La tenue de plage… à Capri

Extrait de M le magazine du Monde. Par Marc Beaugé.

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CAPRI ÉTANT FINI DEPUIS LONGTEMPS, nul ne devra s’émouvoir, au moment d’accéder à l’île de la baie napolitaine, de découvrir une foule de touristes ordinairement affublés de débardeurs, de bananes, de tongs, de lunettes de soleil à clips, de jeans délavés, de maillots de bain fluo à fleurs, de tatouages maori, et accessoirisés, en travers du torse ou de la poitrine, d’un appareil photo à grand objectif. Mais nul ne sera contraint de valider cette chienlit en s’abaissant à son niveau d’inélégance.

Au-delà de sa pollution touristique, l’île de Capri devrait imposer à chacun, de par sa beauté naturelle, louée par les Romains dès l’Antiquité, de se tenir un peu et de rendre un hommage posthume à un style qui fit de cette île, à une époque, un îlot d’élégance. Au mitan des années 1950, alors même que naissait un peu partout une dégaine urbaine et jeune (les minets du Drugstore en France, les Teddy boys puis les mods en Angleterre, les étudiants preppy aux Etats-Unis), Capri inventa en effet le style Riviera. Ainsi, sous le soleil et sur les rochers, les couleurs étaient pastel, les pantalons blancs, les vestes légères et claires, les polos ajustés, les têtes chapeautées, les mocassins portés pieds nus, les matières naturelles, les coupes droites, les maillots de bain raccourcis, les corps bronzés, les scooters rutilants et la distinction naturelle. A cette époque-là, même le port, par les femmes, du pantacourt, appelé Capri par les Anglo-Saxons en raison de sa popularité sur l’île au début des années 1960, avait un certain panache. C’est dire.

L’émergence d’une telle élégance sur une si petite île, longue de 6 km et large de 3, ne relève pas complètement du hasard. Au-delà du soleil, de la beauté du cadre et du standing des touristes de l’époque, Capri se caractérise par ses criques, ses piscines, ses plages de galets minuscules, et son absence de plage de sable. Ainsi, à Capri, personne n’a jamais eu de sable dans les espadrilles, les cheveux, le fond du maillot de bain ou dans les yeux, après une rafale de vent.

Puisqu’il est infiniment plus simple d’être élégant loin des désagréments sablonneux, chacun devrait donc pouvoir fournir les efforts nécessaires pour se montrer digne de ses devanciers. Sans aller jusqu’à imposer le costume croisé de couleur crème tel que le portait Michel Piccoli sur le toit de la Villa Malaparte, dans Le Mépris de Godard, nous suggérons qu’à Capri, chacun remplace son tee-shirt par un polo, son caleçon de bain par un short de bain et troque au passage sa paire de tongs pour une paire d’espadrilles. C’est le moins que l’on puisse faire.

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