La bague de Patricia Petibon

Extrait de M le magazine du Monde, propos recueillis par Mariana Reali.

La soprano Patricia Petibon, à l’affiche du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence dans Les Noces de Figaro, est une voyageuse fascinée par l’histoire des grands navigateurs. Ils lui ont inspiré Nouveau Monde, un album de musique baroque anglaise, espagnole et sud-américaine, à paraître en octobre. De Vienne à Milan, de Salzbourg à Tokyo, Patricia Petibon ne se sépare jamais de la bague de son arrière-grand-mère.

« Je voyage beaucoup. Aussi bien physiquement qu’intellectuellement. Monter sur scène est une façon de voyager dans le sens où, le temps d’une représentation, on s’extrait du monde réel. L’objet que j’emporte toujours lors de mes périples et représentations est une bague ancienne qui me vient de mon arrière-grand-mère. Elle est décédée à l’âge de 100 ans. J’en avais 18. Je porte très peu de bijoux mais, en voyage, j’ai toujours cette bague sur moi. Elle me renvoie à mes racines, elle me lie à mes ancêtres, aux personnes que j’ai aimées et qui ne sont plus là, à ma famille qui m’a donné de l’amour et le goût de la musique. Elle est imprégnée de leurs âmes. Et ce sont de bonnes âmes.

Je crois beaucoup en ces choses. Je n’irais jamais, par exemple, acheter un bijou ancien chez un antiquaire, un bijou qui aurait appartenu à quelqu’un dont je ne connais pas l’histoire. Lorsque l’on voyage souvent, on est déraciné, loin des êtres chers, des lieux familiers… L’éloignement apporte du recul sur la vie mais aussi, parfois, un sentiment de solitude. Hors de notre cocon, on accorde une valeur très différente aux objets. Je fais extrêmement attention à cette bague, elle est comme la clé d’un coffre-fort. Elle est la clé de moi-même. »

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