En séminaire, il faut savoir mouiller le maillot !

Passage obligé dans une vie de cadre, le week-end de team building est d’abord l’occasion de découvrir la face cachée de ses collègues.

Après un déjeuner « de remotivation » et le discours liminaire du PDG, la session de travail démarre ce vendredi après-midi de séminaire par la présentation de Michel Gauthier, le responsable des achats : une heure sur les avantages comparés de l’externalisation des archives. L’intérêt tout relatif du sujet, la voix fluette de Gauthier et son débit monocorde créent les conditions idéales d’une somnolence postdéjeuner. Le PDG a beau manifester quelques signes d’impatience, Gauthier prend toute l’heure qui lui était impartie et conclut dans un silence de mort par le traditionnel « Vous avez des questions ? » Personne ne s’est manifesté.

Vient le tour de Le Guilloux. Parfaitement rompu à la technique du faire-valoir, le directeur des ventes avait insisté pour passer après Gauthier. Sa présentation s’intitule « Plus, plus vite, moins cher » et se veut totalement multimédia. Le show Le Guilloux s’ouvre sur Eye of the Tiger, la BO de Rocky III, ce qui n’a pas manqué de réveiller en sursaut les endormis du fond de la salle. En bas de l’écran s’affiche la signature « Alain Le Guilloux, Chief Sales Officer ».

Le Guilloux déploie une double stratégie :

1. Assommer l’auditoire de chiffres flatteurs au fil des slides, genre « Je suis le meilleur et les résultats parlent pour moi » ;

2. Débiter un maximum d’abréviations anglo-saxonnes sans les expliquer. Le stagiaire du service qui a entièrement réalisé la présentation s’est vu confier la tâche de truffer le PowerPoint de P&L, CRM, ERP, POS, ARPU et VAT -pour la bonne vieille TVA.

Au bout d’une heure, tonnerre d’applaudissements. Les questions -légitimes -du directeur financier qui tente de se faire expliquer quelques raccourcis comptables sont évacuées par Le Guilloux sur le mode « Laisse-moi vendre et faire vivre cette boîte, occupe-toi du reste ».

A 17 heures tapantes, tout le comité de direction se retrouve au spa de l’hôtel. Il faut les voir en claquettes et peignoir blanc -un look de secte -, déambuler de bassin en bassin… Fait marquant de ce team building aquatique : la vision de Gauthier, vêtu d’un maillot de bain bleu électrique, à la limite du string, qui ne masquait presque rien de sa chétive anatomie.

La soirée est marquée par un karaoké mémorable. Et par le petit jeu de Le Guilloux qui s’évertue à approvisionner continuellement Gauthier en alcool fort, de sorte que ce dernier perd toute inhibition quand vient son tour de chanter : son interprétation de L’Aigle noir de Barbara est une épreuve pour tous.

Le samedi matin, exit les tailleurs et costumes. La mise s’est relâchée, à deux exceptions près : Odette, la responsable de la formation, arbore un total look fashionista (talons de 12, sarouel et top outrageusement décolleté) et Lopez qui, sous prétexte que la nature l’entoure, a revêtu sa panoplie de chasseur, whipcord et loden kaki. Gauthier, les joues et les yeux rougis, se fait tout petit au fond de la salle. Pour beaucoup, il restera une révélation de ce séminaire : Gauthier, c’est Michel Blanc dans Les Bronzés et plus jamais personne ne le considérera autrement.

Extrait des échos magazine

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