Gibraltar

Synopsis:

« Toujours mentir. Jamais trahir. »
Afin de mettre sa famille à l’abri du besoin, Marc Duval, un français expatrié à Gibraltar, devient agent d’infiltration pour le compte des douanes françaises.
De petits trafics en cargaisons troubles, il gagne progressivement la confiance de Claudio Lanfredi, un puissant importateur de cocaïne associé aux cartels Colombiens. Cette immersion en eau profonde dans l’univers des narcotrafiquants lui fait courir des risques de plus en plus importants. Mais à mesure que Marc gravit les échelons du cartel, il découvre aussi le luxe et l’argent facile… En permanence sur le fil du rasoir, seuls ses mensonges le maintiennent encore en vie. Lorsque les douanes anglaises rentrent dans la partie pour arrêter Lanfredi, le jeu devient encore plus dangereux et sa famille risque d’en payer le prix.

Critique:

Journal Le Monde par Sandrine Marques.

Gilles Lellouche et Tahar Rahim dans un terrifiant engrenage

Adapté du livre de Marc Fiévet, L’Aviseur – terme qui désigne les informateurs au service des douanes –, le troisième film de Julien Leclercq se base sur une histoire vraie. Le film relate le terrifiant engrenage dans lequel tombe Marc Duval (Gilles Lellouche), un expatrié français à Gibraltar, possession britannique à la pointe de l’Espagne (comme on nous le rappelle, de manière un peu trop pédagogique, dans les premiers plans du film). Pour faire face à ses traites impayées qui s’accumulent et garantir un confort matériel à sa famille, Marc accepte la proposition de Redjani Belimane (Tahar Rahim), un agent des douanes françaises.

Sa mission ? Surveiller les clients suspects qui fréquentent son bar et fournir aux douanes tous les renseignements susceptibles de permettre l’arrestation des trafiquants de drogue. Duval se verra reverser 10 % du montant global de la cargaison saisie. Et parce qu’on lui fait « une proposition qu’il ne peut pas refuser », le père de famille se lance à corps perdu dans l’aventure.

Peu à peu, s’enhardissant, il va convoyer de la drogue entre l’Espagne et le Maroc, jouant sur plusieurs tableaux à la fois. Ses différents trafics valent à sa famille d’être directement menacée. Mais ayant gagné la confiance de Claudio Lanfredi (Riccardo Scamarcio), un puissant narcotrafiquant, Marc et ses proches se retrouvent sous sa protection, tandis qu’il poursuit, en sous-main, son travail périlleux d’information, auprès des douanes de son pays.

Tahar Rahim dans le film français de Julien Leclercq, "Gibraltar".

UNE RECONSTITUTION PRÉCISE MAIS SANS PESANTEURS

Ce qui frappe d’emblée dans ce thriller international, ce sont ses qualités esthétiques. Tranchant avec les codes visuels propres aux films hexagonaux, situés dans l’administration française, le réalisateur évacue les images aux teintes bleues, grises, délavées qui accompagnent habituellement la représentation de ces décors ternes et déshumanisés. En optant pour des tons chauds, des séquences très ramassées et une narration sans fioriture, émaillée d’ellipses, le film gagne en rythme et en efficacité.

A mesure que Duval traite avec les uns et les autres, le danger se rapproche. Le réalisateur rend cette tension palpable et mène habilement son personnage jusqu’au point de non-retour. Situé en 1987, sous la présidence de François Mitterrand, le film est marqué intelligemment par l’époque, grâce à une reconstitution précise mais sans pesanteurs. Il donne à voir aussi les coulisses passionnantes des douanes françaises qui organisent leur communication, en médiatisant d’importantes saisies de drogue, montées de toutes pièces. Intéressante aussi la concurrence entre les différents services douaniers qui oblige le héros à être de plus en plus stratège, avant de se faire piéger à son tour.

Plutôt bien écrits, les deux principaux protagonistes, interprétés par Rahim et Lellouche, échappent à la caricature, ce qui n’est malheureusement pas le cas de personnages secondaires. Parfois un peu raide dans ses enchaînements, ce film très documenté (et c’est là sa plus grande qualité) confirme qu’il est possible aujourd’hui en France de mettre au diapason forme et propos, avec une certaine habileté et malgré quelques maladresses.

 

Ma note : 14/20.

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