…De porter une salopette ?

Extrait de M le magazine du Monde, 

Par Marc Beaugé. Illustration Bob London.

Avant d’entrer dans le vif du sujet et en préalable à toutes considérations d’ordre stylistique, il convient d’aborder la question de la salopette d’un point de vue étymologique. Car, dans le lexique des mots de la mode, celle-ci occupe une place de choix. Vêtement de travail, destinée à protéger son possesseur des salissures, la salopette a en effet pour racine le mot « sale », et même, plus précisément, le mot « salope », qui signifia longtemps, en ancien français, « crasseux ».

Ainsi, de la même façon que le port d’une banane, d’un Babygro, d’une grenouillère ou même d’une doudoune, pourra susciter chez autrui l’envie de formuler jeux de mots et blagues de mauvais goût, le port d’une salopette risquera d’encourager un humour de bas étage, que Coluche, pourtant grand adepte de ladite pièce, n’aurait certainement pas approuvé. Concrètement, il est tout à fait vraisemblable qu’au cours d’une journée en salopette son possesseur se voit reprocher d’être à la fois une personne sans morale et malodorante.

POSTÉRIEUR

Pourtant ce ne sera pas, loin s’en faut, le plus grave de ses soucis. Car le port de la salopette génère d’abord des problèmes d’ordre esthétique. Sur les hommes, comme sur les femmes, il pose notamment problème au niveau du postérieur. Faite d’une seule pièce, véritable combinaison, la salopette tend en effet, mécaniquement, à effacer la taille et à donner une ampleur considérable au postérieur. Pour contourner le problème, la seule solution consiste donc à opter pour le baggy et à porter un modèle trois tailles trop grand. Mais est-ce vraiment satisfaisant ?

Si l’élégance en salopette se révèle totalement utopique, ce n’est au fond pas un hasard. Inventée au milieu du XIXe siècle par un Français, Adolphe Lafont, pour son beau-père charpentier, puis perfectionnée par la marque américaine Levi’s jusqu’à devenir le vêtement-phare de la révolution industrielle, la salopette vaut d’abord par son aspect pratique. En effet, sa poche frontale permet de conserver outils de travail à portée de la main. C’est ainsi que le beau-père charpentier d’Adolphe Lafont trouva dans la poche de sa salopette l’endroit parfait pour stocker son mètre pliant.

Curieusement adoptée dans les années 1970 par tous les acteurs des films pornos gays américains, puis devenue, un peu plus tard, la tenue de Mario Bros, célèbre plombier de Nintendo, la salopette restera ainsi, toujours, un vêtement de travail et d’effort. Contrairement aux jeans, aux perfectos et autres trench-coats, vêtements utilitaires ayant intégré au fil du temps le vestiaire ordinaire, elle ne devrait donc jamais être portée à la ville ni en public. Au risque de passer une fort désagréable journée.

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