Dix idées reçues sur le golf… et comment les combattre

Extraits du journal Les Echos, par Marie-Sophie Ramspacher.

Après 112 ans d’absence aux JO, le golf réintègre le programme olympique à Rio en 2016, ce qui devrait contribuer à améliorer l’image de ce sport, victime d’idées reçues plutôt persistantes…

 

1/ Ce n’est pas un sport ! FAUX

« Un 18 trous représente au minimum 6 kilomètres de marche et un nombre incalculable de rotations et de lancers. C’est d’autant plus physique si le parcours est semi-vallonné », détaille le docteur Olivier Rouillon, médecin de l’équipe de France de golf. « Il faut alors aligner du souffle, du rythme et de l’endurance pour une dépense minimale de 1.800 calories. » Ce qui n’est pas à la portée du premier citadin non entraîné…

2/ Elitiste ? VRAI et FAUX

En France, seuls 175 parcours (sur 700) sont des clubs privés, parmi lesquels les trois « Saints » (Saint-Cloud, Saint-Nom-la-Bretèche, Saint-Germain) dont les membres appartiennent exclusivement au gotha des affaires et de la politique. Selon les époques se croisaient sur ces greens Jean-Marie Messier (Vivendi), Gérard Pélisson (Accor), Jérôme Seydoux (Pathé) Daniel Bouton (Société Générale), David de Rothschild, André Rousselet (Canal+), Dominique de Villepin, Eric Woerth, etc. Les 525 autres parcours sont publics ou semi-publics, «  construits pour la plupart sur des surfaces foncières publiques, éligibles au subventionnement de l’Etat ou des collectivités territoriales », précise Christophe Muniesa, directeur exécutif de la Fédération française de golf (FFgolf).

3/ Ruineux ? FAUX

Hormis les clubs centenaires cités ci-dessus, dont les droits d’entrée frôlent les 10.000 euros annuels, un abonnement sur un parcours public, offrant le droit de jouer tous les jours sans mettre la main au portefeuille, s’élève en moyenne à 1.000 euros par adulte, 200 pour un enfant. Moins cher qu’une quinzaine de ski…

4/ Loisir de Narcisse ? FAUX

Le challenge consistant à améliorer son index seul face à la petite balle blanche reste indéniablement l’attrait de ce sport, mais il n’est pas le seul : « Le golf est un puissant vecteur de convivialité. Ce sont souvent des amis qui vous initient et vous attirent dans un club, qui devient dès lors un lieu de sociabilisation », observe Dominique Latouche, président de l’Association des radiologues golfeurs. « Pour nombre de professionnels très investis dans leur métier, ce sport est une lucarne sur le monde ne serait-ce qu’à travers les compétitions et les voyages proposés », insiste ce passionné.

5/ Sport de vieux ? VRAI

« Il n’y a aucun facteur limitant la pratique du golf, on peut y jouer jusqu’au terme de son existence, y compris avec une prothèse de hanche ou de l’arthrose », éclaire le docteur Olivier Rouillon, spécialiste des pathologies du golf à l’Hôtel-Dieu à Paris. Une étude scientifique suédoise a même prouvé que ce sport augmente l’espérance de vie de cinq ans : « Sa pratique accroît la proprioception, c’est-à-dire le sens de l’équilibre, et ralentit le vieillissement cérébral, la visualisation d’une ligne de putt stimulant certaines zones du cerveau. » Autre bénéfice notoire, validé par des études internationales entre groupes de population comparables, « le golf réduit sensiblement les risques d’hypertension et de maladies cardio-vasculaires grâce à la pratique régulière de la marche ».

6/ Nocif pour le dos ? FAUX

« Le golf révèle les problèmes de dos en cas de posture défectueuse, mais il n’est pas responsable des usures du temps caractéristiques des bipèdes présentant des disques intervertébraux », répond le docteur Olivier Rouillon. Le golf peut même se pratiquer après une opération du dos, à condition de s’échauffer, de s’entraîner et de ne pas se lancer dans les torsions caractéristiques des grands champions.

7/ Polluant ? VRAI et FAUX

La sévérité des réglementations nationales et européennes en matière de produits phytosanitaires a peu à peu contraint les acteurs de la filière à améliorer leurs pratiques.« Un jardinier sait faire aujourd’hui sans intrants externes, c’est-à-dire avec un impact environnemental proche de zéro », témoigne Yannick Le Hec, surintendant du golf d’Evian, situé au-dessus des zones de captage d’eau minérale. Au bord du lac Léman, outre le choix d’espèces végétales adaptées au climat et aux sols locaux, il travaille avec la vie microbienne : « Lorsque la nature s’autorégule d’elle-même, nos interventions se limitent à traiter en cas de virus à doses homéopathiques. » Tous les golfs cependant ne peuvent s’offrir le nec le plus ultra du gazon «  tellement dense et serré qu’il ne laisse pas de place aux mauvaises herbes, résiste à la pluie et aux amplitudes thermiques ».

8/ Gaspilleur d’eau ? VRAI et FAUX

En 1992, la toute première étude sur la consommation d’eau des golfs menée par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse révélait que les besoins en irrigation se montaient à 36 millions de mètres cubes par an, soit l’équivalent du débit… d’une ville de 500.000 habitants. Il y a quelques mois, la FFgolf a mené une contre-enquête, corrigeant le chiffre à 29 millions de mètres cubes d’eau annuels et confirmant surtout que 90 % des golfs utilisent une eau impropre à la consommation humaine (eaux souterraines, pluviales ou usées…). En vingt ans, les « surarroseurs » ont donc pris des mesures d’économie d’une ressource devenue entre-temps rare et onéreuse.« Outre les systèmes de drainage et d’irrigation performants, il existe aujourd’hui des sondes ultrasensibles pour apprécier l’évapotranspiration et le taux d’humidité des sols, et doser l’arrosage en fonction des prévisions météo locales  », détaille Yannick Le Hec. Investir dans des installations performantes permettrait, selon lui, de réduire la dépense en eau de 20 à 30 %.

9/ Onéreux pour la collectivité ? VRAI et FAUX

« L’investissement à forte valeur ajoutée peut être long à amortir financièrement, d’autant que le budget d’exploitation d’un 18 trous tourne autour de 1.200.000 euros par an », approuve Christophe Muniesa qui pondère toutefois son discours en soulignant le rôle moteur d’un golf pour l’économie locale, générateur de taxe professionnelle et d’emplois. Ce type d’installation permet par ailleurs aux communes de valoriser des espaces inconstructibles : zones inondables, friches industrielles, anciennes décharges, bases militaires désaffectées, etc., en entraînant une belle valorisation des habitations avoisinantes.

10/ Cause de divorce ? VRAI

L’addiction au golf – qui n’a fait l’objet d’aucune étude sérieuse – est telle qu’elle doit être impérativement partagée dans le couple… Un parcours dure quatre heures, à cela s’ajoute les temps de trajet et d’échauffement, l’incontournable bière entre amis pour commenter l’exploit, bref l’absence s’élève à 6 heures consécutives, ce qui conduit d’ailleurs nombre de pères à jouer dès potron-minet le dimanche matin afin de ne pas (trop) empiéter sur la vie de famille…

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