La deuxième vie des malls

Le Mall de Cleveland

Le centre commercial américain, lieu d’expression citoyenne ? Victimes de la crise, ces temples de la consommation sont en pleine reconversion.

Par Louise Couvelaire, extrait de M le magazine du Monde.

Dans la ville de Voorhees, dans le New Jersey, la mairie a déménagé. Désormais, pour accéder aux services publics, les habitants se rendent… au mall ! C’est dans ce centre commercial géant de 105 000 m2 que se sont installés il y a quelques mois les fonctionnaires locaux. Construit dans les années 1970, l’Echelon Mall était déserté. En 2005, 75 % des espaces commer-ciaux étaient vacants. Si bien que la municipalité a dû trouver une solution de rechange. Fini le mall, voici le Town Center. Une partie de la galerie marchande a été démolie pour faire place à une allée en plein air bordée de restaurants et de petites échoppes, agrémentée de bancs et de fontaines. Des écoles d’esthéticiennes et d’infirmières y ont aussi trouvé refuge. L’immense parking a été partiellement remplacé par des résidences privées ou des bureaux. Pour la première fois, Voorhees a un véritable centre-ville.

Aux quatre coins des Etats-Unis, les centres commerciaux tirent leur révérence.  D’après mes estimations, sur les 11 000 centres existants, un tiers sont morts ou en train de mourir,assure Ellen Dunham-Jones, professeure d’architecture à l’Institut de technologie de Géorgie (Georgia Tech). Aucun nouveau mall n’a été construit depuis 2006. La faute à Internet et son offre de shopping en ligne et à la crise  qui a accéléré le phénomène , souligne-t-elle.

La faute, aussi, aux consommateurs qui en ont soupé de ces centres commerciaux king size consacrés au shopping et à la restauration rapide. Cette désaffection met les municipalités dans l’embarras. Toutes n’ont pas les moyens de les démolir ni de convertir ces surfaces commerciales qui occupent souvent plus de 50 000 m2. Alors, certains recourent au système D. Comme à Cleveland, dans l’Ohio où la Galleria at Erieview ne compte plus qu’une poignée d’enseignes. Dans les années 1980, elle en abritait plus de cinquante. Au bord de la fermeture, elle s’est muée en  Lifestyle center . Elle abrite un potager couvert, un marché de fruits et légumes, un centre d’échanges sur l’agriculture locale, des salles pour les mariages ou les parties d’échecs.  C’est une bonne chose finalement, estime Vicky Poole, directrice du marketing de la Galleria. Cela nous pousse à être créatifs et à diversifier les lieux. Certains accueillent des écoles, des cabinets médicaux, des bibliothèques voire des églises. Si plusieurs dizaines de points de vente ont dû fermer, d’autres, en revanche, profitent de cette transformation. Comme l’enseigne Jump Street, qui installe ses trampolines géants dans ces nouveaux lieux.  Il est temps de donner aux banlieues américaines de vrais centres de vie, conclut Ellen Dunham-Jones. Un peu à l’européenne. 

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