Dessiner une F1 devant son chevalet

Paul Smith, Dessiner une F1 devant son chevalet

Chronique de Paul Smith, pour Le Monde Sport et Forme du 22 mars 2012.

Un ami qui connaît mieux la Formule 1 que moi me racontait récemment qu’Adrian Newey, le concepteur de la Red Bull de Sebastian Vettel, dessine ses premièresidées de projets sur une feuille de papier A4 à l’aide d’un simple crayon 2B. Cela m’a fait sourire. Ainsi, le plus célèbre ingénieur du sport le plus high-tech du monde travaille debout devant son chevalet, tel un artiste. Peut-être d’ailleurs en est-il un.

La saison de F1 démarre dans quelques jours. La course automobile actuelle n’est plus aussi intéressante à mes yeux qu’elle l’était à l’époque des Graham Hill, Niki Lauda ou James Hunt. J’ai vu le documentaire sorti récemment sur Ayrton Senna et je suis d’accord avec ce qu’il a déclaré peu de temps avant sa mort, àsavoir que ce sport est devenu trop dépendant de l’argent et de la politique. Mais cela ne m’empêche pas d’aimer l’idée d’Adrian Newey devant son chevalet.

Sans l’aide d’aucun ordinateur

Newey est aérodynamicien de formation, et on dit qu’il est capable, sans l’aide d’aucun ordinateur, de se représenter mentalement l’écoulement de l’air autour de la voiture. On ne fait intervenir les ordinateurs qu’après qu’il a défini les caractéristiques fondamentales. Voilà un homme dont je peux comprendre les instincts, même si les principes scientifiques en jeu dépassent de loin ma compréhension.

Bien entendu, j’utilise moi aussi les ordinateurs dans certains de nos processus de design, mais nous continuons à dessiner à la main tous nos vêtements, pour hommes comme pour femmes, et beaucoup de nos tissus imprimés sont réalisés de la même façon. Nous avons trois ou quatre designers qui maîtrisent parfaitement la peinture. Lorsque nous décidons d’ouvrir une nouvelle boutique, il serait facile d’en concevoir l’aménagement intérieur avec un logiciel et un moniteur, et pourtant nous ne procédons pas ainsi. Nous construisons une petite maquette avec du carton et du ruban adhésif, de façon à pouvoir étudier quelque chose de concret, en trois dimensions. Il est alors plus facile de déceler les erreurs – comme de mettre la caisse face à l’entrée ou de placer les portes conduisant aux cabines à un endroit d’où elles sont visibles de la rue.

Prenons aussi l’exemple de la conception des rayures, qui constituent un élément familier de l’identité Paul Smith, notamment dans mes collections pour hommes. Elles sont proposées en différentes combinaisons de couleurs et nous les utilisons pour des tas de choses. Nous les testons à l’aide d’une bande de carton et d’écheveaux de fils de soie que nous enroulons autour du carton pour former les rayures. Cela nous permet de nous faire une idée exacte du rapport entre les couleurs.

L’un des problèmes avec la Formule 1, c’est que tous les nouveaux circuits se ressemblent et qu’ils paraissent tous avoir été dessinés par le même ordinateur. Ils n’ont pas le caractère des circuits historiques comme Spa ou Monaco. Si je devais dessiner un nouveau circuit, je confierais le travail à Adrian Newey et son crayon.

(Traduit de l’anglais par Gilles Berton)

 

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