L’art subtil du tir au but

Extrait du Monde Sport & Forme du 11 mai 2012.

Par Paul Smith.

Respirez un bon coup. Voilà ce que je dis à mes collaborateurs chaque fois qu’ils doivent prendre une décision importante. Prenez simplement le temps de respirer. Cela m’a évité de commettre pas mal d’erreurs et de me retrouver dans des situations que j’aurais pu regretter par la suite. C’est peut-être ce que font les footballeurs allemands avant de tirer un penalty. Cela expliquerait pourquoi ils sont si bons dans cet exercice.

Au cas où le résultat de la finale de la Ligue des champions, samedi 19 mai, resterait encore incertain au terme du temps additionnel, la plupart des gens seront probablement prêts à parier que le Bayern de Munich l’emportera sur Chelsea parce que le Bayern, même si certains de ses meilleurs joueurs viennent de France ou des Pays-Bas, est un club allemand. En demi-finale, dans les tirs au but, les joueurs du Bayern ont surpassé ceux du Real Madrid, dont deux superstars, Cristiano Ronaldo et Kaka, ont raté leur penalty.

En dehors de toute autre considération, ces échecs ont montré l’absurdité des montants qu’atteignent aujourd’hui les transferts : ces types, en somme, ne sont rien d’autre que des êtres humains. Et, bien entendu, ils faisaient face à Manuel Neuer, un très bon goal allemand.

Hanté par le souvenir de 1990

Le footballeur anglais Gary Lineker a déclaré un jour : « Le foot est un jeu très simple. Vingt-deux joueurs courent derrière un ballon pendant quatre-vingt-dix minutes et, à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent. » Lineker aurait même pu préciser : ce sont les Allemands qui l’emportent aux penaltys ! Le buteur des Three Lions est encore hanté par le souvenir de cette soirée de l’année 1990, à Turin, au cours de laquelle l’Angleterre perdit la demi-finale de la Coupe du monde face à l’Allemagne après une pénible séance de tirs au but.

On peut se demander s’il n’existe pas une sorte de lien entre la façon d’aborder un penalty et l’efficacité – mélange de précision, de clarté et de bonne planification – généralement associée à l’ingénierie allemande. Mais cela risque de s’avérer aussi difficile à prouver que d’expliquer pourquoi quelques-uns des meilleurs joueurs de l’histoire du football moderne – parmi lesquels Michel Platini, Zico, Gianluca Vialli, Dennis Bergkamp et David Beckham – ont raté des penaltys dans des matchs cruciaux. Pas étonnant que les sportifs aient parfois recours aux psychologues.

Les joueurs de Chelsea et du Bayern seront amplement préparés à l’éventualité que la finale du 19 mai se termine par des tirs au but. Le sélectionneur Bobby Robson, qui avait emmené l’équipe d’Angleterre à Turin, exigeait trois choses d’un joueur chargé de tirer un penalty : qu’il décide de son tir, qu’il ne change pas d’idée et qu’il fasse ce qu’il a en tête.

Comme chacun sait, cela n’a pas toujours marché, et c’est peut-être trop demander en même temps à un joueur en train de positionner le ballon sur la marque blanche à 12 mètres des buts et de se préparer à l’instant qui pourrait sceller le destin de son équipe. Peut-être vaudrait-il mieux rester simple et lui conseiller de respirer un bon coup.

(Traduit de l’anglais par Gilles Berton)

Laisser un commentaire