D’où vient… Andy Garcia?

Andy Garcia

Extrait du magazine Géo, par Gille Luneau.

Son regard peut passer du noir velours à la haine intense. Sa présence crève l’écran. On l’imagine en latin lover aussi bavard que séducteur, en fait, Andrés Arturo Garcia Menéndez reste discret et mutique sur sa vie personnelle. a l’image de beaucoup de ses rôles: un taiseux. Ces silences, on les retrouve dans l’histoire du bambin cubain de cinq ans débarquant en 1961, apeuré, à Miami, dans l’angoisse de l’exil politique et précipité de ses parents.
Le couple fuit le régime de Fidel Castro. Le père, René, juriste, la mère, Amélie, professeur, occupaient une place enviable dans la société havanaise. Ils doivent apprendre à vivre d’expédients. Certes la mère enseignait l’anglais, certes Miami est peuplée de Cubains, mais quand on a cinq ans, cerné par d’autres codes sociaux, d’autres paysages, l’exil a des allures de prison. Les railleries de cour d’école ont tôt fait de vous isoler. On se tait par survie.
Pendant quelques années, le basket offre à Andy Garcia un refuge: il s’entraîne beaucoup mais rentre sagement avant 20 heures ou passe par la boutique de parfumerie paternelle. Mais son rêve s’écroule. Une mononucléose, un début d’hépatite, une croissance écourtée, une maturité avancée. Il doit renoncer au sport mais la famille est là pour le soutenir. Lui si effacé, presque taciturne, se tourne vers les mots du théâtre de la Florida International University. Il prend goût à la scène où on n’est jamais si bien caché que par un personnage.

A la fin des années 1970, avec Marivi, son amoureuse depuis le collège, elle aussi d’origine cubaine, ils traversent le pays direction Los Angeles, une ville dont le nom sonne dans la langue familiale. Les tables de brasserie à desservir le jour, les planches de microscènes à faire vibrer la nuit…De cachetons en bouts d’essais, il tourne un épisode de série télé, obtient de petits rôles au cinéma, puis se fait remarquer dans 8 Millions de façons de mourir (1986) et un été pourri. De grands seconds rôles, comme dans « Le Parrain 3 », en rôles titres tels « Pour l’amour d’une femme » ou « Affaires privées » lui donnent une notoriété internationale, le plus souvent dans le costume d’un truand ou d’un policier. La caméra coupée, Andy Garcia fuit les honneurs, les médias. Holywood lui cherche une aventure extraconjugale. Il ne joue pas l’émigré qui réussit au pays de l’oncle Sam. Il demeure un exilé dont la discrétion est la première des protections. Il reste fidèle à la foi catholique de son île natale, affirme être contre l’avortement mais s’empresse de préciser que cela relève de la sphère privée et non pas du gouvernement, il sort de sa réserve quand le métier en demande trop-il refuse de tourner des scènes dénudées et de signer pour des tournages l’éloignant trop longtemps de sa famille et de son havre caché dans la San Fernando Valley, avec Marivi et leurs quatre enfants, trois filles et un garçon.

Sa famille, c’est sa bouée, un pan de culture, une musique personnelle. On le comprend dans les deux films qu’Andy a signés comme réalisateur. Un documentaire, en 1993, sur le grand contrebassiste et compositeur cubain Israël Cachao Lopez, créateur, avec son frère du mambo. L’Amérique découvre alors un Andy Garcia musicien suffisamment talentueux pour joueur du piano dans l’orchestre du maestro et enregistrer deux fois avec lui. On retrouve ce penchant dans les chansons qu’Andy compose, notamment pour la bande originale de « La Disparition de Garcia Lorca » (1996). Pour le premier long métrage qu’il dirige, « Adieu Cuba », Garcia installe une famille-la sienne?-dans la tourmente de la révolution cubaine, en 1958. Deux films qui parlent de son âme, blessée par deux dictatures, Batista et Castro.

 

 

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