La raquette de …Nicolas Mahut

Extrait du journal Le Monde, par Romain Lefebvre (avec Julien Reboullet).

-Vous avez la réputation d’être très méticuleux, voire maniaque avec vos raquettes. Comment cela se traduit-il?

-C’est quand même mon outil de travail, alors j’en prends soin. Nous, joueurs de tennis, nous avons tous nos tocs et nos tics. Moi, par exemple, je joue toujours du même côté de la raquette, ce qui explique qu’une face soit plus usée que l’autre. Je suis aussi très attentif à mes grips. Je les change à chacun de mes matches et si quelqu’un s’aventure à prendre ma raquette en main avant que j’entre sur le court, j’en remets un neuf aussitôt…

A quel âge avez-vous commencé à vous soucier à ce point de votre matériel?

-vers l’âge de vingt, vingt et un ans. Quand tu es jeune, tu es très content d’avoir des contrats, tu as des raquettes neuves chaque année, c’est comme un  nouveau cartable…Puis, petit à petit, ta sensibilité se développe. Plus tu avance, plus tu progresses, plus tu deviens sensible à la qualité de frappe, au son que la balle va faire dans la raquette, au ressenti quand la balle s’enfonce dans les cordes. Tu cernes mieux alors ce dont tu as besoin pour ton jeu. Moi, ça s’est fait assez rapidement. J’ai su vers seize, dix-sept ans, quand j’ai commencé à avoir de la force, que j’avais besoin d’une raquette assez rigide…

Est-ce uniquement cet aspect qui a orienté votre choix ou bien le paramètre financier a-t-il eu son importance?

-Quand je suis arrivé sur le circuit, sur la lancée de ma victoire à Wimbledon en juniors (2000), j’ai refusé des contrats très, très élevés. Parce que je me suis dit que l’argent que j’allais gagner dans la raquette, j’allais le perdre en ne gagnant pas de match. Regardez ce qu’il s’est passé avec Verdasco: il jouait avec Tecnifibre, il a fait demies en Australie, il est monté 7éme mondial (2009), puis il a signé un contrat incroyable avec Dunlop puis Yonex, il a galéré, ce n’était plus le même joueur. Tu perds de la confiance et tout s’enchaine…

-Comment avez-vous affiné les réglages de votre raquette?

-Depuis quelques années, mes raquette sont préparées chez Wilson, au pro-room de Chicago. Elles sont fabriquées en Chine, puis envoyées là-bas où elles sont équilibrées au millimètre, exactement comme je l’ai choisi. Le poids est réglé au gramme, l’indice de rigidité, tout…C’est le résultat d’un travail de reherche extrêmement précis.

-Ce qui explique que vous ne pourriez pas jouer avec un autre modèle…

-J’y perdrais beaucoup évidemment. De même, si Nadal joue avec la raquette de Federer, je suis sûr qu’il ne gagne pas Roland. Parce que celle de Roger est trop rigide, elle a un tamis trop petit, Nadal ne pourrait pas mettre autant d’effets qu’avec sa raquette actuelle. Après, il y a des joueurs plus ou moins sensibles aux changements. Benoît Paire a changé du jour au lendemain, il fait partie de ces joueurs qui ont plus de facilités que d’autres pour s’adapter.

-Malgré tout son talent, il semble que Federer ne soit pas de ceux là…

-Je connais bien sa raquette, j’ai joué avec depuis l’âge de quinze ans jusqu’en 2006. A partir du moment où tu l’adoptes, il est quasiment impossible de passer à autre chose. Parce qu’elle ne ressemble à aucune autre. Le problème de cette raquette, c’est que la balle part très bien mais dès que tu décentres, c’est fini. Lui a un petit tamis mais comme il a un jeu de jambe parfait, et qu’il se place extrêmement bien, son rendement est excellent. Mais c’est aussi pour cela que, parfois, sur terre battue, quand il y a des faux rebonds et du vent, il a un peu plus de mal. Sa raquette ne pardonne pas le moindre écart.

 

 

 

 

 

 

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