Election libre, par Christophe Ono-dit Biot

Extrait de The Red Bulletin, par Christophe Ono-dit Biot.

Mais pourquoi dépensent-ils tant d’énergie pour le conquérir? il est temps de se pencher sur la question…

Joseph Kessel disait: » On peut toujours plus que ce l’on croit pouvoir ». Leçon à méditer en ces temps présidentiels, où le plus beau verbe de la langue française  » pouvoir », devient un simple nom LE pouvoir ». Un simple nom, certes, mais pour dire le plus désirable des biens pour ces candidats qui mettent toute leur énergie dans sa conquête, au lieu d’aller tranquillement pêcher à la mouche, percer les derniers secrets de la physique quantique, apprendre à faire un risotto correct, ou encore essayer de séduire Lady Gaga via Twitter…

Le pouvoir, donc, mais le pouvoir de quoi? chez les anciens, au moins, c’était clair. Dans la mythologie, par exemple, il y a un bonhomme que j’adore. Ni un dieu, ni un homme, mais un Titan. Il s’appelle Prométhée et dérobe le feu aux dieux pour l’offrir aux hommes. Avec le feu, il donne aux hommes le pouvoir. Concrètement, c’est le pouvoir de faire. De faire cuire, de faire fondre, de faire la guerre, ou de faire l’amour au coin du feu.

Quelque chose de concret. Pas pour rien que « pragmatisme » vient du grec.

Les dieux,d’ailleurs, n’ont pas pardonné. ils ont condamné Prométhée à être enchaîné nu sur le Caucase et à se faire, chaque matin, dévorer le foie par un aigle. Le foie repoussait pendant la nuit pour que le supplice puisse continuer éternellement. Belle image du sacrifice politique: c’est ce qu’on appelle donner ses tripes pour le bien du peuple…

Mais voilà, depuis qu’on a tourné la page antique, on se déchire pour le pouvoir sans savoir ce qu’il recouvre, concrètement. A tel point que les hommes qui pensent avoir le pouvoir ont dû inventer des objets pour faire savoir aux autres qu’ils ont le pouvoir. Sceptres, couronnes, trônes… Autant de symboles, autant d’accessoires, autant de « hochets » pour faire savoir le pouvoir. Même en démocratie.

L’Elysée, après tout, est un palais, n’est-ce pas? Et ne compare-t-on pas très souvent nos présidents à des monarques?

Le charme supplémentaire de la démocratie, par rapport à la monarchie, c’est que le pouvoir s’obtient par la séduction. On n’en hérite pas, il faut se faire élire. C’est-à-dire se faire aimer plus que le autres. Les gens ne veulent pas être égaux: ils veulent être préférés. Avez-vous suivi une présidentielle? Je l’ai fait en 2007. C’est romanesque comme tout. En hélicoptère au-dessus de l’océan émeraude de la forêt amazonienne, à pied dans le décor de la dalle d’Argenteuil, en voiture avec sirènes hurlantes à New York, en train corail au Havre, à cheval en tenue de cow-boy en Camargue, et même en pirogue sur les eaux molles du fleuve Maroni, les candidats ne ménagent pas ni leurs effets ni leurs effort. Un seul objectif: susciter l’amour chez le peuple.

En électrisant sa circulation sanguine par des phrases bien senties pendant les meetings scénarisés comme une longue drague, c’est-à-dire en le touchant par des mots, mais surtout en le touchant physiquement.

J’ai connu un candidat qui, lorsqu’il traversait une ville, en pleine campagne présidentielle, se ruait dans le boutiques, une par une, et empoignait, sans qu’ils n’aient le temps de s’en rendre compte, la main des commerçants. Il la gardait ensuite très longtemps dans la sienne, à tel point que le commerçant, s’il voulait la récupérer, sa main, était obligé d’être très gentil avec le candidat et de dire à la caméra qu’il allait forcément gagner. C’était presque un braquage. Un braquage épidermique.

On rapproche souvent les vertiges du pouvoir de ceux du sexe. « Le pouvoir est l’aphrodisiaque suprême », disait déjà Henry Kissinger, tandis que le grand timonier Mao Zedong répliquait à son médecin, quand celui-ci lui conseillait de se laver les parties génitales pour éviter les maladies: « je me nettoie dans le corps des femmes. » On souligne aussi très souvent l’addiction sexuelle de nos leaders politiques: il ne faut pas les excuser, loin de moi cette idée, mais il faut tenter de les comprendre. Quand vous savez que votre destin dépend de l’amour que vous aller susciter chez l’électeur, il faut constamment le vérifier cet amour. Et quelle meilleure preuve, pour le vérifier, que de le faire? Pouvoir, n’est-ce pas d’abord un verbe?

 

 

 

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