Eloge de l’imperfection

PHOTOGRAPHIE – Et si une belle photo était une photo ratée ? C’est la conviction des milliers d’adeptes des Lomo, petits appareils argentiques bas de gamme. Une communauté active et grandissante.

Catherine Maliszewski . Extrait de M le Magazine du Monde

Dans le combat des Anciens contre les Modernes, demandez Lomo. Une marque d’appareils photo argentiques née en Union soviétique au début des années 1960 et rachetée par des étudiants autrichiens au début des années 1990. Des produits pas chers à la technique rudimentaire : boîtier en plastique premier prix, optique bas de gamme, obturateur et viseur défaillants… Pour obtenir des photographies à l’esthétique rétro et surtout aléatoire, avec défauts de cadrage, superpositions d’image,  » vignettage  » -(bords sombres) et, pour certains modèles, un effet déformant  » fish eye  » ! Une pratique décalée et qui plaît : en témoignent le million d’inscrits sur le site Web lomography.com et ses 17 0000 participants réguliers, qui échangent en ligne leurs impressions et leurs visuels. En atteste aussi la déferlante d’applications pour smartphone – Hipstamatic par exemple – qui vous transforment un concentré de technologie numérique permettant de prendre un cliché impeccable en appareil photo bas de gamme. Preuve en est enfin le lancement de sa LomoKino Super 35 Movie Maker, une caméra grâce à laquelle on peut réaliser ses propres courts-métrages en tournant une simple manivelle. Le principe :  » Après les effets spéciaux aux coûts exorbitants et les superproductions des studios de cinéma hollywoodiens, nous vous donnons la chance de retourner aux racines de la réalisation de films. «  Avec ce nouvel outil, le  » club des lomographes  » va encore se régaler.

Comment expliquer cet engouement rétrograde ?  » C’est la gloire de l’accident, la beauté du spontané, explique l’artiste photographe Patrick Bailly-Maître-Grand, expert des daguerréotypes. J’ai vu apparaître ces adeptes du Lomo il y a environ cinq ans. Naturellement, cela n’a rien à voir avec le vrai travail sur l’argentique, quand bien même le phénomène surfe sur cette vague. Mais philosophiquement, l’idée est belle : attraper les aléas. De manière encore plus radicale, il y a les sténopés : un trou dans une boîte sombre, du papier pellicule photosensible. Il y a déjà, là, la possibilité de faire une photo ! « Reste que, pour les pratiquants, c’est aussi se donner l’impression de faire des images arty avec facilité. Cela relève plus de l’amusement que de l’art…  » Et surtout du désir d’en revenir au réel, poursuit Patrick Bailly-Maître-Grand. Un rappel à l’ordre : malgré le numérique, la perfection n’est pas de ce monde. « 

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