La tenue de plage à…Cancún

Extrait de M le magazine du Monde, Par Marc Beaugé, illustration Bob London.

Si rien ne prédestinait la ville mexicaine de Cancún, située sur la côte caribéenne et seulement peuplée, au milieu des années 1960, d’une centaine de pêcheurs alanguis, à devenir le point de convergence des étudiants américains en quête de décompression, force est de constater qu’elle tient aujourd’hui le rôle avec un certain panache. De fait, c’est désormais là-bas, et nulle part ailleurs, que la jeunesse d’outre-Atlantique, et par effet d’entraînement la jeunesse mondiale, repousse chaque année les limites de l’inélégance comportementale, et par-là même, celles de l’inélégance vestimentaire. Car les deux vont évidemment de pair.

Pour participer à des concours de léchage de tétons, de lavage de foie à l’alcool fort, de glissage sur tapis savonnés, de roulage de pelles en groupe, de sabotage de mobilier urbain, d’enfilage de strings ou encore d’outrage aux forces de l’ordre, il convient d’arborer la bonne tenue. Si l’étudiant américain est sur une pente stylistique glissante depuis bien longtemps, n’hésitant pas à se déplacer sur les campus en casquette, tee-shirt, bermuda et tongs, il se surpasse lors de ses séjours à Cancún.

COCKTAIL ALCOOL FORT + SOLEIL ARDENT

Concrètement, l’étudiant, dans l’immense majorité des cas, arbore un long maillot de bain de surfeur lui arrivant bien au-dessous du genou, et présentant le grand intérêt de tomber également très bas sur la taille, au point même parfois de dévoiler un début de pilosité intime (pardonnez cette disgracieuse précision, mais elle a son importance). Sur le haut du corps, il ne porte rien du tout, si ce n’est, le soir venu, un débardeur blanc. Après avoir passé des mois dans une salle de sport à muscler son corps tout en laissant reposer son cerveau, il serait en effet dommage de ne pas en (faire) profiter.

Régulièrement équipé d’une casquette destinée à amortir quelque peu le choc du cocktail alcool fort + soleil ardent (il fut un temps où l’on considérait que le port du chapeau permettait à l’intelligence de ne pas s’échapper, mais ce n’est pas vraiment un souci pour notre homme), l’étudiant américain en villégiature mexicaine n’a au fond qu’un seul objectif stylistique. Désireux de séduire, ou plus précisément de baiser, il cherche à s’exhiber pour attirer l’attention de ses consoeurs de voyage, elles-mêmes souvent vêtues de maillots de bain fort échancrés.

Rien, et surtout pas le bon goût, ne se mettra donc en travers de sa route. Outre le port d’un maillot taille basse et l’exhibition permanente de son torse, l’étudiant américain désireux de jouir de son séjour misera ainsi beaucoup sur les tatouages tribaux ornant ses muscles ainsi que sur la puissance de son bronzage. Too much ? Pour se faire remarquer au milieu du million de mâles en rut s’agglutinant à Cancún à l’occasion des fameux  spring breaks, too much est un minimum.

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