La rentrée, c’est par là – Par Christophe Ono-dit-Biot.

Extrait de The Red Bulletin, par Christophe Ono-dit-Biot.

Quand j’étais petit, je me consolais de devoir quitter mes shorts, le sable doré de la plage et le creux sensuel et écumeux des vagues en pensant aux copains que j’allais retrouver à l’école, aux nouvelles filles dont je pourrais admirer la blondeur pendant les dictées, et à la nouvelle saison d’Albator, qui allait commencer. Aujourd’hui, à quoi je pense? Je crois que je ne pense pas . Je ne pense plus. Je suis une éponge. Comme vous. Prêt à absorber toutes les informations de la rentrée, la main gauche (ou pour vous droite) serrant bien mon iPhone 5, levant l’appareil jusqu’à mes rétines pour ne rien manquer du fil des 140 signes qui, le temps passant, ressemble de plus en plus à un fil à la patte, pire, à un fil au cerveau, ce qui est consternant vu les stupidités qu’on y lit. surtout les jours d’Eurovision.

Est-ce contagieux? En tout cas, c’est irrémédiable. nous voilà bel et bien entrés dans l’ère de l’esclavage consenti, qui ne tolère hélas aucun Spartacus.

Spartacus, c’est le gladiateur qui libéra les esclaves du joug de l’Empire romain au premier siècle avant J.C. Un héros toujours glorifié dans les anciens pays de l’Est, d’où le nom que porte encore le club de foot de Moscou, le Spartak.

esclaves, donc, mais volontaires. en effet, qui serait prêt à suivre aujourd’hui le type qui nous demanderais de jeter notre portable aux orties? Nous en avons trop besoin. Et puis d’ailleurs aujourd’hui, Spartacus serait sur les réseaux sociaux.

Qu’y lira-t-on ce mois-ci, sur notre écran minuscule, qui nous rend myope avant l’âge? Le inévitables marronniers de la rentrée. Les embouteillages sur les routes de vacances, les augmentations du prix de l’essence, le pouvoir des franc-maçons, les ruptures aoûtiennes de stars retouchées au botox puis la palette graphique, et les derniers mots de Valérie, beaucoup moins incisifs depuis qu’elle tourne son pouce sept fois dans sa langue, on aura droit aussi aux éternelles réjouissances post-estivales, scandale sexuel fétichiste à base de pied ou d’oreilles, catastrophe naturelle avec sous-entendus apocalyptiques ( ah, cette expression « catastrophe naturelle » aucune catastrophe n’est naturelle, toute catastrophe est un scandale!).

Heureusement, la rentrée est aussi littéraire; ça permet de lire de belles phrases. » Ton corps inerte me persécute. »; « L’étrange liberté de qui n’a plus personne. » (réanimation, Cécile Guilbert). Autrement plus stylé que Fifty Shades of Grey, l’aventure romanesque qui passionne les ménagères américaines et qui arrive en France cet automne. dix millions d’exemplaires vendus outre-Manche pour cette histoire d’amour SM entre un milliardaire qui aime lier plutôt que se lier, et une étudiante vierge très attachée… La France marchera t-elle dans la déviance? Mise en bouche: »Christian, debout sur moi, attrape une cravache en cuir tressée. il est uniquement vêtu d’un vieux Levi’s délavé et déchiré. Il agite la cravache doucement dans sa paume tout en baissant les yeux vers moi. […]. « Ne bouge pas , grogne-t-il. Ou je continue à te fesser ». On a les liaisons dangereuses qu’on mérite…Universal vient d’acheter les droits cinéma, et Bret Easton Ellis, l’immense auteur d’American Psycho, le même qui tient le dépeceur de Montréal pour un fucking amateur, lance en 140 caractères (décidément…) des idées pour le casting: Ryan Gosling, qui tenait le volant dans Drive et Kristen Stewart, qui préférerait la banquette dans Sur la route. Je trouve que ça roule. autre livre de la rentrée littéraire: Snuff, de Chuck Palahniuk, l’auteur de Fight Club. « Un roman à suspense se déroulant entièrement pendant un gang-bang », prévient l’auteur.

Pourquoi est-ce que tout le monde pense au sexe, en cette rentrée? Parce que c’est le temps des marronniers, dont la floraison est réputée mettre les femmes en émoi à cause du parfum très particulier exhalé par ses panicules dressées (c’est le terme…)? Parce qu’on a besoin de se consoler et qu’Albator, ça va quand on a sept ans? De toute façon, je m’en moque. Serais-je désabusé? allons! Je viens de quitter un hôtel superbe accroché à la côte italienne, avec la Méditerranée toute bleue comme fond d’écran réel… Crawl, écriture, amour, negroni, et spaghetti. L’avion me ramène en France, la tour Eiffel n’a jamais été aussi métallique, le paradis est derrière moi et vous voudriez que ça aille bien?

 

 

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