La valise de Daniel Darc

La valise de Daniel Darc

Elle m’accompagne depuis que je suis parti de chez mes parents, à l’âge de 16 ans. Le soir, je la recouvre de mon blouson de cuir pour la transformer en traversin et je dors la tête contre elle. Je suis ainsi toujours prêt à partir… Ce mode de fonctionnement m’a sauvé la mise à l’époque où j’étais un peu borderline et que j’ai dû me barrer dans l’urgence… Une façon de vivre liée en partie à mes origines juives : j’ai perdu ma grand-mère dans les camps de concentration et mon père ne s’en est jamais remis. Vous connaissez l’histoire : « Pourquoi les juifs jouent-ils du violon et pas du piano ? C’est plus simple de fuir avec un violon.

La valise, accessoire de vie, exprime aussi une filiation avec la Beat generation, dont le credo était : Où je pose ma tête, là est mon foyer. Je suis fasciné par celle sur laquelle posait souvent Jack Kerouac et que l’on retrouve sur beaucoup de photos de l’époque. Dedans, j’y mets systématiquement ma Bible, des livres de prédication protestante [Daniel Darc s’est converti au protestantisme], des lunettes de soleil, mon iPhone, le roman Howl, d’Allen Ginsberg, en version bilingue – un mythe pour moi, que je lis parfois sur scène -, un harmonica dont je joue aussi sur scène, un jean, un tee-shirt, un couteau et des choses plus ou moins légales… Bref, ma valise, c’est mon appartement. Au fur et à mesure de ma vie et de mes épreuves, j’ai appris à me débarrasser de tout le reste. J’utilise et use jusqu’à la corde toutes celles que j’adopte. Gros sac en cuir, valise en carton… Je n’ai pas de modèle fétiche. Je les achète toujours dans des brocantes car les neuves ne sont pas belles. Je les préfère abîmées, comme moi. Je ne me sens pas encore prêt à poser ma valise, car, à 54 ans, je suis toujours sur le qui-vive.

A écouter : La Taille de mon âme, album paru chez Sony Music. Daniel Darc est en ce moment en tournée dans toute la France.

Extrait de M le magazine du Monde, propos recueillis par Marie Godfrain .

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