril l’économie du pays.

Les porteurs d’écharpe à rallonge pourront alors plaider que les prêtres arborent une longue étole sacerdotale sans que personne n’ait jamais rien eu à y redire. Mais, au risque d’être pendus bas et long, ils feraient mieux de s’emparer d’une écharpe de longueur raisonnable et d’apprendre à la nouer. Pour ce faire, il suffit de la plier en deux, de la poser derrière son cou puis d’introduire l’extrémité dans la boucle.

 

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