…De porter une veste en cuir ?

Chez ceux qui n'ont plus le physique pour porter le blouson de cuir, la veste permet de maintenir en vie la flamme et la subversion. Illustration Bob London pour M le magazine du Monde

Extrait du Monde.fr, par Marc Beaugé, illustration de Bob London.

LA LANGUE FRANÇAISE étant particulièrement bien faite, ce n’est pas fortuitement que l’expression « prendre une veste », plutôt que celle de « prendre un blouson », s’est imposée au fil du temps pour désigner l’échec d’une tentative de rapprochement. En effet, si ces deux vêtements recouvrent des fonctions relativement similaires, l’image respective qu’ils renvoient s’avère très différente : un blouson de cuir bien porté plaira à de nombreuses filles, une veste de cuir fera souvent office de repoussoir…

Ce différentiel de perception s’inscrit dans l’histoire même des deux pièces. Caractérisé par la présence d’un Zip ainsi que d’élastiques à la taille et aux poignets, le blouson de cuir renvoie à la mythologie rock et suscite un rapprochement spontané avec la bande des blousons noirs et, de fait, une certaine insoumission de jeunesse. La veste de cuir, pourvue de boutons et tombant bas sur les cuisses, ne jouit pas du même statut. Popularisée à la fin des années 1960, à l’époque maudite de la propagation des sous-pulls en acrylique, elle semble être devenue l’apanage des « gros durs », exactement comme la chemise ouverte sur un torse poilu est aujourd’hui celui des « vieux beaux ».

AINSI, LA VESTE EN CUIR est fréquente dans les films sombres impliquant des gangsters et des inspecteurs matures et mal rasés, tels ShaftSnatch ou mêmeUn prophète de Jacques Audiard. Très prisée de la population rock fréquentant les rassemblements de Johnny Hallyday, la veste en cuir – laissée ouverte – est généralement associée à un tee-shirt noir orné d’une tête de husky et d’étoiles scintillantes. Chez ceux qui n’ont plus le physique pour porter le blouson de cuir, la veste permet de maintenir en vie la flamme et la subversion.

D’une certaine façon, c’est cela qui anima longtemps Christophe Hondelatte. Désireux de faire oublier son statut de simple journaliste pour nourrir la noirceur de son personnage et, par là même, la dramaturgie de « Faites entrer l’accusé », celui-ci se plut, pendant des années, à enfiler au terme de l’émission et de son enquête une veste de cuir noir. Dressant son col comme l’on dresserait un procès-verbal, Hondelatte avançait ensuite dans la brume, contribuant à ses dépens à faire éclater une deuxième vérité, stylistique celle-ci. Si l’on a passé l’âge de porter un blouson de cuir, c’est que l’on a passé l’âge de porter le cuir, sous toutes ses formes.

 

 

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