L’E-management, cauchemar prémonitoire de Le Guilloux

Les nouveaux outils de gestion numérique du personnel ou le calvaire du responsable des ventes au lendemain des fêtes.

 

En ce 4 janvier 2020, l’entreprise s’apprêtait à vivre un événement majeur : le départ de Le Guilloux, son historique responsable des ventes. A 71 ans, il était encore loin de l’âge légal de la retraite mais, avait-il décidé, il tenterait sa chance en tant que vendeur senior freelance sur la Google MarketPlace pour faire la jointure.

L’idée d’un départ anticipé a longuement mûri dans l’esprit de Le Guilloux. Le premier déclencheur a eu lieu en 2017, année de l’adoption de Google Management  comme outil de gestion intégrée de l’entreprise. Ce service gratuit, destiné à « réinventer les fonctions RH, administratives, commerciales  et financières » disait l’argumentaire promotionnel, calculait en temps réel la mesure de l’efficacité pour chacun des salariés, y compris des membres du Codir. Rentabilité nette de l’heure de travail, indicateur individuel de création de valeur (IICV), émission de CO2 par employé, temps de réponse aux messages entrants, indice de bonne humeur…les innombrables statistiques générées par Google Management  étaient visibles de tous sur Internet, y compris des boîtes concurrentes et des actionnaires, ce qui avait passablement agacé Le Guilloux.

Mais  c’est la fonction GPS de Google Management  (on peut visualiser instantanément la position de chacun des collaborateurs de l’entreprise sur une carte du monde) que Le Guilloux n’a pas digérée : en moins de 6 mois, il a eu droit à 5 « alertes bistrot », comme on les appelle désormais, dont, critère aggravant, 2 à l’heure de l’apéritif. Forcément ça fait jaser sur l’extranet collaboratif. Ainsi, 12 de ses collègues ont-ils cliqué sur le lien « Voter pour le remplacement de ce salarié » et 5 d’entre eux-y compris Sanchez, le patron du marketing-ont activé la fonctionnalité « Recherchez un profil plus adapté sur Google Jobs », le service en ligne gratuit qui venait de remplacer Pôle emploi.

Par-dessus tout, Le Guilloux, a mal supporté le « management désintermédié » que Raymond Woo, le « PDG autonome » élu en ligne sur Google Shareholder, a instauré en 2019. Passé par HEC Guangzhou et la Grozny School of Management, Ray gère seul une trentaine de grosses PME européennes  avec 2 principes directeurs :

Principe n°1 : « Le chien maigre court plus vite ».

Le Guillou qui a tendance à la note de frais et à l’embonpoint se sentait plutôt loin de ce concept.

Ce qui n’a pas manqué de l’inquiéter.

Principe n°2 : « Everyone can be the boss ». Là, Le Guilloux s’estimait plus en harmonie, car il lorgnait depuis un certain temps sur le poste de DG. Il a compris plus tard que le précepte s’appliquait également aux petits jeunes de son équipe et que ça lui avait coûté sa place…

C’est à ce moment  précis que Le Guilloux se réveilla brusquement de sa sieste digestive. Il ouvrit les yeux et vérifia la date sur son ordinateur : 4 janvier 2010. Une page de recherche Google était affichée à l’écran…

Extrait des échos magazine

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