La surgé de Facebook

Sheryl Sandberg

Sheryl Sandberg, la directrice des opérations du réseau social, dirige ses troupes comme elle gère sa vie sociale dans la Silicon Valley. D’une main de fer.

Par Louise Couvelaire, extrait de M le magazine du Monde.

Sheryl Sandberg n’a que 42 ans mais au QG californien de Facebook, à Menlo Park, on parle d’elle comme s’il s’agissait d’un pion chargé d’encadrer une bande de collégiens exaltés. Parmi ses collègues, dont la moyenne d’âge oscille autour de 26 ans, le bras droit de Mark Zuckerberg (27 ans) fait figure de senior. Arrivée en mars 2008, la directrice des opérations est sur tous les fronts : stratégies marketing, commerciale et financière, management des troupes, lobbying… Avec elle à bord, l’entreprise est passée, en trois ans, de 130 employés à près de 3 000 et de 70 millions d’utilisateurs à plus de 800 millions. Récompensée pour ses bons résultats, Sheryl a perçu l’an dernier plus de 30 millions de dollars de revenus, et le magazineForbes la classe au cinquième rang des femmes les plus puissantes au monde. Avec l’entrée en Bourse de Facebook, elle est en passe de devenir la self-made-woman la plus riche des Etats-Unis.

Sheryl Sandberg n’est pas une héritière. Sa mère est professeure de français, et son père ophtalmologiste. Née à Washington DC, elle a grandi à Miami et a toujours fréquenté les bancs de l’école publique. Jusqu’à ce qu’elle intègre l’université Harvard. C’est là qu’elle a suivi le cours d’un professeur qui a changé sa vie, le controversé Lawrence Summers, devenu son mentor. Qualifié par certains de -pompier-pyromane pour son rôle dans la déréglementation financière lorsqu’il était secrétaire au Trésor,  Larry  est aussi considéré comme l’un des économistes les plus brillants de sa génération. Jusqu’en 2001, l’année de son entrée chez Google, Sheryl l’a suivi à la Banque mondiale ou encore à la Maison Blanche à la fin des années 1990.

Cette accro au boulot, propriétaire d’un terrain à Menlo Park sur lequel elle est en train de faire construire une maison de 850 mètres carrés, mariée et mère de deux enfants, commence à inonder les boîtes mail de ses collègues dès 5 heures du matin. Véritable plaque tournante de la vie sociale de la Silicon Valley, elle organise chez elle, tous les deux mois environ, des réunions où tout le gratin américain de la politique, de l’économie, des arts et des lettres, se précipite. Baptisés  Women in Silicon Valley , ces événements sont l’occasion d’aborder son sujet de prédilection : les femmes et leur place dans les cercles de pouvoir. Un thème cher à ses  clientes  : 58 % des utilisateurs de Facebook sont des utilisatrices. Elle se défend pourtant d’être féministe. Dans les dîners en ville, à Davos ou à la table de Barack Obama, elle n’y va pas de main morte et tient les femmes pour responsables de leur  retard . Elle dénonce leurs complexes et leur manque de confiance en elles plutôt que le sexisme des hommes. Quitte à faire grincer quelques dents. Elle ne fait pas partie du conseil d’administration de Facebook, qui compte sept membres. Sept hommes.

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