La raquette de… Gaël Monfils & Co

Extrait de l’Equipe, par Romain Lefebvre.

Octobre 2008. A la veille de son premier match à Bercy, Gaël Monfils dévoile sa nouvelle raquette dans un hôtel parisien. En contrat jusqu’alors avec Head, il jouait avec la célèbre Prestige, un modèle historique de la marque, utilisé depuis sa création en 1987 par les plus fines gâchettes du cicuit (Ivanisevic, Leconte, Muster, Kuerten, Safin…). Contre monnaie sonnante et trébuchante-mais aussi « pour gagner en puissance surtout côté revers« , assure-t-il alors-, le français opte pour une Prince.

Septembre 2012. Après quatre mois hors circuit, Monfils atteint les demi-finales à Metz (la semaine dernière) armé d’un nouvel outil. A Prince, en grosse difficulté financière au point de ne plus pouvoir payer ses joueurs sous contrat, succède la marque Wilson. Trois raquettes, aussi différentes les unes des autres, en quatre ans: c’est du jamais-vu sur le circuit, de mémoire d’experts que nous avons interrogés.

Car pour tout joueur de tennis professionnel, « la raquette est le prolongement du bras« . Dans le rapport intime qu’il entretient avec son instrument de travail, tout est affaire de sensations. Prise en main, poids, équilibre, pénétration dans l’air, autant de paramètres ultraprécis qui cheminent depuis le bout des doigts jusqu’à l’épicentre du cerveau. Que l’un d’eux soit modifié d’un iota et la mécanique du champion s’en trouve aussitôt déréglée.

C’est ainsi que la plupart des pros sont réfractaires à toute transformation de leur stradivarius. Certains exigent même, à la signature du contrat qui les lie à une marque, que le modèle choisi ne soit pas modifié durant toute la durée de ce partenariat. C’est le cas d’Andy Murray. Même une touche de couleur purement cosmétique, et n’ayant aucune incidence sur le rendement de son matériel, ne serait pas toléré par le champion olympique habitué au tout-orange. Une clause qui s’avère parfois incompatible avec la statégie commerciale des fabricants, toujours en quête d’innovations pour renouveler le marché.

Fabrice Santoro, lorsqu’il était sur le circuit, n’a pas toujours facilité la tâche de son équipementier: plus le cadre qu’il utilisait était éprouvé, meilleures étaient ses sensations. Il pouvait ainsi utiliser le même pendant trois ans, alors que la plupart de ses confrères renouvellent leur stock plusieurs fois par saison. « Je n’ai joué qu’avec deux modèles (une Dunlop et une Head) en tout et pour tout dans ma carrière, confie-t-il. Peut-être parce que j’étais un joueur de toucher, le passage d’une raquette à une autre était un changement trop important pour moi. »

Outre des motivations contractuelles, le fait que Monfils ait effectué ses deux conversions après de longues mises à l’écart du circuit n’est sûrement pas un hasard. Le temps, c’est bien souvent ce qui manque à tout joueur pro désireux d’adopter une nouvelle arme de guerre. Les quelques semaines d’intersaison ne suffisent pas toujours à prendre des marques indélébiles. Ainsi, début 2009, quand Novak Djokovic, tenant du titre à l’Open d’Australie, était passé de chez Wilson à Head, l’ancien joueur Tim Henman s’était étonné d’une telle décision: « Il a clairement pris une décision financière. Mais c’est risqué quand il s’agit de défendre un titre du Grand Chelem. Une raquette, c’est tellement personnel. S’y habituer, ça demande du temps, qu’il n’a pas eu. Ca peut semer le doute dans la tête et ajouter de la pression supplémentaire. » Les résultats immédiats de « Djoko » n’ont pas fait mentir le Britannique, mais la suite a donné raison au futur numéro 1 mondial…

 

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