Dieu aime-t-il le sport ?

Sophia Aram, Dieu aime-t-il le sport ?

Chronique dans le Monde Sport & forme, Par Sophia Aram, humoriste.

A première vue on serait tenté de penser que – s’il existe – Dieu a d’autres choses à foutre que de mobiliser son omnipotence pour aider un footballeur à marquer un but ou encore pour redonner du souffle à un cycliste en bout de course.

Quand on voit les guerres, les enfants qui meurent de faim, le sida, le service public télévisé et la montée du Front national, on serait en droit – à défaut de lui reprocher de s’économiser – de lui demander qu’il s’attache au moins à prioriser ses interventions divines.

Mais rien n’y fait. Pas un match de foot sans qu’un joueur ne lève les yeux au ciel (Didier Drogba n’a pas arrêté mardi soir au Camp Nou), en se signant publiquement ou en embrassant la médaille de la vierge que son pépé lui avait donnée quand il était petit. En même temps, quand on s’appelle Messi, on finit par y croire…

Même si la plupart des joueurs conservent un minimum de lucidité pour miser sur l’entraînement ou sur les adjuvants, ça ne rate pas ; vous avez toujours votre mystique en short, la nuque longue et la barbe de trois jours, qui implore Dieu de l’aider… Mais de l’aider à quoi ? A pousser le ballon entre deux poteaux ? A sauter plus haut que son voisin ? A pédaler plus pour gagner plus ?

FAIR-PLAY ÉLÉMENTAIRE

Sans compter que si vous multipliez ces prières par le nombre de matchs disputés chaque jour sur Terre, vous tenez une explication plausible de la relative incapacité de Dieu à remettre de l’ordre dans les affaires du monde. C’est grave quand même, non ?

Il est donc tout à fait urgent d’interdire ce genre de pratique. Non pas au nom de la laïcité, mais au nom de la survie de l’humanité. Et, si vous ne souscrivez pas à cette hypothèse, vous conviendrez avec moi qu’implorer Dieu pour gagner un match est au minimum inutile et au pire amoral. C’est vrai ça, pourquoi Dieu interviendrait pour l’un et pas pour l’autre ? C’est contraire aux règles les plus élémentaires du fair-play. Comment respecter l’équité, si Dieu s’ingénie à scier les pattes des adversaires et à vous rendre invincible ? Le dopage, à côté, c’est moral.

D’un autre côté, je me dis que, si personne n’a jamais pensé à en interdire la pratique, c’est peut-être parce que la plupart des gens ne croient pas réellement en Dieu. Ou alors ils imaginent qu’il a autre chose à faire.

J’aimerais que l’on interroge la plupart des responsables religieux sur cette question cruciale. A cette occasion, ça leur permettrait de se positionner sur la place du religieux dans la vie de la cité.

A quel moment est-il légitime d’invoquer son Dieu pour essayer de tricher ? Et, si la réponse est « jamais », alors pourquoi n’interviennent-ils pas pour faire cesser ces pratiques ? On pourrait également leur demander si la morale et les règles communes qui régissent le sport prévalent sur la foi ? Parce que, si c’est le cas, j’imagine qu’il serait bien de rappeler ce principe dans tous les domaines de la société.

Enfin, si les responsables religieux pensent que de toute manière cela ne sert à rien de prier ou d’invoquer son Dieu pour gagner une coupe, alors qu’ils nous expliquent pourquoi il n’y aurait que dans le domaine sportif que cela ne sert à rien ?

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