…De s’habiller moulant ?

Si elle se tient sur le papier, la tendance "moulant" n'a aucun sens d'un point de vue purement esthétique, car elle repose sur une croyance farfelue.  Bob London pour M Le magazine du Monde

Extrait de M le magazine du Monde.

Par Marc Beaugé. Illustration Bob London.

Si l’homme moderne a tendance, à bien des égards, à se voir plus grand qu’il n’est, il fait preuve, au moment de se vêtir, d’une curieuse modestie. Se voyant plus petit que la réalité, il opte souvent pour des vêtements trop serrés, le moulant au niveau des épaules, du ventre, des cuisses, de la taille, des biceps et parfois même des chevilles. Ainsi s’inscrit-il, sciemment, dans la tendance que les Anglo-Saxons ont baptisée « slim » (mince) ou « skinny » (émacié).

Au vrai, l’émergence de ce courant stylistique n’est pas véritablement une surprise, pour peu que l’on se souvienne que les années 1980 furent larges d’épaules, et que la décennie suivante fut « baggy ». Moulante et étriquée, l’époque actuelle conforte la loi édictée par le créateur Paul Poiret, au début du XXe siècle, selon laquelle une tendance, poussée à son extrême, annonce toujours la tendance strictement inverse.

Si elle se tient sur le papier, la tendance « moulant » n’a aucun sens d’un point de vue purement esthétique, car elle repose sur une croyance farfelue. Selon un raisonnement proche de celui qui poussa certains footballeurs, au début des années 1990, à opter pour des chaussures trop petites dans l’espoir de mieux sentir le ballon et ainsi de briller techniquement, les hommes s’habillant moulant sont en effet persuadés de se mettre en valeur. Les plus musclés pensent faire ressortir leurs atouts, les plus gros croient cacher leurs défauts et les freluquets se disent, sans doute, qu’il n’y a aucune raison de ne pas en être.

Evidemment, ils se trompent. Car, de la même manière que les footballeurs mal chaussés iront toujours au devant de grandes contrariétés (demandez à Guy Roux : l’un de ses joueurs, le dénommé Christophe Cocard, fut longuement blessé après avoir porté une paire trois tailles trop petite…), les homme coincés dans leurs vêtements dégageront irrémédiablement une impression d’inconfort, donc d’inélégance. Pour les plus épais d’entre eux, le parti pris se révélera même hautement contre-productif. En faisant de leurs vêtements de véritables gaines, ceux-ci souligneront surtout leur surcharge pondérale. Assis, leur pantalon descendra bas sur leurs fesses et leur chemise tirera entre les boutons, révélant l’excès de club-sandwiches. Debout, c’est la veste de leur costume qui les trahira. Fermée, elle plissera au niveau de l’estomac. Mais laissée ouverte, ce sera pire. Car, selon une règle immuable, une veste de costume ouverte ajoute toujours cinq kilos à une silhouette.

Promue, au début des années 2000, par des créateurs comme Raf Simons, Jil Sander ou Hedi Slimane, puis portée par la réhabilitation des jeans à élasthanne et des chemises à pinces de taille, la tendance « moulant » comporte donc autant de défauts que la tendance « baggy ». Au vrai, entre le trop grand et le trop petit, il faut apprendre à connaître sa taille juste. Cela implique, au moment de l’achat en boutique, de ne pas écouter les conseils des vendeurs et de ne plus jamais rentrer son ventre devant le miroir.

Laisser un commentaire