La tenue de plage à… Deauville

Extrait de M le magazine du Monde. Par Marc Beaugé, illustration Bob London.

Si le touriste deauvillais avance généralement dans la vie avec des certitudes fortes, qu'elles soient d'ordre financier, social ou esthétique, il sait que rien n'est sûr et que tout peut arriver dès lors qu'il débarque en Basse-Normandie.

Si le touriste deauvillais avance généralement dans la vie avec des certitudes fortes, qu’elles soient d’ordre financier, social ou esthétique, il sait que rien n’est sûr et que tout peut arriver dès lors qu’il débarque en Basse-Normandie. Ainsi, c’est rarement dans une voiture trois portes qu’il avale les 200 kilomètres de l’A 13 séparant la capitale de la ville préférée de Claude Lelouch. Le touriste deauvillais se déplace en berline car seul un grand coffre peut accueillir le large vestiaire dont il a besoin pour s’assurer un confort bourgeois en toutes circonstances.

A Deauville, en effet, les impondérables auxquels il sera confronté sont nombreux. Ainsi, il se peut très bien qu’entre son arrivée au golf de l’Amirauté et son départ sept heures, vingt-sept trous et trois pots de l’amitié plus tard, la température ait chuté d’une dizaine de degrés. Dans ces conditions, un pull noué sur les épaules pourra se révéler extrêmement salutaire. De la même façon, il apparaît extrêmement judicieux, pour le touriste deauvillais, de disposer d’une variété de polos en version manches courtes et manches longues, afin de pouvoir viser juste au moment de s’embarquer, après le déjeuner, pour une balade digestive sur les fameuses planches de la ville.

MAILLOT DE BAIN VILEBREQUIN

Mais, au-delà de ces aléas climatiques, le touriste deauvillais, qu’il ait ses habitudes au haras du Quesnay, au Casino Barrière ou qu’il traîne plus modestement dans le hall de l’Hôtel Normandy, peut aussi à chaque instant tomber sur un ami dentiste, chirurgien ou avocat devant lequel il devra sembler à son aise, et habillé de façon appropriée. Si près de la capitale, il apparaîtra ainsi toujours en représentation, et soucieux de ne jamais être pris à découvert. Ce qui, de toute façon, ne collerait guère avec son train de vie financier.

Concrètement, le touriste deauvillais transporte donc toujours dans ses bagages au moins un pantalon beige en coton, un blazer marine, des chemises en oxford infroissable, des polos à crocodile couleur pastel, des pulls d’été en maille torsadée, ainsi qu’un maillot de bain Vilebrequin bleu ciel à imprimé hippocampes. Pour se chausser, il n’oublie jamais ses chaussures bateau et ses mocassins en cuir marron. Dans l’optique d’une pause de trois jours, c’est beaucoup.

Au final, c’est donc un vestiaire pragmatique et tout-terrain, mais sans grande radicalité que le touriste deauvillais porte sur lui. Pour la détente, en somme, on repassera. Le touriste deauvillais lui-même le sait mais il a de la ressource. Il garde en tête que cette brève pause en Basse-Normandie n’est qu’un prélude à ses vraies vacances, dans sa propriété de Saint-Jean-Cap-Ferrat, courant août. Là, pendant deux semaines, caché derrière ses pins maritimes et à l’abri des regards médisants, rien ne pourra l’empêcher d’enfiler son vieux tee-shirt des Cure et son short en jean préféré. Si, si.

 

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