« Des pièces, des cailloux, des boulons ».

Parque RocaExtrait du Journal l’Equipe du 05 avril 2013.

Gilles Moretton, aligné en double lors du premier Argentine-France, en 1982, n’a pas davantage oublié l’ambiance bouillante que les autres acteurs ou observateurs de ce premier tour.

A l’époque, la coupe Davis vivait dans une ambiance aussi feutrée que le gazon de Wimbledon mais connaissait, parfois, selon la destination et toujours loin des caméras, quelques jolies accès de fièvre. Ah, Rome, Asunción, Bucarest…Pour son premier tour sur le continent sud-américain, l’équipe de France de Jean-Paul Loth a eu droit à une rampe de lancement mémorable vers la finale(perdue), de Grenoble, en fin de saison contre les américains…

  • Gilles Moretton (vainqueur du double avec Noah): « Nous étions un groupe commando, refermé sur lui-même pendant la préparation. Avant le match, tout s’était déroulé très sereinement. Dans l’équipe, il n’y avait aucune tension, ce qui ne sera pas le cas quelques mois plus tard, en finale à Grenoble. On était en territoire étranger mais pas hostile. Il faisait beau, les oiseaux, chantaient, le cadre du club était magnifique. Mais dès que les matchs ont commencé la tension et la pression ont été très, très fortes. Je n’avais jamais vu ça. On nous balançait des trucs sur le court. Des pièces, des cailloux, des boulons. On n’a jamais eu vraiment peur physiquement, c’était en extérieur et c’est différent de ce que j’ai pu connaître dans certaines salles de basket (il est aujourd’hui président de l’ASVEL), où on est enfermé. En tout cas cette ambiance correspondait bien au tempérament de Yannick, qui savait se nourrir de ça. Et son match contre Vilas le vendredi avait été un énorme combat. Le lendemain, en double, je  me souviens avoir été à un moment saisi d’angoisse. Quand tu rentres à froid dans une ambiance comme ça…C’est chaud! J’ai dû commettre trois doubles fautes de suite dans un jeu. C’est un truc que tu ne maîtrise pas, qui te tombe dessus. Heureusement j’ai réussi à dissiper ça, aussi grâce à l’aide de Yannick, qui m’avait beaucoup parlé ».

 

  •   Philippe Bouin (reporter pour l’Equipe): » Il faisait une chaleur à crever. C’était la première vraie sélection de Thierry Tulasne. Avant, il avait joué contre le Japon mais là, en Argentine, il gagne un point important contre Cano qui, même si ce n’étais pas un génie, n’était pas facile à battre. A l’époque, on n’avait pas l’habitude en Coupe Davis d’ambiances aussi débridées. Il y avait des chorales de supporters dans ce court qui ressemblait un peu au court numéro 1 circulaire de Roland Garros. Ils étaient tous carrément à la botte de Vilas, qui les faisait chanter, s’arrêter, qui les calmait… Cela dit, Vilas n’a jamais encouragé l’énervement mais le match Vilas-Noah a vraiment été très chaud car Noah a vraiment  secoué Vilas. A cette époque, en Coupe Davis, il y avait une pause à la fin du troisième set. Et là, ils avaient largement arrosé le court pour le ralentir et défavoriser Noah! Je me souviens de Jean-Paul Loth: toujours très officier allemand avec son col de chemise remonter pour abriter sa nuque! Il était un peu écarlate mais le port de tête toujours digne! J’avais eu des emmerdes avec Vilas à cause d’un article. J’avais dicté à la sténo: »Vila, qui commandait au doigt et à l’œil sa marmaille… » mais la sténo avait écrit « sa racaille »! Vilas me l’avait reproché plus tard…A part ça, j’ai été fabuleusement marqué par les steaks argentins! »

 

  • Robert Laurens (kiné de l’équipe de France): « il y a deux rencontres qui restent vivaces dans ma mémoire. Ce match de Buenos Aires en 1982, et celui d’Asunción en 1985. La différence c’est que, en Argentine, on n’en menait pas large dans les tribunes mais qu’à la fin tout s »est bien passé malgré notre victoire alors que, au Paraguay (malgré la défaite), on a fini enfermé dans le vestiaire avec la police pour nous protéger et avec Hervé Duthu (commentateur TV de l’époque) .K.O. sur le carrelage ( il avait reçu un coup de point d’un supporter paraguayen). Mais, oui, c’était chaud en Argentine, à tel point que Vilas, un vrai monsieur que l’on connaissait bien et qui nous avait invités chez lui à manger avant la rencontre, nous avait prêté son garde du corps personnel. Le célèbre catcheur italien Bambi, que l’on voyait partout sur le circuit. Il était avec nous dans les tribunes et on ne le lâchait pas. Pour illustrer l’ambiance il faut savoir que « yann » (Noah), qui a tenu la rencontre à bout de bras, avait passé son temps à recevoir des pièces sur le court et à entendre des : »Negro!Negro!Negro! » scandés par une bonne partie du public! Autre chose amusante, pour le double, Jean-Paul Loth avait le choix entre Pascal Portes et Gilles Moretton. Or le samedi, Portes, sans doute très stressé, avait oublié toutes ses raquettes à l’hôtel. Je le sais, c’est moi qui suis parti les récupérer. »

 

  • Jean-Paul Loth (capitaine): « Après cette rencontre, celle d’Asunción et un ou deux déplacements dans les ex-pays de l’Est, j’avais réussi à tirer une petite règle pour ce type de confrontation. quand vous êtes le meilleur, on vous fout globalement la paix; quand vous êtes dominés, ça va aussi, c’est bonhomme; en revanche si ça s’équilbre et que le match devient plus serré… ça devient l’enfer assuré! ».

 

1982 (Groupe Mondial – Premier tour)
A Buenos Aires [Argentine, Terre battue].- FRANCE b. ARGENTINE, 3 – 2.
Guillermo VILAS (ARG) b. Yannick NOAH (FRA)            6-1 4-6 7-5 3-6 7-5
Thierry TULASNE (FRA) b. Ricardo CANO (ARG)            6-1 6-3 6-2
MORETTON / NOAH (FRA) b. VILAS / GANZABAL (ARG)        6-8 6-3 6-2 6-4
Guillermo VILAS (ARG) b. Thierry TULASNE (FRA)            6-1 6-0 6-1
Yannick NOAH (FRA) b. Ricardo CANO (ARG)                8-6 6-1 8-6

 

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