La griffe du chat, Gastón Gaudio

Gastón Gaudio

 

Extrait de l’Equipe magazine, par Florent Torchut.

Lorsque le vainqueur de Roland Garros 2004 décroche son téléphone, il semble surpris qu’on ne l’ait pas oublié de l’autre côté de l’atlantique. On retrouve « El Gato » (le Chat), barbe de trois jours et cheveux en bataille laissant apparaître une dreadlock sur l’épaule, au Vilas Club. Comme un symbole, puisque, en revenant de nulle part dans cette finale 100% argentine restée dans toutes les mémoires, il s’est installé au côté de son illustre compatriote au panthéon du tennis mondial. Ce 6 juin 2004, face à Guillermo Coria, Gaudio s’incline 6-0 dans le premier set, sauve deux balles de match dans le cinquième, avant de s’imposer à l’arraché 8-6 dans la dernière manche, imitant ainsi l’Allemand Gottfried Von Cramm, dernier joueur à avoir sauvé une balle de match pour remporter un Grand Chelem, dans ce même tournoi…en 1936.

« Cette victoire a énormément changé ma vie. Quand tu commences le tennis, tu rêves de gagner Roland Garros, qui a un « charme » (en français dans le texte) particluier. C’était mon plus grand rêve et je l’ai réalisé. C’est une récompense de la vie pour tous les efforts consentis pendant des années ».

Après avoir gravi ce Everest, il remporte cinq ATP 250 Series et un 500 Series en 2005, avant le néant…Petit à petit, il s’est enfoncé dans les profondeurs du classement ATP, dans un relatif anonymat qui lui convient mieux. « Pessimiste, trop exigeant envers lui-même et hypersensible », comme il se définit lui-même, il a alors du mal à gérer cette notoriété naissante. il confesse aujourd’hui en être parfois arrivé à « détester le tennis » et avoue » ne pas repenser plus que ça à cette finale. C’est surtout les gens qui me le rappellent chaque fois que je les croise dans la rue. »

Après avoir définitivement tiré un trait sur sa carrière, le 31 août 2011, Gastón Gaudio décompresse; « Je me suis reposé, j’ai beaucoup voyagé et fait du snowboard: bref tout ce que je n’ai pas pu faire quand je jouais an tennis! » Au bout de six mois d’errance, il ressent le besoin de « se trouver de nouveaux objectifs ». Gaudio prend donc des cours de photographie, avant d’exposer une partie de ses œuvres dans un bar VIP du quartier chic de Palermo, au bord du Rio de la Plata.

« Je fais ça pour m’amuser. J’ai installé une chambre noire chez moi pour développer les photos de mon appareil argentique. J’ai fait une série en noir et blanc sur les sans-abris, dont les clichés ont été diffusés un peu partout dans le monde. En passant au numérique, j’aurais l’impression de trahir l’esprit de la photographie avec les ordinateurs et les logiciels de retouche. J’apprécie quand les choses apparaissent telles qu’elles sont. Avec un numérique, tu prends 1500 photos et tu en choisis une…En argentique, chaque photo a son importance. ».

Sa nouvelle passion ne l’empêche pas de garder un pied dans l’univers de la petite balle jaune. « Je suis associé avec Mariano Zabaleta (ancien joueur professionnel, actuellement vice-capitaine de l’équipe argentine de Coupe Davis). On organise des matchs-exhibitions, notamment un duel entre Andy Roddick et Juan Martin Del Potro, à Punta del Este (station balnéaire huppée de la côte uruguayenne), en janvier 2013. L’an dernier, « Guga » (Kuerten) était venu jouer contre Del Potro. Il y avait aussi Fernando Gonzalez et moi. Le plus dur, c’est de trouver des sponsors pour faire venir les joueurs, parce qu’ils coûtent cher. » Sa boîte s’appelle Aynaoui, un clin d’œil au joueur marocain younès El-Aynaoui. « C’est un ami à nous, surtout de Mariano, et le nom nous plaisait ».

Gaudio vient de jouer son propre rôle dans la telenovela Los graduados (les Diplômés), à la demande d’un ami producteur; « Je voulais essayer, ça s’est révélé amusant. On a filmé trois, quatre scènes en deux jours. Mon ami était plutôt content: il a battu tous les records d’audience avec cet épisode. » Comme un après-midi de juin 2004, quand deux argentins « ont paralysé le pays ».

 

 

 

 

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